[FIPA 2017] Oblomov, ou la quête d’un bonheur impossible

Assommé par les déceptions de la vie, hanté par la nostalgie d’une enfance heureuse, Ilya Ilitch Oblomov, propriétaire terrien russe, s’accroche à son meuble favori : le divan. Adapté du roman d’Ivan Gontcharov publié en 1859, le « Oblomov » de Guillaume Gallienne redonne vie au mythe littéraire russe. Buzzles était à l’avant-première.

Guillaume Gallienne l’a joué plus d’une centaine de fois sur les planches de la Comédie-Française entre 2013 et 2015. Avant de devenir un téléfilm pour Arte, Oblomov a connu de multiples adaptations. D’abord roman, il est ensuite retranscrit une première fois au cinéma en 1980 par Nikita Mikhalkov, puis à la télévision. Tout au long de cette version contemporaine, c’est l’empreinte théâtrale qui surprend. Les longs plans-séquences « assez inhabituels au cinéma », de l’aveu du réalisateur, se retrouvent entrecoupés de scènes de cinéma russe. Sorte d’entracte. Une façon pour Gallienne de revenir à son premier amour, le théâtre. Le comédien se complait dans la diction de ces grandes tirades, traduites du russe au français. Tourné en seulement 14 jours, le film est un huit clos oppressant. À l’image du personnage. « L’extérieur est véritablement un poids pour Ilya Ilitch Oblomov. », précise Guillaume Gallienne. Il faut dire que tout ce qui vit en dehors de chez lui ne l’intéresse guère. Ce sont les « autres », qui n’ont, selon lui, « rien compris à la vie. » En vérité, ils les envient, les jalousent même. Les « autres » arrivent à vivre, à aimer. Lui en est incapable. Si bien, que les plans de paysage et Oblomov ne se croisent jamais. Le bourgeois préfère passer ses journées à malmener Zakhar, espiègle domestique. Serait-il paresseux ? Euphémisme. En constant état de léthargie, il tire des plans sur la comète, bercée par la fade utopie qui le guide. En perpétuelle quête de tranquillité, il fuit le moindre contact social. « Quel but je pourrais avoir ? Je n’ai pas de but » admet Ilya Ilitch. Alors, cœur de pierre ? Pas vraiment. Son inactivité symbolise le refus d’affronter une réalité qui n’est pas aussi idéale que ce qu’il veut espérer. Oblomov a peur. Peur de l’amour. Peur de s’abandonner.

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Guillaume Gallienne aux côtés de Yves Gasc, qui joue le rôle de Zakhar dans l’adaptation de la Comédie-Française entre 2013 et 2015 (Photo: Le Point.fr)

 Oblovisme ou réalisme 

Un de ses amis, Andreï Ivanovitch Stolz, essaye par tous les moyens de le sortir de son fauteuil et de son « oblomovisme » [capacité à rester sans rien faire, NDLR]. « Personnellement, je préfère la traduction ‘Oblomovitude’ » s’amuse Gallienne, l’oblomovisme, ça fait un peu politique. » Mais tout va changer avec l’arrivée d’Olga, jeune Russe à la voix d’or. Aux premières notes de Casta Diva, Oblomov est immédiatement envouté. Et se laisse même aller à aimer durant quelques instants, quitte à délaisser son divan. Pourtant, cet éternel indécis finira par choisir ce qu’il appelle « la tranquillité. » Pensant être une erreur sur le parcours sentimental de la belle Olga.

Le drame du personnage repose donc dans sa lucidité. Déçu du monde et de ses mondanités, il vit reclus dans ses souvenirs d’enfance. Il retrouvera du confort auprès de la veuve Agafia, qui entretien sa passivité. À ses côtés, il entretiendra ce paradis perdu, qu’il a toujours rêvé de rejoindre. Gallienne va même jusqu’à faire mourir son personnage dans la neige, dehors, pour la première fois. Comme s’il était incompatible avec la vie. Oblomov aura passé son existence reclus dans son théâtre abandonné. Seul sur la scène, en éternel incompris. À la quête d’un bonheur impossible.

Gaspard Poirieux

Virginie Ziliani

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