[Assises] Quel avenir pour les hebdos ?

L’hebdo, dont la périodicité fait son identité, est rattrapé par la culture de l’instantané instaurée par l’Internet. A l’heure où le numérique se développe, les Assises se sont penchées sur la question de l’avenir de ce média au format particulier. Dans dix ans, qu’en sera-t-il de l’hebdo ?

Il est 11 heures lorsque Marc Mentré, président de Journalisme et Citoyenneté ouvre la conférence. « Avant, l’hebdo paraissait à un moment précis de la semaine, ça correspondait à quelque chose dans la vie des gens. L’exemple type c’est VSD qui signifie Vendredi Samedi Dimanche. Aujourd’hui les choses ont changé. » La problématique soulevée est le résultat de l’importance croissante du web. Le média a bouleversé les comportements des citoyens face à l’information et les hebdomadaires en pâtissent forcément. Franck Annese, cofondateur et directeur de SoPress explique : « personnellement j’ai choisi de lancer un quinzomadaire  car les flux chauds d’informations se sont intensifiés. Les hebdo ont une pression supplémentaires et sont rattrapés par l’actualité. Même si ça reste plus rentable de publier toutes les semaines plutôt que tous les quinze jour, sur le plan éditorial c’est très dur à tenir et dans dix ans ce sera encore pire ». Eric Mettout, directeur adjoint de la rédaction chargé du numérique de la rédaction de l’Express, confirme : « l’actualité chaude a explosé la temporalité des médias. A partir du moment où l’Internet et les chaînes d’info en continu se sont emparés du contenu des quotidiens, les journaux se sont tournés vers ce que font les hebdomadaires ». La concurrence sur les sujets traités dans la presse papier est donc de plus en plus difficile à gérer. « De nombreux grands quotidiens ont sortis leur propre magazine à l’image de Madame Figaro ou M le magazine du Monde » rajoute Cyril Petit, rédacteur en chef central et secrétaire général de la rédaction du Journal du Dimanche.

Les hebdomadaires séduisent encore

Pourtant Cyril Petit reste optimiste : « le JDD est en vente pendant six heures seulement et ça fonctionne ». S’il avoue que les hebdo sont distancés par le web en matière de scoop, il rappelle la notion de plaisir. Jean-Pierre Vittu de Kerraoul, PDG de Sogémedia rebondit, « moi aussi je fais partie des lecteurs du JDD, je ne le fais pas pour chercher de l’info, je le fais parce que je me fais plaisir en l’achetant ». Aller chez son marchand de journaux devient presque un acte militant à entendre le rédacteur en chef du Journal du Dimanche. « Chaque week-end, des lecteurs font plusieurs kilomètres pour aller chercher leur hebdo, c’est un acte qui a du sens ». La force d’un hebdo c’est ce qu’il est. « Il y a quelques années on a tenté le JDD du samedi. L’expérience n’a pas du tout fonctionné, ça ne nous correspondait pas, les gens sont attachés à l’identité de leur canard, aujourd’hui on n’a pas trouvé mieux qu’une mise en scène papier des histoires ». L’originalité est également à exploiter pour le PDG de Sogémédia, qui souhaite miser sur la personnalisation. Avec ce concept, deux versions du magazine seraient disponibles : une version standard et une version personnalisée pour un abonné donné. « Il faut savoir que 75% des franciliens n’achètent jamais de journaux. Je veux trouver un moyen de les intéresser à la presse ».

« On sait qu’un jour on va mourir »

La personnalisation ne fait pas l’unanimité auprès des professionnels des Assises. « On ne va pas personnaliser un hebdomadaire en fonction de ses lecteurs. Avec Internet, on reçoit les contenus qui nous conviennent, il n’y a plus de surprise. L’intérêt du magazine c’est d’apporter le papier qu’on attendait pas » explique Franck Annese avant que Cyril Petit ne prenne la parole : « je crois beaucoup au journal papier. Pour moi il a un début, un milieu, une fin. Nous, journalistes, on se doit de proposer un tout ». Avant de poursuivre par un léger tacle à son confrère de l’Express dont le site web traite d’actualités chaudes : « Les hebdo d’actu ont un peu le cul entre 2 chaises ». Réponse immédiate d’Eric Mettout : « notre média répond à la demande des lecteurs. Ils souhaitent trouver de l’information sur internet, on leur apporte. Cela ne nous empêche pas de produire de très bons papiers ». Développer la personnalisation, le web ou ne pas dénaturer le format hebdomadaire, les avis divergent. Le plus important est peut-être d’être insouciant tout en acceptant les évolutions. « Depuis le premier jour on sait ce qu’on fera pour le dernier numéro de SoFoot. Le jour où ça marchera plus, on s’arrêtera. On sait qu’un jour on va mourir. » raconte Franck Annese. Pour l’instant, les titres de son groupe s’écoulent à plusieurs milliers d’exemplaires par mois. Les hebdos ont de l’avenir, il suffit d’y croire.

Manon Gaziello

Publicités