[FIPA 2017] Mada Underground : l’Art version système D

Le dynamisme de la jeunesse malgache et ses espoirs pour l’avenir, malgré la misère, sont mis à l’honneur dans ce documentaire. Véritable portrait d’une nouvelle génération qui veut enfin faire bouger les lignes dans la Grande Île, Mada Underground est un film teinté de poésie et bercé par les rythmes malgaches. En compétition dans la catégorie du Prix du public à la trentième édition du FIPA de Biarritz, Buzzles a pu le visionner pour vous.

Avec un âge moyen de 19 ans, Madagascar est un pays jeune. Mais que faire de cette énergie dans un Etat parmi les plus pauvres de la planète ? A Antananarivo, la capitale, des artistes ont décidé de prendre en main leur destin. Le documentaire de Philippe Chevallier et de Denis Sneguirev permet de rencontrer et de comprendre les aspirations de cette jeunesse qui étouffe dans la pollution et la précarité. Les réalisateurs signent un film musical engagé, poétique et empli d’espoirs.

Le plasticien Temandrote, le rappeur Nathy Kaly, la slameuse Caylah et les skateurs Toté, Enderika et Tolotra sont les visages de cette génération qui est bien décidée à se battre. Dans les ruelles tentaculaires de Tana, sur les marchés aux ordures, sur les murs et les toits de la ville, nous suivons le parcours de ces visages de la scène underground malgache. Le système D pallie le manque d’argent et les personnages ne manquent pas de ressources et d’idées.

Quand les rues deviennent le théâtre de la jeunesse

Ponctué des chansons de Caylah et de Nathy en Malgache et en Français, le film suit le quotidien des protagonistes. D’un côté, Temandrote, pas assez riche pour acheter des pinceaux et de la peinture en quantité suffisante, réalise ses œuvres avec des déchets. « Quand on n’a rien, on est libre de créer quelque chose », plaisante l’artiste. De l’autre côté, le trio des skateurs composé de Toté, Enderika et Tolotra se donnent comme défi de fabriquer le premier skate 100% malgache. Dans un pays où une planche représente un à deux mois de salaire… Nathy s’est donné, quant à lui, pour missions de repeindre les murs « sales et moches de Tana » avec des graffs et des fresques. Pas d’argent pour les bombes ? Sans importance, on va peindre au pinceau. Enfin Caylah, la slameuse, qui ne croit qu’en la force des mots. Grâce à sa « slamothérapie », elle veut redonner le goût de se battre à de jeunes mères isolées.

Véritable étoile de ce documentaire, la voix de la slameuse nous guide tout au long du film. Ses textes puissants nous rappellent le quotidien d’une jeunesse laissée à l’abandon. Caylah incarne la parole retrouvée de sa génération : « Pour moi être une artiste, c’est être un prisme. Oser dire tout haut ce que les autres pensent tout bas. » Pour elle, hors de question d’accepter la place de la femme dans la société malgache.

On sent dans ce film l’énergie de la Grande Île. Chaque plan rappelle le combat que mène tous les jours la jeunesse de Madagascar. Ce film est avant tout une vraie leçon de vie, car Philippe Chevallier et Denis Sneguirev  ont réussi le pari de montrer au monde une véritable révolution culturelle qui se prépare dans l’ombre

 

Maxime Bonnet

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