[FIPA2017] « Barracuda », la dure réalité du sport de haut niveau

« Barracuda » raconte l’histoire d’un jeune nageur gay dans les années 90. Cette minisérie de quatre épisodes est inspirée du roman du même nom de Christos Tsoilkas. Les deux premiers épisodes ont été présentés mercredi 25 janvier au Festival International des Programmes Audiovisuels à la Gare du Midi.

Danny Kelly (Elias Anton) est un nageur au talent particulier. Il est élève dans une prestigieuse école de Melbourne dans laquelle il est entré grâce à une bourse d’études sportive. Venant d’une famille ouvrière, il tente de se faire une place dans un monde qui, à première vue, n’était pas fait pour lui. Nous sommes en 1996 et les Jeux olympiques vont battre leur plein durant plusieurs semaines au mois d’août.

Cette série s’inspire très largement de l’histoire de Daniel Kowalski. Un ancien nageur australien, triple médaillé olympique en 1996, et qui a fini par avouer son homosexualité en 2010, huit ans après avoir pris sa retraite. Raconter l’histoire d’un nageur gay est loin d’être aisé, surtout à une époque où il n’est pas facile d’être gay dans un univers aussi peu tolérant. Mais au-delà des ambiguïtés de du héros adolescent, c’est avant tout l’obsession qu’il y a chez un sportif à vouloir toujours se surpasser et repousser ses limites qui motive le scénario. Danny veut faire les J.O. à tout prix ; alors il va tout faire pour s’en donner les moyens. Barracuda illustre admirablement bien le milieu de la compétition sportive dans un monde où tous les rêves semblent permis, mais en fin de compte peu accessibles. En posant aussi un regard pour le moins tragique sur les différentes classes sociales, le réalisateur australien, Robert Connolly, déjà remarqué pour sa série La gifle nous livre un drame fascinant dès le début du premier épisode.

Car Barracuda nous plonge dans un monde ultra compétitif, illustrant tous les sacrifices, les joies, mais aussi les revers que cela peut occasionner. La pression que subissent ces jeunes est immense. Frank Torma (Matt Nable), leur coach, les soumet à un régime sévère et à de longues heures de nage. Mais il installe aussi un esprit de compétition au sein de sa propre équipe. Un esprit décuplé par les athlètes eux-mêmes qui, pour atteindre le sommet, se défient pour le meilleur et pour le pire. Les états d’âme et la santé mentale des concurrents pèsent peu au regard de l’attrait des médailles. Et le spectateur partage également l’anxiété des familles, qui regardent les compétitions à la télévision, bien conscientes que des millièmes de seconde peuvent changer une vie.

Le sport, reflet des classes sociales

Ces jeunes sont prêts à tous les sacrifices pour être les meilleurs, ne visant rien de moins qu’une éventuelle médaille d’or aux Olympiades. La réaction extrême de Danny, lorsque Daniel Kowalski termine 2e du 1500m nage libre lors des Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, nous montre à quel point le milieu sportif peut être cruel, infligeant à 99% de ces rêveurs à peine matures une douche froide. Danny finit par incarner la question primordiale : qu’est-ce qui définit le succès et l’échec en fin de compte ? Une référence intelligente où la fiction rejoint des faits réels.

Un autre thème traité par Barracuda est la position sociale. L’élite et la classe ouvrière ne sont pas destinées à fraterniser. Mais encore une fois le sport est l’exception qui confirme la règle. Dans ce cas-ci, les compétences physiques sont les seules à entrer en ligne de compte. Peu importe le statut ou la race. Danny, à son arrivée, est méprisé de tous, on le surnomme le « métèque ». Mais on oublie rapidement ses origines dès qu’il se met à gagner. Tout ce qui se passe dans l’eau et au bord de la piscine repose sur une esthétique parfaitement maîtrisée. L’amour de l’eau, de la nage et du sport se ressent du début à la fin des deux premiers épisodes, avec des instants de poésie qui donnent envie de découvrir tous les secrets que nous réserve cette minisérie.

Thibault Sadargues

Florian Leyvastre

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