Rencontre avec les créateurs du projet ZERO IMPUNITY

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L’équipe a_BAHN. Crédits : Sarah Mélis

En janvier dernier, l’équipe de Buzzles s’est rendue à Biarritz à l’occasion du Festival International des Productions Audiovisuelles.  Nous nous étions alors intéressés au projet « ZERO IMPUNITY », qui a reçu le FIPA d’or dans la catégorie « Smart FIPA ». Quelques semaines plus tard, c’est au Luxembourg, dans leurs locaux, que nous avons rencontré Nicolas Blies, Stéphane Hueber-Blies et Marion Guth de la société de productions « a_BAHN », pour qu’ils nous parlent du projet. 

Nicolas et Stéphane sont frères, et avec Marion, ils se connaissent depuis près de quinze ans. Il y a cinq ans, c’est ensemble, que les trois Strasbourgeois ont créé a_BAHN . Aujourd’hui, ils réalisent et produisent différents types de documentaires ainsi que du cinéma d’auteur. Mais « a_BAHN », c’est aussi du nouveau média, de la réalité virtuelle, et pas seulement. Leur politique éditoriale se définit comme « militante et engagée », qui a mûri au rythme des rencontres dans le monde de l’audiovisuel, politique et intellectuel. Tous les trois se sont accordé pour faire un constat : « Nous en avons eu marre de voir ce monde fonctionner à l’envers.  L’idée avec a_BAHN, est de promouvoir une autre façon de fonctionner, de mettre en application les choses. Nous considérons que, soit nous participons à changer le monde, soit nous subissons en silence. Garder le silence, c’est cautionner les injustices. Nous avons voulu cesser de faire des concessions, cesser de se mettre des barrières. Nous faisons sauter ces barrières pour libérer notre parole, nous utilisons « a_BAHN » comme thérapie, pour développer des armes activistes, avec tous nos projets, comme avec « ZERO IMPUNITY » ».

« ZERO IMPUNITY » : l’investigation comme base de travail

« ZERO IMPUNITY » est un projet franco-luxembourgeois coproduit par a_BAHN, Camera Talk productions, Melusine productions et Webspider productions. C’est un projet transmédias d’investigation et d’activisme contre l’impunité des violences sexuelles en conflits armés. Il décrypte les jeux de pouvoirs, de rapports de force et les défaillances judiciaires au sein des Etats et des institutions. Les journalistes pigistes du Collectivo Youpress ont mené les six enquêtes, publiées en ligne et diffusées par douze partenaires internationaux dont Mediapart. Chacun des partenaires a eu une semaine d’exclusivité avant la diffusion sur la plateforme en ligne. A ce jour, quatre enquêtes ont déjà été révélées. La première revient sur les viols commis par l’armée française lors de l’opération Sangaris en Centrafrique, la seconde parle des viols utilisés comme moyen de torture à Guantanamo par l’armée américaine, la troisième dénonce les viols d’enfants commis par le régime de Bachar El- Assad en Syrie, et la dernière enquête publiée dévoile l’inaction de l’ONU face à ces crimes. Deux enquêtes sont encore en attente de publication. Ces investigations journalistiques constituent la base de travail qui a servie à mettre en place les diverses actions visant à lutter contre ces impunités, mais également la réalisation d’un film d’animation dont la sortie est prévue courant 2017. Pour Nicolas, « les journalistes sont au film final ce que la couleur est à un tableau ».

« ZERO IMPUNITY » : l’esthétisme au service de l’investigation et de l’activisme

 A ce travail d’investigation, s’ajoutent trois pétitions en ligne, disponibles sur change.org, auxquelles se greffera une marche interactive en 3D : « il s’agit du prolongement par les réseaux sociaux, des pétitions signées en ligne. C’est une manifestation virtuelle qui regroupe les signataires sur une plateforme commune, avec des avatars pour chaque signataire, dans un même espace. Il y a également de l’information en temps réel : par exemple « le ministère vient de répondre ça etc. », c’est un outil de communication mais aussi de pression. Il va aussi y avoir des actions physiques sur le terrain, courant mars. Des manifestations à Paris notamment, qui réuniront probablement des activistes avertis. Il y aura également des projections sur façades, là où il est interdit de le faire, avec des vraies installations activistes sur le terrain. Le but est de travailler sur différent supports pour toucher le plus de monde ». Plus de 320 000 signatures sont déjà comptabilisées à ce jour.

Parallèlement à toutes ces actions, est prévue dans les mois à venir la sortie en salle du film « ZERO IMPUNITY », événement qui préserve en quelques sortes l’aspect « patrimonial » du projet : « dans un souci de protection des victimes et des lanceurs d’alerte, nous avons choisi de réaliser un film d’animation. C’est aussi une démarche esthétique, puisque cela permet une plus grande marge de manœuvre artistique, une forme différente, inhabituelle, pour se différencier. C’est facile d’accès, c’est moins anxiogène, cela fait moins peur et cela amène à ce que l’on vise, c’est-à-dire : éveiller, faire sortir du déni, ne pas laisser indifférent, amener un éveil, un sens critique aussi. Il y a un pouvoir d’attraction plus fort, pour que les gens entrent dans le sujet plus directement. « ZERO IMPUNITY » est le premier d’une longue série de projets de ce type, sur lesquels nous travaillerons dorénavant ».

Récompensé en janvier dernier dans la catégorie « Smart FIPA » du Festival International du film à Biarritz, le projet « ZERO IMPUNITY » se prépare dès maintenant pour d’autres festivals, pourquoi pas Venise ou Toronto…

Sarah Melis

Toutes les enquêtes et liens vers les pétitions en ligne disponibles sur :

https://zeroimpunity.com/

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