[Assises]Créer son propre média, du rêve à la réalité

Media Maker fête ses deux ans. Cet « incubateur de médias innovants » propose une formation gratuite, ouverte à tous, dans le but de faire fleurir de nouveaux concepts éditoriaux.

Ils étaient une petite vingtaine mercredi midi, à participer à l’atelier proposé par Media Maker. Des visiteurs porteurs de projets plus ou moins muris, et désireux de créer leur propre média dans les mois où les années à venir. Fonder son média peut parfois ressembler à une montagne infranchissable, que beaucoup ne se croient pas capables de gravir. C’est justement pour déconstruire cet aspect utopique que Media Maker a, en conséquence, créé une structure de formation et d’accompagnement appelé « incubateur ». Une formation destinée à donner les clés à quiconque ambitionne de créer son média.

Une formation gratuite et complète mais un jury exigeant

« Je ne veux pas de ton poisson je veux que tu m’apprennes à pêcher ». Cette requête est bien connue, Media Maker a voulu y répondre. Observant un désamour des citoyens envers l’univers médiatique traditionnel, Media Maker a souhaité leur apprendre à créer leur propre information de manière pérenne et durable.  Depuis 2015, la structure, lancée en étroite collaboration avec la rédaction de StreetPress, lance chaque année un appel à candidatures afin de sélectionner les vingt meilleurs projets et de former une promotion avec leurs créateurs. Une classe de vingt personnes donc, qui bénéficient durant quatre mois de cours individualisés et variés : codage, langage des réseaux sociaux, budget, communication, marketing. Pour Juliette Hochberg, coordinatrice du projet : « Il s’agit de mettre le pied à l’étrier et d’être dans le bain dès le début de la formation, ce qui est important pour nos élèves c’est de voir l’évolution de leur propre projet au jour le jour, nous les accompagnons dans ce sens. » Pour être plus efficace Media Maker a jusqu’à présent choisi de cloisonner la formation en trois catégories, une consacrée à la presse écrite, une autre à la radio et une dernière aux nouveaux supports numériques. Cette année, la catégorie « photojournalisme » viendra compléter ces trois disciplines. À l’issue des quatre mois de formation, quatre lauréats, un dans chaque catégorie, aura la chance de bénéficier d’une sorte de « pack de lancement », contenant 5000 euros, un mentoring quotidien, et un accès à Ullule, la plateforme de Crowdfunding.

Une formation complète donc, et ouverte à tous gratuitement. Aucun prérequis informatique ni aucun niveau de diplôme ne conditionnent la candidature auprès du jury, composé de journalistes de Street Press, du Figaro, des Jours, ou encore de Radio Nova. Un jury éclectique donc, mais surtout très exigeant. Les candidatures retenues doivent remplir trois critères essentiels, ils doivent posséder une ligne éditoriale et un public établi, adopter un support pertinent et adapté à cette ligne éditoriale et enfin déterminer un modèle économique viable. « Monter un média, être patron de presse c’est avant tout passer des coups de fils, trouver des financements, dealer avec les avocats. Il faut sortir du fantasme du patron de presse-journaliste qui écrit des éditos » avertit Thibaud Delavigne, le coordinateur en chef de Media Maker.

Des envies et des profils très divers

Les visiteurs de ce mercredi ne sont pas tous déjà en mesure de présenter un projet ficelé comme le jury l’exige. Certains ne venaient même que pour s’inspirer. C’est le cas de Léa et Ninon, deux lycéennes tourangelles : « On souhaite toutes les deux s’orienter vers le journalisme, alors cet atelier c’était l’occasion de récolter des conseils sur la profession, de connaître les perspectives et les attentes du métiers. L’équipe de Media Maker nous a donné un tas de conseils précieux » explique Léa.  Ces deux néophytes contrastent avec la présence du grand reporter Philippe Rochot, ayant couvert les plus grands conflits mondiaux depuis les années 70, notamment pour France Inter et France 2. Aujourd’hui à la retraite et âgé de 71 ans, celui qui a été otage au Liban en 1986, se consacre à son blog « Reportages Pour Mémoire » , Retraité dynamique il souhaite aujourd’hui professionnaliser et augmenter la visibilité de son blog et songe donc à candidater à Media Maker 2017. « Je suis attaché aux nouvelles connaissances numériques, aux nouveaux médias, aujourd’hui je n’ai pas de rédac’ chef donc je travaille librement. Mais je passe également beaucoup de temps à partager mes papiers illustrés sur les réseaux sociaux, j’ai néanmoins encore besoin de me perfectionner, à apprendre à faire un titre avec les bons mots, ceux qui attireront les lecteurs vers mes contenus. » confesse Philippe Rochot. Dans les rangs de l’atelier, on croise aussi Sylvie Carnoy, community manager freelance à Paris qui souhaite développer son projet de live streaming interactif qui aspire à mettre en œuvre un journalisme de solutions. Définitivement convaincu par l’utilité de la formation elle compte également candidater afin d’apprendre à mobiliser sa communauté de manière efficace.

Parmi les lauréats de Media Maker, on retrouve le pure-player de slow-journalisme Le Quatre Heure  ou encore NBW un site consacré à la culture et la mode africaine. En 2016, Media Maker recevait deux cent candidatures, preuve du dynamisme de l’engouement entrepreneurial dans les médias. Pour ceux qui voudraient participer à l’édition de 2017, ils ont jusqu’au 17 avril pour présenter leur projet innovant et citoyens. Une manière de se réapproprier un univers médiatique dont les citoyens se sentent dépossédés depuis plusieurs années.

Léo PARMENTIER

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