Contraception masculine : Le Vasalgel, c’est pour bientôt ?

Une contraception masculine à long terme, réversible et sans hormones ? C’est ce que propose une ONG américaine avec le Vasalgel, un contraceptif qui pourrait bientôt arriver sur le marché.

Préservatif, vasectomie… ou Vasalgel ? Les hommes auront peut-être bientôt le choix entre ces trois types de contraception. Si les deux premiers contraceptifs sont déjà commercialisés et utilisés, le Vasalgel est quant à lui encore en période d’essais cliniques. Inventé par l’ONG américaine Parsemus Foundation, ce contraceptif serait sans danger, réversible (à l’inverse de la vasectomie) et durable. Le principe ? Une injection dans l’urètre de l’homme bloquant les spermatozoïdes et les rendant incapables de se déplacer, et donc de féconder l’ovule. L’effet est immédiat et reste efficace sur une longue durée, et il suffit d’une autre injection pour annuler l’effet contraceptif.

« Il ne faut pas s’attendre à ce que les hommes acceptent la même chose que ce que les femmes ont enduré »

Cette méthode n’est pas nouvelle puisqu’elle s’inspire des recherches menées il y a quinze ans par le docteur indien Sujoy Guha, sur une technique médicale intitulée RISUG (Reversible Inhibition of Sperm Under Guidance), actuellement en fin d’essais cliniques en Inde. La Parsemus Foundation acquiert les droits du RISUG en 2013 et s’en inspire pour mettre au point le Vasalgel. Pour Elaine Lissner, fondatrice de l’association, il était hors de question d’investir dans une méthode hormonale : « il ne faut pas s’attendre à ce que les hommes acceptent la même chose que ce que les femmes ont enduré. On n’est plus dans les années 60 ». Car si les femmes peuvent aujourd’hui contrôler leur sexualité et leur reproduction, beaucoup d’entre elles souffrent des effets indésirables des contraceptifs, tels que la pilule hormonale.

Pour Carl Djerassi, père de la pilule contraceptive féminine, « l’absence de pilule pour les hommes n’a rien à voir avec la science, on sait exactement comment la développer. Mais il n’existe pas une seule boîte pharmaceutique qui accepterait d’y toucher, pour des raisons économiques et sociales, mais pas scientifiques ». Le célèbre chimiste doute de la réussite de l’entreprise : « qui va prendre le risque de la lancer alors qu’il y a de plus en plus d’hommes vieillissants qui commencent à avoir des problèmes d’érection et pourraient incriminer cette pilule ? ».

Pourtant, aux Etats-Unis, les hommes sont prêts à investir dans le projet pour enfin pouvoir prendre le contrôle de leur propre reproduction. 30 000 d’entre eux se sont déjà inscrits pour recevoir des nouvelles de l’avancement du Vasalgel. Car il ne reste plus qu’une étape avant la finalisation du produit : les tests sur les humains. Il s’agit notamment de démontrer que le processus est bien réversible et sans effets négatifs sur les spermatozoïdes. D’après une étude publiée dans le journal spécialisé Basic and Clinical Andrology, les tests ont déjà été concluants sur seize singes mâles. Après leur avoir injecté le Vasalgel, les mâles ont été regroupés avec des femelles sur une période de deux ans, durant laquelle aucune grossesse n’a été relevée.

L’industrie pharmaceutique risque cependant de dédaigner le nouveau contraceptif : le Vasalgel se veut durable, et le commercialiser n’aurait pas d’intérêt pour l’industrie, puisqu’une injection suffit pour profiter de ses effets durant des mois voire des années. A l’inverse de la pilule hormonale féminine, qui a besoin d’être renouvelée fréquemment.

Si les Américains semblent déjà être séduits par le Vasalgel, il reste encore à déterminer si le projet suscitera autant d’enthousiasme dans les autres pays. En France, selon un sondage réalisé en 2012 par le CSA, 61% des hommes se disent prêts à prendre une pilule contraceptive.

Annabelle Georges

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