[Assises] Education des jeunes aux médias : les journalistes au coeur du débat

La 10ème édition des Assises du journalisme s’est ouverte sur l’Education aux médias et à l’information. Orienté sur les différents acteurs de cet enseignement, le débat a mis en lumière un manque d’intervention des journalistes auprès des jeunes.

Cela pourrait presque ressembler à une petite annonce à diffuser sur un célèbre site en ligne. « Cherche journaliste pour éduquer des élèves aux médias ». Si aucun établissement scolaire n’a, pour l’instant, franchi le pas, l’idée pourrait germer dans les têtes du corps enseignant. Car depuis 2013 et la réforme de l’Ecole, un enseignement d’Education aux médias et à l’information (EMI) est désormais à intégrer dans la formation, de manière pluridisciplinaire. En cours de français ou d’anglais par exemple, les enseignant(e)s se doivent de former leurs élèves aux contenus médiatiques. Le développement de l’EMI est une nécessité pour Patrick Verniers, président du Conseil supérieur de l’éducation aux médias (Belgique), pour qui le constat est implacable. « Quand on sort de la scolarité, on ne peut pas assurer que chacun possède des compétences médiatiques. »

Dès lors, de multiples supports et actions d’apprentissage ont vu le jour. France Télévision a créé du contenu spécifique sur le web pour éduquer aux médias sur sa plateforme Francetv éducation, tandis que mediaeducation.fr a vu le jour suite aux attentats de Charlie Hebdo. La plateforme, « constituée à partir de plusieurs initiatives » comme l’explique Louise Bartlett, journaliste, cherche à centraliser les actions menées et à rassembler les journalistes volontaires dans le cadre de l’EMI. L’Education Nationale, via le Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (CLEMI), joue un rôle majeur dans le développement de cette sensibilisation. Le service du rectorat met en oeuvre la politique d’éducation aux médias, qui se traduit par l’accompagnement de divers projets. Isabelle Martin, coordinatrice CLEMI de l’académie de Bordeaux, détaille : « Il y a par exemple des projets menés par six ou sept enseignants sur des activités de décryptage ou encore des projets d’open data. ». Pour cela, des partenariats avec les médias locaux ont été établis, et notamment avec France 3 Aquitaine. « Pendant onze ans, les élèves faisaient des interventions en plateau. Aujourd’hui, on travaille sur du contenu web enrichi », précise-t-elle. D’autres projets tels des débats filmés sont par ailleurs menés, en complément de l’analyse médiatique et du développement rédactionnel proposé aux élèves.

Quel coût pour l’éducation aux médias ?

Bien que ces actions soient approuvées par l’ensemble des acteurs, elles semblent cependant de plus en plus difficiles à mettre en place. En cause, le temps… et l’argent. Mener de front son travail et trouver du temps à consacrer aux jeunes pour l’éducation aux médias n’est pas chose aisée chez les journalistes. Pourtant, à France Télévisions, on l’affirme par la voix d’Amel Cogard, directrice du numérique Jeunesse et éducation, « si un journaliste est intéressé par un projet, on lui dégage du temps. ». L’hypothèse d’avoir un référent jeunesse par rédaction, soulevée durant le débat, a vite été balayée d’un revers de la main. « Dans l’absolu, oui il faudrait. Mais j’ai un doute sur le temps et les moyens disponibles », regrette Louise Bartlett. Même son de cloche chez Amel Cogard. « Je ne suis pas sûre que dans les rédactions, il y ait les moyens pour avoir une personne juste pour ça. » Car même si « on part du principe que ce sont des interventions non rémunérées » et qu’il est « rarissime que les personnes demandent une rémunération » selon la journaliste de Média Education, le nerf de la guerre reste bel et bien l’argent.

« Dans les années 2000, Sud Ouest avait les moyens de payer quelqu’un uniquement pour travailler dans les classes », se souvient Isabelle Martin. Et de poursuivre. « Aujourd’hui, il faut faire ça en plus de son boulot. Donc nous avons des interventions de pigistes ou autres. Quand on monte un projet EMI, il faut prévoir un budget pour rémunérer le journaliste. » Dans l’assistance, un témoignage sur les aides apportées par l’Etat belge pour ces missions éducatives est mis en avant. « En Belgique, l’opération dure depuis 17 ans. Les journalistes reçoivent 100€ de défraiement à partir d’une subvention de l’ Etat, pour deux fois deux heures, non imposable. » Une aide qui pourrait faciliter davantage les interventions des journalistes, bien qu’Amel Cogard précise avoir eu, bénévolement, « des réponses positives et enthousiastes car l’éducation aux médias est un axe très fort. »

L’intervention est reprise et contrée quelques instants plus tard par une représentante du CLEMI de Dijon, présente dans l’assemblée. « Bien qu’une convention soit signée, les journalistes et les correspondants locaux n’ont pas le temps. Eux veulent venir, on veut les recevoir mais ce n’est pas possible car on ne peut pas les indemniser. »Quelques centaines d’euros, voilà certainement le prix qu’il faudra payer pour éduquer les futures générations aux médias et éviter les dérives conspirationnistes de ces derniers temps.

Maxime GIL

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