[FIPA 2017] I go back home : jazz, frisson, émotion

La voix d’ange de Jimmy Scott est légendaire dans le monde du jazz. Peu connu du grand public, l’artiste s’est éteint en 2014. Mais grâce au producteur allemand Ralf Kemper, le vieillard a enregistré un dernier album, à l’âge de 85 ans. À travers le documentaire « I go back home », Yoon-ha Chang et Ralf Kemper nous invitent dans les coulisses d’une production ambitieuse et émouvante. Projeté au FIPA dans la sélection « musiques et spectacles », le film a donné à Buzzles son premier frisson.

Voici une histoire qui mérite d’être comptée. Une histoire vraie. Jimmy Scott, plus connu sous le nom de « Little Jimmy », est l’un des plus grand jazz-man que l’Amérique aie porté. Ignoré du grand public, cet écorché vif a toujours vécu pour la musique. À l’aube de ses 85 ans, il reçoit la visite d’un producteur, Ralf Kemper. Son projet : produire un album studio, pour capter une dernière fois cette « voix d’ange » qui a séduit les plus grands, de Ray Charles à Quincy Jones. Le compte a rebours est lancé. Ralf investit tout ce qu’il a pour financer le projet, allant même jusqu’à vendre le studio où il travaillait depuis vingt-trois ans.

« Jimmy a le blues »

Jimmy Scott crève l’écran et enchante nos oreilles. Une belle leçon de vie, sur fond de délice auditif. Il faut dire que « Little Jimmy » puise dans son vécu pour transmettre de l’émotion à chaque interprétation. « C’est sa vulnérabilité qui le défini en tant qu’être humain et artiste. Jimmy a le blues » explique David Ritz, son biographe. En effet. L’homme est sage, mais blessé. Son enfance est marquée par la mort de sa mère, renversée par un chauffard ivre, alors qu’il avait douze ans. Son père alcoolique finira par l’abandonner, lui et ses frères et soeurs. De plus, atteint du syndrome de Kallmann qui stoppe sa croissance et la mue de sa voix, il est condamné à rester prisonnier d’une apparence juvénile. Dans « I go back home », les plans serrés sur son visage imberbe et enfantin nous renvoient à sa vulnérabilité. En revanche, le contraste entre l’image et le son est saisissant. La voix est puissante, mélodique, et le talent d’interprète est immense. Au rythme des séances d’enregistrement, le charme de Jimmy Scott opère. Notamment sur le morceau « Blues », où le chanteur révèle quelques failles : « Le blues me rend heureux. Il peut être beau, joyeux et triste. Il me rend solitaire, mais il m’accompagne depuis dieu sait combien de temps »Autre séquence particulièrement poignante, l’enregistrement de « Motherless child », entièrement écrite par le chanteur, pour rendre hommage à sa mère défunte.

L’amour de la musique avant le business

Au final, une belle amitié s’est forgée entre les deux hommes, et nous repartons de la projection admiratif de cette belle aventure humaine.« C’est la meilleure production que j’ai jamais réalisé. Il faut que tu tiennes bon Jimmy » lance Ralf Kemper à son protégé. « Ça ira », rassure le chanteur. La notion du temps qui passe est tout de même présente, comme une épée de Damoclès au dessus de la tête du producteur. Ralf Kemper a engagé toute ses forces dans la bataille pour mener à bien le projet. Mis à part les problèmes d’argent, notamment pour payer les sessions d’enregistrements avec l’orchestre, la plus grande difficulté sera de trouver une maison de disque. Quelqu’un qui privilégie la musique au business…

Gaspard Poirieux

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