janvier 28

[FIPA 2017] Tantale, une expérience en semi-immersion

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Tantale, un oeil sur l’écran, un oeil sur le smartphone (crédit photo : Antoine Medeiros)

Imaginez. Vous êtes sur votre canapé, devant votre télévision et vous zappez. Le film sur lequel vous tombez vous propose d’écrire vous-même le synopsis de l’histoire. Autrefois téléspectateur, vous êtes désormais acteur de l’histoire. C’est ce que propose Tantale, le nouveau film de Gilles Porte, produit par France télévisions et Pictanovo. Présenté en grande pompe, mardi 24 janvier, pour la cérémonie d’ouverture du Festival International de Programmes Audiovisuels (FIPA), le film est dans la thématique de ce trentième FIPA : imaginer la télévision de demain. Pourtant, après projection, il semble que cette télévision ne soit pas encore prête.

Le concept de Tantale a cette volonté d’immerger le spectateur dans le film. Difficile de décrocher quand l’avancée du scénario dépend de vous. Et pourtant. L’histoire est simple. Sûrement trop. Henri Laborde est le futur président de la République Française. On est la veille au soir de la désignation de la ville hôte des Jeux Olympiques d’été 2024. En lice, Paris et Mumbai. Les enjeux sont énormes et la voix d’un seul pays peut tout changer. Ces dernières heures seront décisives. Gagner les JO, perdre la face. Le président français est face à un dilemme cornélien. C’est là que nous intervenons. Répondre au téléphone, parler à telle personne, décider, ne pas décider, nous nous retrouvons face à des choix, face aux choix d’Henri Laborde. Réponse A ou réponse B ? Possibilité de choix très manichéennes au final, car il parait invraisemblable que les choix du président d’une grande puissance se limitent à aussi peu de possibilités. Si nous sommes vraiment dans sa tête, notre téléphone devrait fourmiller d’options, à en perdre la tête justement. Ici, le rythme ne s’impose pas, desservi par la simplicité d’un scénario très peu propice à convaincre l’auditoire d’adhérer à une histoire qui devrait lui couper le souffle. Et c’est bien là que le bât blesse. Le scénario est sacrifié. « L’expérience » annoncée se limite surtout à ce que le spectateur lambda puisse faire son choix, avec son smartphone, entre les cinq fins alternatives du film. Une démonstration technique, bien trop loin du cinéma ou d’une bonne fiction de télévision. Là où le spectateur souhaite plonger la tête dans un film, Tantale propose, lui, de rester à la surface, à moitié dehors, l’oeil sur le smartphone, l’autre moitié sur l’écran. Trop simple pour vraiment se jeter à corps perdu dans la projection, le film ne fait pas flop mais ne semble pas être l’expérience promise. On a l’impression d’une redit ( ?) et on aimerait en voir plus, se casser la tête devant les choix, qu’ils nous fassent trembler. Alors qu’on nous propose de devenir Henri Laborde, une impression s’installe, celle d’être un marionnettiste maladroit, lui-même manipulé par un simple dispositif qui tourne à vide. Pourtant, l’idée est très loin d’être stupide. Qui n’a jamais rêvé, imaginé devenir maître des scénarios ? Ici, explorer en façade cette opportunité nous laisse frustré, voire déçu. Au bout du compte, une problématique persiste : le téléspectateur est-il prêt pour cet forme d’audiovisuel interactif ? Est-il prêt à prendre son smartphone le soir dans son canapé pour regarder un film ? Pas sûr.

Après la projection de mardi soir, les avis étaient d’ailleurs bien mitigés.

Article d’Antoine Medeiros

Propos recueillis par Thibault Sadargues et Virginie Ziliani

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