[FIPA 2017] Wunschkinder : Le droit d’aimer un enfant

En compétition au FIPA dans la catégorie « fiction », Wunschkinder [l’enfant désiré, NDLR] met en scène un couple allemand, désirant par dessus tout avoir un enfant. Anéantis par les échecs successifs, Marie et Peter se lancent dans les démarches pour adopter une jeune russe. Buzzles s’est fait saisir par l’émotion et le suspens, orchestrés d’une main de maître par la réalisatrice Emily Atef.

Marie et Peter Meisner incarnent le couple citadin par excellence. Épanouis dans leur vie professionnelle et amoureuse, leur complicité crève l’écran. Mais au delà de ce bonheur apparent, le couple nourrit l’espoir de fonder une famille. Marie n’arrive pas à tomber enceinte, malgré trois tentatives d’insémination artificielle. « Je suis grosse et stérile, je me sens comme une baleine échouée »,s désespère Marie. L’adoption s’impose alors comme le dernier recours. Après des mois d’attente, le couple s’envole enfin pour un orphelinat russe, où il rencontre la petite Nina. La magie opère, mais la confrontation avec le système judiciaire russe va être violente…

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Marie et Peter rencontrent Nina, 10 mois, dans un orphelinat russe. (Crédit FIPA)

L’ascenseur émotif

En cette soirée du nouvel an, Marie et Peter ont une grande annonce à faire à leurs proches. Marie est enceinte, resplendissante de bonheur. Après tant d’épreuves et de frustration, les deux amoureux vivent un rêve éveillé. Mais le destin en a décidé autrement. Quelques semaines plus tard, Marie fait une fausse couche. Dans la salle, un vent de stupeur enfonce les spectateurs au fond de leur fauteuil. Marie pleure, Peter s’éloigne. Ils finiront par se retrouver, autour des démarches d’adoption. Commence alors une longue attente, rythmée par quelques fax en provenance de la Russie. Jusqu’au jour où le couple est enfin autorisé à rencontrer Nina, 10 mois, abandonnée à la naissance par une mère célibataire. À la vue de la petite fille, le temps s’arrête. La caméra s’attarde sur les visages et respecte ce moment où les regards se croisent, s’apprivoisent. Une parenthèse enchantée s’ouvre, jusqu’au retour en Allemagne. Du côté de la procédure, tous les papiers sont en ordre. Tout devrait bien se passer. L’audience est programmée, et le couple est de retour en terres russes. « Tu te rends compte ? C’est notre dernier voyage que tous les deux », s’émeut Marie. Mais le jour de l’audience, c’est la douche froide. En deux coups de maillet, la procureur refuse l’adoption. Tout d’un coup, la lumière et les couleurs deviennent fades. Les espoirs s’envolent et le couple n’est plus sur la même longueur d’onde. Il reste toutefois une chance de récupérer Nina : se pourvoir en appel.

Inutile de vous en dire plus, il faut aller voir « Wunschkinder ». À travers le va-et-vient entre intense bonheur et insoutenable tragédie, Emily Atef joue avec nos nerfs et nos émotions. Le suspens est intenable. De la fausse couche jusqu’aux travers juridiques de l’adoption, toutes les thématiques sont abordées. Notre empathie pour les personnages en est décuplée. Et les acteurs Victoria Mayer et Godehard Giese y sont pour beaucoup. La justesse de leur jeu nous ferait presque oublier qu’il s’agit d’une fiction, et penser à un documentaire. Bref. Les images restent, tout comme le message : « Tout le monde a le droit d’aimer un enfant. »

Gaspard Poirieux

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