La justice accorde une indemnité décente au ferronnier exproprié de Mandelieu

Pierre Giordanengo est ferronnier à Mandelieu-la-Napoule depuis plus de cinquante ans. La Communauté d’Agglomération du Pays de Lérins lui annonce en 2011 qu’il va devoir quitter ses locaux situés en centre-ville. Depuis cette date, l’artisan mandolocien et sa famille se battent pour être indemnisés correctement. La justice a tranché fin janvier dernier, et a décidé d’accepter la requête du clan Giordanengo. Buzzles vous propose un éclaircissement sur cette affaire.

Pierre Giordanengo installe son atelier de ferronnerie en centre-ville de Mandelieu en 1964. En 2011, il est contraint par la Communauté d’Agglomération du Pays de Lérins (CAPL) de faire ses valises. Soutenue par la mairie de Mandelieu, la CAPL décide de mettre en place un réseau de bus à haut niveau de service (BHNS). La création de cette ligne de BHNS nécessite d’importants travaux en centre-ville. Le programme de la CAPL prévoit de raser l’atelier de ferronnerie et de serrurerie de Pierre Giordanengo. La suppression des locaux est actée, la CAPL exproprie l’artisan mandolocien. C’est le début d’une bataille qui va durer plus de cinq ans.

« Ils se sont retrouvés complètement déboussolés, perdus »

Le fruit de toute une vie de travail. Voire plus. Pierre Giordanengo a bientôt 78 ans, dont plus de cinquante passés dans son atelier situé avenue de Cannes. Sa famille est dans le métier depuis trois générations, et l’un de ses deux fils travaille avec lui depuis plus de vingt ans. La perte d’un lieu possédant une telle valeur sentimentale est difficile à vivre pour la famille Giordanengo. La spirale négative ne s’arrête pas là : les employés abandonnent Pierre, de peur de se retrouver sans travail. Franck, fils de l’artisan, raconte que ses parents ont vécu des moments très douloureux. Pierre Giordanengo aime son métier, et ne s’intéresse pas vraiment à l’argent. Quelle que soit l’indemnité perçue pour l’expropriation, il souhaite simplement pouvoir continuer à vivre grâce à la ferronnerie.

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L’atelier de Pierre Giordanengo, et ses cinquante années de souvenirs (Crédits: Guillaume Truillet)

Chose impossible avec l’indemnisation octroyée dans un premier temps par la CAPL. L’offre de reprise est très faible : 170 000€ hors fonds de commerce. Impossible de se réinstaller et de reprendre son activité avec une telle somme. En plus du problème financier, c’est le sentiment d’injustice qui fait son apparition : pour exactement la même surface, l’atelier voisin a été indemnisé à hauteur de 556 000€. Une différence inacceptable pour la famille Giordanengo, qui décide alors de se lancer dans un combat difficile contre la CAPL et la mairie de Mandelieu.

Un conflit éprouvant et coûteux, mais « énormément de soulagement »

« Le combat a coûté 30 000€ », raconte Franck Giordanengo. Entre frais d’expertise et d’avocats, la famille de l’artisan a dû dépenser sans compter pour voir son indemnité d’expropriation être rehaussée. Soutenue par des personnalités comme l’actrice Karin Viard ou le chanteur Richard Galliano, la cause de Pierre Giordanengo a profondément touché les habitants azuréens. La pétition lancée par Franck sur internet a mobilisé plus de dix mille signataires, et les commentaires sur les réseaux sociaux ont permis au clan Giordanengo de relever la tête.

Le procès opposant la CAPL et les Giordanengo a eu lieu le 26 janvier dernier à Nice. La justice a finalement accordé une indemnité d’expropriation s’élevant à « environ 500 000€ ». Franck Giordanengo éprouve « énormément de soulagement » quant à cette décision et à la fin de ce long combat. Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le maire de Cannes, David Lisnard, aurait également proposé à Pierre Giordanengo un petit atelier situé sur sa commune. Après les années noires vécues par la famille, l’avenir s’annonce un peu plus calme.

Guillaume Truillet

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