[FIPA 2017] La guerre de l’éducation

Un mot: inéluctable. C’est ce qu’inspire « Étudiants, l’avenir à crédit », le troisième reportage de Jean-Robert Viallet. Après s’être immergé dans le monde de l’entreprise avec « La mise à mort du travail » en 2010, pour lequel il a reçu le prix Albert-Londres, il s’attaque aux dessous de la dette étudiante. C’est dans la catégorie Grand reportage et Investigation que son film coup-de-poing concourt, pour la trentième édition du FIPA (Festival International des Programmes Audiovisuels).

« L’université est un business », explique le journaliste anglais Paul Gallagher aux caméras de Jean-Robert Viallet. Dès les premières minutes du reportage-choc Étudiants, l’avenir à crédit diffusé mercredi 25 janvier, le problème est posé : l’éducation gratuite est-elle encore un bien acquis, auquel chacun peut prétendre ? Quatre cents ans plus tôt, le philosophe anglais Sir Francis Bacon prévenait déjà : « le savoir, c’est le pouvoir ».

 Au cœur du reportage, la dette étudiante. Comment financer ses études lorsque les frais de scolarité atteignent des sommes astronomiques ? Comment expliquer que, dans nombre de pays, le savoir soit délégué à la seconde place, au profit de l’argent ? Le passage à l’université n’a plus qu’une vocation: faire rembourser la dette. Exit l’épanouissement personnel, exit le long terme. Les étudiants deviennent des acteurs économiques, éphémères et uniformisés, voués à rembourser un système obsolète. Jean-Robert Viallet revient habilement sur l’historique de cette commercialisation du savoir. Calquée sur le modèle anglo-saxon, l’éducation a désormais un prix. Et ce, depuis quinze ans, en Europe. Le but, faire du vieux continent un espace compétitif de l’économie de la connaissance face au géant américain. C’est précisément cette déshumanisation que le réalisateur pointe dans le film : le savoir, ce Graal de épanouissement personnel, devient un investissement coûteux auquel beaucoup renoncent. D’autres, en revanche, prennent le risque de s’endetter ou de se faire piéger par des institutions privées.

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Les étudiants sont près de 45% à ne pas pouvoir rembourser leur prêt au Royaume-Uni. (DR)

Un phénomène inquiétant

Pendant 1h24, Jean-Robert Viallet dénonce les nouveaux mécanismes auxquels font appel les universités, ces « nouvelles productrices de richesses ». L’université devient un gage d’accès au marché du travail et un nom prestigieux à mettre sur son CV. Marketing, communication, tout est bon pour attirer de nouveaux étudiants et engranger des revenus autour du « marché global de l’étudiant ». Un seul nombre : 45%. Soit le pourcentage d’étudiants anglais qui ne seraient pas en mesure de rembourser leurs prêts. Ce reportage romancé est pourtant bien ancré dans le réel : il permet de faire état d’un phénomène qui commence à émerger au Royaume-Uni, et qui menace de bouleverser l’économie américaine. Le tout illustré par des musiques anxiogènes.

Étudiant, l’avenir à crédit vise à être exhaustif, quitte à perdre quelques fois le spectateur entre les différents pays mentionnés. Autre point négatif, des interviews parfois un peu longues et des termes économiques complexes, bien que la voix off réexplique le propos. Véritable lanceur d’alerte, le reportage veut perturber, voire heurter. À la fin, un message : la situation peut basculer à tout moment. Il dresse le tableau d’une société du travail, soumise aux excès du capitalisme, qui appauvrit peu à peu les étudiants avant même d’avoir un salaire fixe.

La dette étudiante en quatre points :

Qu’est-ce que la dette étudiante ?

Face à des frais de scolarité faramineux, les étudiants pour la plupart anglo-saxons sont obligés de s’endetter pour pouvoir financer leurs études supérieures. Ils ne parviennent pas toujours à rembourser leurs prêts dans les temps et commencent leur vie active très endettés.

Quel montant en moyenne ?

 En moyenne, le montant de l’emprunt s’élève à 30 000 dollars.

Et la dette ?

Fin juin 2016, elle s’élève à 1 260 milliards de dollars (1 129 milliards d’euros) aux États-Unis. En France, la dette étudiante représente 3 milliards d’euros en 2013 (environ 3,7 milliards dollars).

 Combien d’étudiants concernés ?

En 2015, il y a environ 40 millions d’Américains concernés. En France, en 2013, la dette ne concerne que 12,5% des étudiants.

Virginie Ziliani

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