Investiture de Donald Trump : quel avenir pour les Etats-Unis ?

Alors que l’homme d’affaire Donald Trump s’apprête à devenir le 45ème président des Etats-Unis, entre espoir et colère, la presse américaine s’inquiète pour l’avenir du pays.

C’est un évènement que Donald Trump promet « très spécial ». À quelques heures de la 58ème cérémonie d’investiture, l’Amérique s’inquiète face à l’arrivée au pouvoir de l’homme d’affaires new yorkais. « Trump peut-il avoir l’étoffe d’un président ? » se questionne le New York Times qui s’était positionné pour la première fois en faveur d’Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle. Dans son éditorial, le journal souligne que « l’espoir qu’ont les citoyens (…) est pris en otage par ses attaques impétueuses via Twitter, envers les individus, les institutions et les nations. ».

Il tempère, cependant, et pointe que ce n’est pas la première fois qu’une transition entre deux présidents est agitée : « l’inébranlable conservateur Ronald Reagan a succédé au libéral Jimmy Carter. Barack Obama a marché dans les pas de George W. Bush. » Des profils parfois opposés mais qui partageaient un même constat : la conscience de ce dont le pays avait besoin. Sur cet aspect, le New York Times rappelle que lors de son élection, le magnat de l’immobilier avait promis de « travailler à construire une seule et unique nation de justice et d’opportunités. »

« Les contrôles sur le pouvoir d’un président sont robustes »

Tandis que le New York Times se demande si le magnat de l’immobilier a les épaules pour un tel poste, le Boston Globe se penche quant à lui sur le contenu du discours de Donald Trump. Lui qui, plus habitué aux tweets, devra s’adresser à « une nation qui essaie toujours de déterminer ce que son élection signifie pour l’état de l’union. » Une prise de parole diffusée mondialement et très attendue, « qu’il a travaillée lui-même, selon son porte parole Sean Sciper, et pour laquelle il s’est entraîné ces derniers temps. ». Beaucoup espèrent que ce discours ressemblera à celui du soir de son élection, explique le quotidien. « Mais la plus grande question qui demeure est la capacité de Trump à rassembler le pays et guérir certaines des divisions que sa campagne a exploitées. »

Un espoir partagé par le New York Daily News. Le journal qui s’était farouchement opposé à la candidature de M. Trump énumère dans un éditorial les possibles améliorations que le candidat pourrait apporter au pays. « Puisse-t-il redonner espoirs aux ouvriers et aux travailleurs de la classe moyenne (…) en rapportant de bons emplois avec des salaires en hausse et des avantages sociaux solides. » Malgré un contexte tendu, le quotidien encense le pouvoir du peuple, qu’il juge capable d’être un puissant contre-pouvoir : « les contrôles sur le pouvoir d’un président sont robustes. » En d’autres termes, si la décision ne fait pas l’unanimité, les Américains ont la possibilité de faire entendre leur voix.

« La Trumpocalypse »

Une voix qui, selon Jonathan Turley, avocat et professeur de droit américain, devrait être occupée à célébrer la cérémonie d’investiture. Il appelle dans le quotidien USA Today, pour lequel il collabore régulièrement, à commémorer « la 71ème fois qu’un président démocratiquement élu a prêté serment ». Pourtant très critique des deux candidats, il avoue que « Trump est de toute façon notre président dûment élu et légitime. » Le message est clair : tous unis derrière Trump. Pour lui, « les leaders démocrates ont abandonné la tradition et dénigré notre démocratie en refusant de se tenir aux côtés du nouveau président pour son investiture. » Tout au long de sa tribune, il prône la victoire du processus démocratique et l’avènement d’une « transition pacifique du pouvoir. »
Le blog politique Daily Kos ironise justement sur cette « transition pacifique du pouvoir », titre de son dessin satirique. On y voit Barack Obama passer le drapeau des États-Unis, symbole du pouvoir, à Donald Trump, qui lui-même le transmet à Vladimir Poutine, au grand dam du président afro-américain. Sous-entendant qu’avec l’homme d’affaires, le vrai dirigeant du pays sera le président russe. Au cœur de la polémique, les liens étroits qui uniraient le futur président avec la Russie, soupçonnée d’avoir interféré dans le processus électoral via des piratages informatiques.

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« La transition pacifique du pouvoir » (Crédits: Daily Kos)

Une idée partagée par le site progressiste Truthout, pour qui cette transition est loin d’être pacifiste. Dans une tribune signée par le philosophe Alfie Brown, les événements sont dépeints avec plus d’inquiétudes encore. La « Trumpocalypse » comme il se plaît à l’appeler, pourrait faire changer les choses « pour le pire ». Pour lui, l’élection de Trump présente des similarités avec les aliens du livre de Douglas Lain, After the Saucers Landed. Alors que tout le monde s’attendait à une révolution pour un monde meilleur, les aliens se sont révélés complices du capitalisme en vigueur. Tout comme, selon lui, l’homme d’affaires américain. En effet, « les extraterrestres font appel à ceux qui ont le désir de dire non au système, mais sans moyen de transformer ce refus en une alternative politique cohérente. ». Mais, selon M. Brown, une autre possibilité est plus effrayante encore : le statu quo et avec, la répétition des inégalités actuelles.

Virginie Ziliani

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