Vallée de la Roya, terre de migrations : les habitants n’oublient pas leur histoire

Carrefour de l’immigration clandestine mais aussi lieu de solidarité, la Vallée de Roya est au coeur de l’actualité. La situation que vivent ses habitants fait écho avec leur histoire, leurs valeurs et leur culture.

Si la vallée de la Roya fait parler d’elle, c’est d’abord grâce à l’élan de solidarité témoigné par ses habitants envers les migrants qui y affluent depuis plus d’un an. Beaucoup se retrouvent dans l’association Roya Citoyenne. Elle s’engage à offrir aux migrants des conditions de vie dignes quand, sur leur parcours vers un destin meilleur, ils se retrouvent dans des communes comme Breil-sur-Roya. En plus de valeurs d’humanisme, cette solidarité provient aussi de toute l’histoire de la vallée. « Ici c’est une vallée paysanne, en lien avec la terre, en lien avec l’Histoire » déclare Cédric Herrou, l’agriculteur récemment jugé à Nice pour avoir transporté des migrants en situation irrégulière. Située entre l’Italie et la France, l’enclave a vu au fil des générations de nombreux mouvements de populations.

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La commune de Breil-sur-Roya, vue de la rive Ouest (Crédit photo : Céleste Olivier)

Une Histoire…

L’Histoire du territoire, tous les Breillois la connaissent : « Elle est compliquée » explique Patricia, une habitante : « Il n’y a jamais eu deux générations de suite sans qu’il y ait des troupes armées qui passent ici. » La vallée a toujours été un lieu géopolitique important puisque située à la frontière entre l’Italie et la France. « Il y a des gens plus âgés que moi qui ont connu une déportation, à la fin de la seconde guerre, les Allemands ont emmené manu militari tous les habitants vers Turin ». Il y a dans la conscience locale une réelle culture de la migration.

Et des histoires

Cédric Herrou estime que les actions de solidarité de la part des habitants résultent aussi d’unpassé : « On a fait passer des Italiens, on a caché et fait passer des Juifs, on a caché et fait passer des Arabes… ». La majorité des habitants est elle-même aussi issue de l’immigration : « Quand il y avait des difficultés en Italie, des Italiens sont venus dans la Roya, un peu comme ce qui se passe maintenant avec les Soudanais qui rejoignent leurs cousins à Paris » conclut Patricia. Le maire, André Ipert, est lui aussi fils d’immigré : « Mes parents étaient des Italiens du nord, de Vérone ». L’arrivée de ces gens dans le besoin fait écho avec l’histoire des habitants issus de migrations qui, eux aussi, ont dû faire leur place.

 

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Cédric Herrou, membre de l’association Roya Citoyenne (Crédit photo : Céleste Olivier)

« La frontière n’existe pas »

 La situation géographique se retranscrit aussi dans l’identité des citoyens : « Nos parents étaient italiens et nous on n’est ni italien ni français, mais on est les deux à la fois » explique Nathalie Masséglia, membre de l’association Roya Citoyenne. Pour Cédric Herrou «Vintimille c’est chez nous, la frontière n’existe pas, elle n’existe que pour les bureaucrates à Paris ».

La vallée apparaît donc aux yeux des habitants comme un lieu de vie, sans frontières réelles, où les histoires du terroir mêlées aux histoires personnelles expliquent la mentalité solidaire des habitants de la Roya.

     Céleste Olivier

 Elisa Montagnat

 

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