[FIPA 2017] Dans la tête d’un juré : condamné avec l’intime conviction

Afin de rendre compte du délibéré de la façon la plus réaliste possible, Samuel Luret, Pascale Robert-Diard et Emmanuel Bourdieu ont voulu recréer l’ambiance d’une salle d’audience de cour d’assises. Projeté dans le cadre du 30 e FIPA, ce docu-fiction ne laissera pas indifférent devant les choix cornéliens que réclame l’exercice de la justice.

Que se passe-t- il dans la tête d’un citoyen ordinaire lorsqu’il doit décider de la culpabilité d’un inconnu ? C’est à cette question qu’on voulut répondre Samuel Luret, Pascale Robert-Diard et Emmanuel Bourdieu, les co-réalisateurs de ce docu-fiction.

Huit hommes et femmes ordinaires vont suivre pendant trois jours une fausse audience de la cour d’assises de Lyon en octobre 2015. Les témoins, l’accusé et la partie civile sont des acteurs mais tous les experts, policiers, avocats, médecins, psychiatres et bien sûr les magistrats sont des professionnels. Au terme des séances, six d'entre eux se retirent avec le président et ses assesseurs afin de délibérer.

 

« Un délibéré est un travail sur la Raison »

Le délibéré est un moment clé de l’exercice de la Justice. Sous le sceau du secret, les jurés doivent décider si oui ou non, l’homme qui se trouve dans le box des accusés est coupable. Pour cela ils doivent se baser sur leur intime conviction. Pourtant, le doute est partout. Comment séparer le vrai du faux ?

Personne ne veut pendre la responsabilité d’envoyer un innocent en prison. Pourtant, il faudra bien voter pour décider du sort de l’accusé. Toute sa vie privée est dévoilée devant la cour avant d’être encore analysée par les jurés durant leur délibéré. Etant des jurés fictifs leur débat peut être filmé, on voit bien toute la difficulté de juger quand on est un citoyen lambda. Chacun essayant d’être le plus objectif et le plus neutre possible. Mais comment ne pas haïr l’accusé quand le médecin légiste explique comment la victime a été saignée puis dépecée sur une échelle dans la grange. Les faits paraissent encore plus horribles avec le vocabulaire médical.

Le discours un peu technique des experts fait encore plus ressortir la froideur de l’institution. Pourtant on sent une vraie volonté de rechercher la vérité, aussi bien du côté des magistrats que des jurés. Une certaine fébrilité est même perceptible chez ces derniers dans leur quête de réponses. Dans la tête d’un juré a réussi son pari, celui de montrer la tension psychologique dans un tribunal. L’ambiance feutrée d’un Palais de justice rend certains moments un peu oppressants, pourtant ce sont justement ces instants qui rendent ce docu-fiction crédible.

Maxime Bonnet

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