[Assises] La radio face aux enjeux du numérique

A Tours, les Assises se penchent sur la radio. Si le média reste populaire à l’heure du numérique, il connaît des mutations sans précédent. Qu’en sera-t-il de l’avenir ? C’est la question à laquelle ont tenté de répondre les intervenants, partagés entre la demande des nouvelles générations et la volonté de ne pas dénaturer le média.

A 9h15, Jean-Charles Verhaeghe, journaliste à la Lettre Pro de la Radio, ouvre le débat. La salle est pleine, les retardataires s’entassent au fond. Face à eux, les professionnels commentent les chiffres projetés. Chaque mois, l’audio digital attire 25,5 millions d’internautes. Tous les jours, les services de streaming radio séduisent 2,4 millions de personnes. Les données sont sans appel, le web s’est emparé du média du son. Selon Claire Hazan, rédactrice en chef vidéo et nouveaux formats sur Europe 1, la stratégie digitale est même salvatrice pour la radio, qui souffre actuellement de chutes d’audience. Les réseaux sociaux s’imposent comme un atout séduction destiné à la jeune génération. « Avec Facebook et Instagram on s’adresse différemment au public, on leur montre les coulisses. En plus, les visiteurs qui nous écoutent via le site sont différents de ceux qui nous retrouvent sur la bande FM. Ca nous fait des auditeurs potentiels ».

Revenir aux bases de la radio

L’Internet vient concurrencer la radio jusque sur la musique. « Ma fille a treize ans, son père a dirigé une grande radio, il y a des postes dans toutes les pièces de la maison, et pourtant, je ne la vois jamais tourner le bouton pour les allumer. Elle a ses playlist sur Spotify ou Deezer » témoigne Joël Ronez, cofondateur de Binge. Ancien de Radio France, il a laissé les studios pour s’établir sur le web avec une offre de podcast. L’évolution ne plaît pas tous. Certains à l’image de Pascale Clark, ont la volonté de faire demeurer l’essence même de la radio, le son. Figure du journalisme, celle qui a prêté sa voix à France Inter a droit à une annonce particulière avant son intervention. « Tout le monde attendait que vous parliez Pascale, foule en délire s’il vous plaît » lance Jean-Charles Verhaeghe déclenchant le rire du public. La journaliste vient de créer BoxSons, une nouvelle formule de podcast sans publicité. Au cœur du projet, la volonté de rendre hommage aux sons. « Jusqu’à nouvel ordre, la radio c’est ça. Pas tout ce dont j’ai entendu parler jusqu’à présent comme les caméras dans les studios qui sont devenus des bulles hermétiques à ce qu’il se passe dans le pays ». Pour Erwann Gaucher, directeur adjoint du réseau France Bleu en charge du numérique, « aucun intérêt de regarder des gens parler cuisine pendant 45 minutes ». A ces propos, Jean-Charles Verhaeghe apporte une touche d’humour après une heure de conférence « Oui mais là, à France Bleu, on est sur un auditeur du 3ème âge ». « Mais d’où tu sors ça ? » lui rétorque l’employé de radio France, devant une salle amusée.

« Le Nagra est mort, l’iPhone l’a remplacé »

La demande a changé et les réseaux sociaux offrent une visibilité considérable. « Tous les jours nous avons 40 000 vues sur Facebook pour la chronique de Jérôme Commandeur dans la matinale » explique la rédactrice en chef vidéo et nouveaux formats d’Europe 1. Pascale Clark manifeste de nouveau son hostilité à l’alliance des médias : « mais qui regarde les matinales radio, sérieusement ? ». A cette question, Philippe Antoine, directeur de la rédaction à RMC, a une réponse. « Très souvent les auditeurs changent de support, ils allument la radio, la télé puis le smartphone dans les transports. Tous les matins grâce au passage au bi-média, RMC gagne en audience. On est dans un cercle vertueux qui nous a permis d’embaucher 10 personnes. Je suis fou amoureux de la radio mais maintenant, elle va avec la dimension image. Le Nagra est mort, l’iPhone l’a remplacé ». L’ancienne journaliste de France Inter répond, opportuniste « tu pourras nous les passer alors ». Irréconciliables sur leur vision de l’avenir radiophonique, les intervenants terminent la conférence avant de rire à nouveau ensemble. La radio a donc plusieurs visages qui tendent à s’affronter pour la prochaine décennie.

En fin de conférence, Pascale Clark nous a livré sa vision rêvée de la radio dans 10 ans :

Manon Gaziello

Estelle Lévêque

Crédit photo : Marine Schneider

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