[Assises] Dans 10 ans ou 50 ans : la question de la robotisation

Le journaliste dans 10 ans c’est bien, le journalisme dans 50 ans c’est mieux. L’Institut du Journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA) s’est penché sur la question. Sur leur site La Fabrique de l’Info, les étudiants en deuxième année de master ont enquêté sur le devenir de leur métier face aux nouvelles technologies. Leur représentante, Maria Santos Sainz, était aux Assises du journalisme pour en parler.

La science-fiction fascine autant qu’elle effraie. D’abord parce qu’elle se nourrit de réalisme pour imaginer un futur différent, bon ou mauvais. Ensuite, parce que ses prophéties se sont souvent révélées exactes. Intelligence artificielle, humain connecté, surveillance internet sont autant de récits d’anticipation qui, autrefois, décrivaient notre société à venir et qui aujourd’hui sont effectifs, bien ancrés dans notre actualité. La Fabrique de l’Info a imaginé notre futur en tant que journaliste, en enquêtant sur des sujets perturbants qu’on préférait taire. Les articles lus dans ce webmagazine : « Mon rédac’ chef est un algorithme », « Les nouvelles longueurs d’ondes de la radio de demain », « Les robots en quête de sens », résonnent comme des titres de romans d’anticipation. Et pourtant… Aux Assisses du journalisme, ces problématiques sont au cœur des débats. Maria Santos Sainz, enseignant-chercheur à l’IJBA, en profite pour parler du projet qu’elle a mené avec ses étudiants de master 2, fin 2016. A l’occasion des 50 ans de l’école de journalisme de Bordeaux, elle s’est questionnée : « Plutôt que de traiter les 50 ans passés, pourquoi ne pas traiter les 50 ans à venir ? ». De là est né le thème : journalisme en 2067.

Nos (futurs) amis les robots

Sur le site, un article futuriste s’amuse de nos connaissances : « super-journaliste de 2067 ». Il affiche en vignette une photo retouchée d’Elise Lucet. Œil bionique, implant neuronal, puce linguistique, la journaliste est devenue une véritable femme hybride robotisée. Et d’après les étudiants bordelais, ce « super-journaliste est sur le point de naître, ou d’être construit ». Toutes ces analyses, ils ne les ont pas sorties de leur chapeau. Des journalistes, des sociologues et autres professionnels, interviewés par les étudiants, sont à l’origine de cette réflexion. Maria Santos Sainz, initiatrice du webmagazine, parle d’« enquêtes science-fiction ». Soit des articles basés sur un constat bien réel mais qui dérivent sur l’imaginaire. Une évolution qu’il faut prendre à la légère, mais pas trop quand même.

En effet, les robots sont déjà présents dans notre société, et leur arrivée fait débat. Dans la presse, l’utilisation grandissante d’algorithmes soulève un questionnement éthique. Aux Assises, plusieurs débats et conférences s’y intéressent. Déjà ce matin, le jury des étudiants livrait sa vision au public sur la réalité virtuelle, les neurosciences, les robots et la gouvernance du web. Atelier justement animé par Maria Santos Sainz. Les étudiants, venus des quatre coins de l’Hexagone, ont un avis partagé, entre scepticisme, crainte et curiosité. Une conférence en présence de Dominique Cardon traitait aussi le sujet, à 16h : « Quel libre arbitre face aux algorithmes ? ». Le sociologue, aux côtés d’Alexandre Léchenet, Sylvain Parasie et Benoît Raphaël, a débattu sur la présence des algorithmes dans les processus de tri et de diffusion de l’information. « On a besoin de techniques pour trier, classer… la masse de données numériques qui nous parviennent » a-t-il lancé, convaincu de leur utilité. Son homologue, Sylvain Parasie, avoue que Google News, algorithme efficace pour les médias, donne « une visibilité selon des critères autres que ceux des journalistes ». Les algorithmes, en jugeant de la qualité des contenus, réinterrogent l’intérêt des internautes pour l’actualité. Les experts sont unanimes : le robot est certes un outil, mais qu’il faut s’approprier, contrôler.

Prévenir, anticiper et se battre

De son côté, le webmagazine futuriste dirigé par Maria Santos Sainz, veut plutôt « prévenir et anticiper » que promouvoir. Néanmoins, ses études soulèvent de véritables questions. Pour Maria Santos Sainz, « jamais un robot ne remplacera un journaliste ». Pourtant, « certaines technologies posent un problème éthique qui mérite une réflexion en confrontant les pour et les contre » poursuit-elle. Les étudiants bordelais, à l’image de leur professeure, ne sont pas pro-robotisation. Nombre d’entre eux dénoncent certaines nouvelles pratiques, basées par exemple sur les neurosciences ou les réalités immersives, « en disant aux générations futures : faites gaffe ! » ; d’autres en revanche « traitent les sujets à la rigolade en prenant du recul » raconte Camille Mordelet, l’une d’entre eux. L’étudiante a travaillé dans cette optique. Son article, « Tension autour de la sortie du robot-journaliste F-Lond One » raconte l’histoire purement fictive d’un robot prêt à remplacer les journalistes. « C’est presque parodique », s’amuse-t-elle. Même si, dans le fond, « ça fait peur », le scepticisme sur la capacité des robots à s’emparer du métier de journaliste l’emporte : « je crois que s’il y a des dérives, nous serons suffisamment intelligents pour nous rebeller ». Alors, cet avenir est-il purement fictif ou sommes-nous plus simplement aveuglés ? Pour Maria Santos Sainz, il faut quoi qu’il en soit se battre pour le journalisme que l’on veut avoir.

Maïlys Belliot

 

Quelle place pour la relation entre public et médias ?

En marge des Assises du journalisme 2017, nous avons rencontré Dominique Cardon, sociologue et auteur de La démocratie internet. Promesses et limites. Il revient sur le rôle des publics dans les contenus web des médias. Leur participation est de plus en plus intégrée et entendue, mais quel impact sur le fonctionnement des médias ? Réponse en vidéo.

Margot Desmas

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