La La Land : entre rêve et réalité

La La Land est le film événement de ce début d’année. Critique et analyse d’un long métrage aussi réjouissant que bouleversant.

Synopsis: Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions.
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

Serait-ce une surprise de dire que La La Land est un chef d’œuvre ? Le film a déjà remporté 7 Golden Globes, et il mène désormais sa route vers les Oscars avec 14 nominations. Un record uniquement réalisé par Eve en 1950 et Titanic en 1997. Le film naît en 2010 dans une chambre d’Harvard, de l’imagination du jeune réalisateur Damien Chazelle. A ses côtés à l’époque, son colocataire Justin Hurwitz, qui composera la musique de film. 7 ans plus tard, après le succès de Whiplash, La La Land sort sur les écrans du monde entier. Le film est une réussite. Damien Chazelle offre une œuvre sublime, tragique et colorée.

La La Land débute avec un somptueux plan-séquence sur une autoroute embouteillée. Quelques secondes de film, et la magie opère. Les couleurs, la musique, la maîtrise : tout est déjà là. La première partie se veut un hommage aux comédies musicales des années 50. Les scènes sont rendues somptueuses grâce à une photographie incroyable. Les couleurs des décors et des costumes s’ajustent à l’état d’esprit des personnages. Le sourire ne lâche jamais le spectateur. On découvre alors le duo qui va mener le film : Emma Stone et Ryan Gosling. Ayant déjà collaboré ensemble sur Gangster Squad et Crazy Stupid Love, leur complicité est évidente. Ils ont tout du couple classique hollywoodien tels Humphrey Bogart et Lauren Bacall. Chacune de leurs scènes sont déjà iconiques. Les références aux classiques du cinéma sont nombreuses et on se plaît à voir le duo chanter, danser et faire des claquettes dans de splendides séquences. Mais le film dépasse rapidement son postulat d’hommage. L’univers de la comédie musicale devient un prétexte pour parler amour, rêve et Hollywood. Jamais niais, La La land nous rend amoureux de ses personnages. Le premier acte se conclut sur un baiser, semblable à la fin des comédies de l’âge d’or hollywoodien.

La seconde partie du film se veut plus réaliste. Les héros sont contraints de se confronter à leur fantasme d’amour et à leurs rêves. Les prestations des acteurs sont exceptionnelles. A tel point que les doubleurs français ont coupé les sous-titres lors d’une scène jouée par Emma Stone, pour que le spectateur se focalise sur son jeu. Ryan Gosling offre une performance complexe et mesurée, à contre-emploi, l’acteur étant habitué à des rôles au jeu sobre voire effacé. Le final onirique est saisissant. Il hante et bouleverse encore après le visionnage du film. La La Land nous fait vivre une histoire d’amour et nous confronte à nos propres rêves et illusions. Une fois le film fini, on pense à Mia et Sebastian, comme à d’anciennes relations qu’on aime encore. Le film est un bouleversant chef d’œuvre d’émotions, toujours dans la candeur sans jamais être naïf.

« Hollywood vénère tout mais ne respecte rien »

La La Land parvient à mixer le rêve et la réalité avec une facilité déconcertante. C’est dans cette logique que le metteur en scène tente de symboliser ces concepts, grâce aux différentes nuances de couleurs. Divisé en saisons, le récit démarre avec des couleurs chatoyantes, proches de l’irréel. Mia (Emma Stone) porte des robes unies, simples, rappelant la candeur de son rêve hollywoodien. Sebastian se caractérise par une chemise blanche, symbolisant la véritable pureté de son jazz et de sa volonté de sauver cet art. Ce sont les couleurs primaires qui dominent cet hiver étincelant. Un bleu du songe, un rouge passionnel ou un jaune solaire, autant de nuances qui illuminent des costumes somptueux. Les teintes deviennent alors plus complexes, avec des motifs et des nuances de vert, une couleur froide, funeste. C’est alors que La La Land transcende son postulat de simple feel-good musical pour entériner un propos plus réaliste. Aussi mature que déchirant, ce choix bouleverse autant qu’il sublime un long métrage ne cédant jamais à la niaiserie. Ainsi, plus le long métrage avance, plus les couleurs ternissent, conséquence d’une dure réalité. La romance passionnée et fusionnelle entre Mia et Sebastian se destine donc à la souffrance. Interprété par des acteurs transcendés, cet amour se transmet au spectateur le plus rêveur, tout comme cette douleur sentimentale tout à fait déchirante. Impossible de ne pas être ému par ce long métrage aussi merveilleux que bouleversant. Son lyrisme émouvra le plus réfractaire au genre de la comédie musicale, notamment grâce à l’une des plus belles images vues sur grand écran depuis longtemps.

Damien Chazelle s’est toujours passionné pour les comédies musicales de Jacques Demy tels Les Demoiselles de Rochefort ou Les Parapluies de Cherbourg. Son intention n’est pourtant pas tournée vers la nostalgie, mais vers l’union. Une alliance parfaite entre le classicisme du cinéma des années 50 et la modernité de la décennie cinématographique en cours. « On ne peut être révolutionnaire et traditionaliste à la fois » déclame alors le personnage de Keith (John Legend) à Sebastian (Ryan Gosling). Cette vision du dilemme sera alors la clé des personnages tout au long du film. Peut-on accepter la mort d’un jazz originel en perdition ? Peut-on sacrifier la passion amoureuse au profit d’un rêve ? Là où Damien Chazelle brille, ce n’est pas dans ces interrogations posées. C’est plutôt dans la morale accordée à chacune d’entre elles. Les réponses apportées ne sont jamais absolues, le spectateur se doit de trouver sa propre interprétation. La La Land confine au sublime lorsque l’émotion, les sentiments et le rêve sont filmés avec une véritable grâce. Damien Chazelle transcende sa machine à rêve grâce à de magnifiques personnages, un sentimentalisme jamais niais et une réalité toujours difficile à assumer. Une claque esthétique et sonore dont la sincérité et la finesse touchent comme rarement.

 

Bande-annonce :

 

Roberto Garçon

Louis Verdoux

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