[FIPA 2017] DIE STILLE DANACH, COMMENT VIVRE QUAND SON FILS EST LE TUEUR ?

LE FESTIVAL INTERNATIONAL DE PROGRAMMES AUDIOVISUELS (FIPA) PROJETAIT JEUDI 26 JANVIER AU COLISÉE DE BIARRITZ LE TÉLÉFILM  DIE STILLE DANACH.

L’urne arrive par le courrier. Paula (Ursula Strauss) et Michael Rohm (Peter Schneider) déchirent le paquet, et retrouvent les cendres de leur fils Félix (Enzo Gaier), après un carnage perpétré quelques jours plus tôt dans son école. Sa mère assise dans les escaliers de leur belle maison de famille berce les cendres de son fils comme un bébé. Sept minutes. Le temps dont a eu besoin Félix pour abattre cinq élèves de l’école de Graz. Pour finalement se suicider, avec l’arme à feu de son père. Que peut-on faire en sept minutes ? Paula s’est posé la question. Faire la vaisselle ? Fumer une cigarette ? La vie de six familles détruites. Des parents qui cherchent à comprendre comment leur enfant a pu commettre un tel acte.

Comment vivre quand c’est votre propre enfant qui est l’auteur d’une attaque ? La coproduction germano-autrichienne  Die Stille danach  nous plonge dans la vie d’une famille au semblant ordinaire, qui va tâcher de comprendre quelles sont ses responsabilités dans l’acte de leur fils. De manière générale, on se tournerait tous vers l’auteur des faits, le monstre. Et non la victime. Mais qui est le monstre et qui est la victime? Le réalisateur et scénariste Nicholas Leytner a su réaliser un film sage, à travers une atmosphère tendue et dense. Le tout très bien accompagné par les musiques et le choix des lumières et des angles de caméra, un soin tout particulier pour ce genre de production. Un film où Felix, sa sœur Flora (Sophie Stockinger) et leurs parents Paula et Michael représentent un exemple de famille ordinaire, à la réussite certaine. Mais comme beaucoup de familles modernes, elle a aussi beaucoup de failles.

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Paula (Ursula Strauss) et Michael Rohm (Peter Schneider), lorsqu’ils apprennent l’attaque de leur fils Félix. (Photo : tv.orf.at)

 

Un espace que personne ne voulait voir

« Et toi? Tu savais comment il était? », demande Michael à Paula. Comme si finalement personne ne connaissait cet enfant, sa souffrance. Un film critique envers le rôle des parents. La confiance, le dialogue. Impuissants et désespérés, les parents sont ici amenés à repenser à leurs manquements, aveugle au harcèlement dont était victime leur enfant à l’école. C’est aussi ce dont parlent sans cesse la police et les médias. La réalisation sombre illustre le fait qu’ils ne connaissaient pas leur enfant, en apparence heureux. Paula regarde encore et encore les films souvenirs de Felix, dans le jardin qui refuse de tirer sur un chat avec un lance-pierre, de Felix qui apprend à faire du vélo. De Felix qui rit, qui pleure. Ce Felix aurait-il pu tuer ? C’est impossible. Ce garçon est-il un incompris ? Était-ce Karla, celle dont il était amoureux, mais qui l’humiliait à l’école avec ses amis, qui a déclenché cette envie de carnage ?

Qu’ont donc manqué les parents ? Quid de la soeur, Flora, qui a toujours considéré son petit frère comme un loser et ne l’a jamais pris sous son aile ? Leytner dévoile dans ce film le portrait d’un enfant qui se sent mal aimé au sein d’une famille aisée. Un garçon que personne ne voulait voir, dont les sentiments ont été consumés par ce qui l’entourait. Pendant l’attaque, les témoins racontent que Félix tirait avec les larmes aux yeux. Il a même demandé à son enseignante préférée de vite partir quand il arrive dans la classe de ceux qui l’ont humilié.

Le film de Leytner est fort. Les Rohm sont une famille où chacun vit dans son propre monde. Leytner illustre cette idée à travers une profusion d’espaces et d’images (cf les nombreux plans sur les fruits qui pourrissent tout au long du film), qui caractérise l’abandon de l’individu dans une société perpétuellement instable. Des scènes comme celles dans lesquelles le visage d’Ursula Strauss se tord sous les coups de l’angoisse ou crie de désespoir montrent à quel point elle a échoué avec son fils. Un film où les parents, mais aussi les élèves de l’école, deviennent finalement les auteurs de cette tuerie.

Thibault Sadargues

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