[FIPA 2017] Leïla Slimani : « J’aime bien quand un réalisateur a un regard très fort sur un roman »

Leïla Slimani, lauréate du prix Goncourt 2016, était l’invitée littéraire du Festival International des Programmes Audiovisuels (FIPA). Après un très gros succès en librairie pour son deuxième roman « Chanson douce », l’ancienne journaliste a annoncé que son livre serait adapté au cinéma. L’occasion pour Buzzles de discuter avec l’auteure sur la proximité entre littérature, cinéma et télévision.

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Leïla Slimani, lauréate du prix Goncourt 2016, et Didier Decoin, président du FIPA ont beaucoup discuté du dernier roman de l’auteure « Chanson Douce ». (Crédit photo : Thomas Woloch)

Buzzles : L’auteur d’un prix Goncourt au FIPA, ce n’est pas un peu étonnant ?

Leïla Slimani : « Non, je ne crois pas. J’ai été invitée par Didier Decoin. Il est président du FIPA et membre de l’académie Goncourt. Il veut faire découvrir des livres, des histoires aux adeptes du FIPA. Cela me paraît plutôt logique ».

Est-ce qu’un bon livre est forcément un ouvrage qui est adapté au cinéma ?

« Non, absolument pas. Il y a des livres qui sont sans doute inadaptables. Des ouvrages qui sont d’excellents romans et qui ne donneraient rien au cinéma. Je pense que c’est l’époque qui veut qu’on adapte les romans, mais dans ce cas, il y aurait tellement de livres du 17e, du 18e, ou 19e siècle qu’on éliminerait. Heureusement que non ».

Vos deux premiers romans vont être adaptés au cinéma. Est-ce que c’est une dimension à laquelle vous pensez quand vous écrivez ?

« Non, pas du tout. Je ne pense pas du tout à cela. Je ne pense qu’à l’écriture quand j’écris. Il faut que ça se tienne en tant que roman ».

Pour vous, est-ce que l’adaptation d’un livre au cinéma ou à la télévision, c’est comme aller jusqu’au bout de ce qu’on peut tirer de son œuvre ?

« Je ne sais pas puisque ce n’est pas moi qui vais faire cette adaptation. Pour moi, c’est passer à autre chose. Je donne le livre à un autre artiste qui va se l’approprier dans son art propre. Je n’interviendrais pas dans l’adaptation de mes œuvres ».

Qu’est-ce qui vous plaît dans une adaptation ?

« J’aime bien quand un réalisateur a un regard très fort sur un roman, qui même le transforme et lui apporte un regard très particulier. Je suis souvent déçue quand ce sont des copier-coller, quand c’est trop proche du roman. J’aime bien quand il y a un angle. Si c’est redondant, ça n’a pas d’intérêt ».

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L’écrivaine n’interviendra pas dans l’adaptation cinématographique de son livre Chanson Douce. (Crédit photo : Thomas Woloch)

 

Vaut-il mieux d’abord lire un livre ou voir son adaptation ?

« Comme on veut. Comme toujours dans la vie ».

Est-ce qu’adapter un livre au cinéma ou à la télévision ce n’est pas comme tuer l’œuvre puisque chaque lecteur se fait un « film mental » du livre que l’adaptation vient briser ?

« Non puisque l’on peut considérer que le réalisateur est un lecteur qui est cinéaste. C’est donc un lecteur qui va vous offrir sa version. Il ne tue pas la vôtre, il vous offre la sienne. Vous pouvez la comparer avec la vôtre. Parfois elle vous bouleverse parce qu’elle se rapproche de la vôtre. Parfois elle vous contrarie parce que vous n’aimez pas du tout la façon dont le réalisateur a lu et vu le livre. Justement, c’est cette confrontation qui est intéressante ».

Est-ce que cette adaptation n’est pas aussi pour vous un moyen de relancer les ventes, notamment avec les rééditions où l’affiche du film figure sur les couvertures des livres ?

« Je ne saurais pas vous répondre. C’est dans les coulisses du « trucmuche » que je ne maîtrise pas du tout. Je ne sais pas si ça fonctionne. Peut-être que parfois quand le film marche très bien, les ventes du livre augmentent aussi. Je sais que pour les livres classiques, c’est comme ça. Parfois, il y a des livres de Hugo, de Zola ou de Maupassant qui ont eu une seconde vie grâce au cinéma. Mais je ne sais pas si c’est une règle courante, je n’en ai aucune idée ».

Votre adaptation préférée ?

« Belle de jour de Joseph Kessel. La façon dont Luis Bunuel l’a adapté, je trouve ça magnifique ».

Laure Le Fur

Thomas Woloch

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