[CDE] Séoulitude (2/3) : love motels, le sexe à la coréenne

CARNET DE VOYAGE. Soirées, alcool et love motels : les habitudes des jeunes Coréens vont à l’encontre des préceptes parentaux.

Le sexe avant le mariage en lien avec la débauche de la vie nocturne ? La cause à effet ne m’est pas évidente. Jay ne m’a pas parlé de ça lors de notre premier entretien. Il accepte de me revoir mais il sera accompagné de Seung Hyun Lee et Min Soo Pang, ses meilleurs copains. J’accepte. Plus on est de fous, plus on rit.

Love motel : l’étape ultime

Jay, le futur ingénieur, ne se gêne pas pour m’expliquer qu’une raison évidente pour laquelle il sort, c’est de « choper des filles ». Seung Hyun Lee et Min Soo Pang, ses compagnons de beuverie, ricanent et le charrient : « Tu n’es jamais allé dans un Love motel, tu ne sais pas de quoi tu parles. »  Stupéfaction. Je ne suis pas certaine de comprendre ce qu’ils entendent par là mais rapidement, mes pires cauchemars se matérialisent.

Le principe est simple : pour quelques euros de l’heure, vous louez une chambre où vos ébats peuvent avoir lieu en toute intimité. À cet effet, des préservatifs sont d’ailleurs mis à la disposition des clients. Le week-end, si vous ne réservez pas suffisamment à l’avance, il se peut que vous soyez mis sur liste d’attente tant la demande est importante. Si importante que certaines enseignes ont mis en place un système de carte de fidélité pour les clients réguliers : une nuit gratuite est offerte toutes les dix nuits.

De l’hypocrisie pure et dure

Je vis à Sinchon, un quartier situé au croisement de trois des plus grands campus de la capitale et à proximité des pôles de la vie nocturne séoulite. Noctambule, je m’étais déjà égarée dans des ruelles éclairées par des néons incandescents multicolores lors de mes escapades au clair de lune, mais sans jamais réaliser le triste spectacle qui se jouait derrière ces joyeuses devantures.

À quelques rues de mon appartement, les Love motels pullulent. Prise de conscience. À chaque nouvelle découverte, j’ai l’impression que la césure entre générations est plus grande. Que l’image d’enfants parfaits que la génération Y veut renvoyer est un masque. De l’hypocrisie pure et dure. Plus jamais je ne me sentirai pareille lorsque je frôlerai les trottoirs la nuit tombée. Mais je veux en savoir plus. Toujours plus. Je veux comprendre.

Le professeur de sociologie Min-jun Park m’explique que les jeunes se dévergondent à la manière de leurs idoles du petit écran alors que leurs parents continuent de vivre leurs traditions.

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Pour « protéger » sa jeunesse, le gouvernement coréen est allé jusqu’à censurer tous les sites X. (Crédits: Eloïse Roulette)

 

Min-jun Park (nom d’emprunt), sociologue à l’université d’Ewha, vient alors à mon aide : « Il faut savoir que le pays a toujours été sous la domination du confucianisme. » C’est un courant de pensée qui interdit le sexe avant le mariage. Or, dans les médias américains auxquels les Coréens ont aujourd’hui accès, le sexe n’est plus du tout un tabou. Le professeur m’explique que les jeunes se dévergondent à la manière de leurs idoles du petit écran alors que leurs parents continuent de vivre leurs traditions. Or, l’État coréen a sa part de responsabilité : pour « protéger » sa jeunesse, le gouvernement est allé jusqu’à censurer tous les sites X. La pornographie et sa consommation ont même été rendues illégales. Tout manquement à cette législation pouvant mener à une peine de prison d’une année.

Relire la partie 1 : L’alcool, plus d’une solution chimique

Eloïse Roulette

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