[CDE] Séoulitude (1/3) : l’alcool, plus qu’une solution chimique

CARNET DE VOYAGE. À Séoul, face à l’obligation de réussite absolue, la culture de la boisson prend une autre ampleur.

Nous sommes le 25 août 2015. Je décolle de Paris-Charles-de-Gaulle pour cinq mois d’échange en Corée du Sud. Dès les premiers jours, je suis immergée dans la culture et le train de vie effréné des Séoulites. Ewha, mon université, est un campus pour filles : les conversations de couloirs portent principalement sur le dernier hit de BIGBANG (groupe de K-pop), la nouvelle crème Etude House (magasin de cosmétique)… et la soirée de la veille ou celle du jour-même. Moi qui pensais que les Belges étaient les rois de la fête, j’avais fait fausse route toutes ces années.

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« Parfois, certains jeunes s’effondrent sur le trottoir où, à défaut de parvenir à se relever, ils élisent domicile pour la nuit » (Crédits: Eloïse Roulette)

Gangnam, Hongdae et Itaewon (quartiers de la capitale coréenne) ne dorment jamais. Les boîtes huppées, les bars branchés et les karaokés sont bondés en permanence. D’ailleurs, il n’est pas rare que les filles de l’école arrivent en cours vêtues, à peu de chose près, comme la veille au soir : elles n’ont parfois pas le temps de rentrer chez elles avant le début des cours. Et ici, les présences sont prises et comptent pour 10 à 20% de la moyenne. Hors de question donc de faire la grasse matinée pour récupérer.

L’AL-COOL !

Aucun jour de la semaine ne fait exception à la règle : j’échoue à tenir le rythme. Petit à petit, je m’éloigne de l’hypocentre de l’action et je me mets à observer. Systématiquement, le soju (alcool à 20%) coule à flots. Nombreux sont les jeunes fêtards (19-25 ans) qui vacillent et ne marchent droit que parce qu’un ami les soutient. Parfois, certains s’effondrent sur le trottoir où, à défaut de parvenir à se relever, ils élisent domicile pour la nuit.
Cette culture de la vie nocturne, j’ai du mal à la comprendre. « Le but ce n’est pas de boire, ça aide juste à créer des liens avec les gens. À l’université, on ne peut pas être aussi ouverts, autant-nous-mêmes », me confie Jay Shin, étudiant en ingénierie. À 21 ans, il lui arrive souvent, lorsqu’il se réveille le matin, de ne pas se souvenir de la soirée de la veille. Mais il trouve ça sain. Avant son entrée à l’université de Kyung Hee, il n’était jamais sorti avec des amis. Comme bon nombre de Coréens, il n’avait aucune liberté. Poussé par sa famille, son objectif était d’être accepté dans une bonne université et il ne vivait que pour ça, enchaînant cours particuliers sur cours particuliers sans se permettre aucun loisir.

« L’alcool c’est aussi notre remède contre le stress. On nous met la pression pour tout : avoir des bons résultats, avoir un bon boulot, rejoindre un maximum d’associations, être en couple avec une personne « bien ». On doit être parfaits. C’est comme ça dans ce pays », continue Jay.

Des maux venus de l’Occident

Min-jun Park (nom d’emprunt) est professeure de sociologie à l’université d’Ewha. Pour elle, « cette culture est nouvelle » mais a commencé avec l’occidentalisation. Depuis les années 60, la Corée du Sud s’américanise de plus en plus. Très longtemps, le peuple coréen a considéré les USA comme la plus grande puissance de la planète : toute chose qui y était liée était dès lors considérée comme un symbole de réussite sociale. « Mais aujourd’hui, plus que leurs parents avant eux, les jeunes (19-25 ans, ndlr) ont accès aux films et aux séries. Et ils s’en inspirent : ils enchaînent les jeux d’alcool et de binge drinking, les filles oublient leur inhibition à la maison… Ce qui amène à un autre problème sérieux de cette génération : le débat sur le sexe avant le mariage et tout ce que ça implique », révèle le professeur Park.

Eloïse Roulette

À suivre, partie 2 : Love motels, le sexe à la coréenne.

 

Cet article vous est proposé par le Carrefour des Écoles, un projet d’échange entre plusieurs écoles de journalisme qui vise à mettre en valeur les productions d’étudiants du monde entier.

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