Trump et Merkel : comme un rendez-vous gênant

La chancelière était en visite vendredi dernier à la Maison Blanche. Les rencontres officielles entre dirigeants internationaux se veulent solennelles, mais cela n’a pas empêché celle entre Angela Merkel et Donald Trump d’afficher une tension pesante. Les journalistes ont eu l’impression d’assister à une rencontre forcée entre deux personnes trop différentes, donnant lieu à des moments de gêne inévitables.

Vous souvenez-vous d’un rendez-vous galant ou professionnel gênant ? Le malaise prend le dessus car il est trop dur de faire semblant. Vous devez à tout prix rester pour faire bonne figure alors vous tentez maladroitement de trouver une bonne ambiance introuvable. C’est ce qui s’est passé entre Trump et Merkel à la Maison Blanche. « La rencontre de la défense et de l’offense », c’est la façon dont The New York Times résume la conférence de presse conjointe de la chancelière allemande et du président américain. Leurs évidents clivages d’opinion sur l’immigration et le commerce ont donné un tour pour le moins pénible à cette rencontre.

La succession de symboles trop manifestes

Il n’y avait presque pas d’effort pour montrer un semblant de courtoisie entre les deux têtes dures. Ce week-end, une image a fait le tour du monde en quelques heures :  une absence de poignée de main. Alors que les photographes la réclament et que la chancelière la propose sûrement à contre cœur, Donald Trump ne semble pas répondre, manquant à la bienséance la plus élémentaire. D’autant plus saisissant que le président américain est d’ordinaire moqué pour ne pas lâcher la poigne de ses invités. Cela avait été le cas avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe ou la dirigeante britannique Theresa May.

La gêne était d’autant plus perceptible après la non-réaction de Mme Merkel en réponse à la tentative de légèreté de M. Trump interrogé sur ses affirmations selon lesquelles il aurait été placé sur écoute par son prédécesseur, Barack Obama. Il a assuré le rire dans le Bureau ovale en lançant : « Au moins, nous avons peut-être quelque chose en commun ». C’est une allusion aux écoutes opérées par le renseignement américain dont avait été victime la chancelière, pendant le premier mandat démocrate. Le climat s’alourdit. Mme Merkel a simplement écarquillé les yeux d’étonnement, avant de se pencher sur ses notes.

Il faut aborder les sujets qui fâchent. La tension s’est manifestée plus sérieusement dans le rappel de leurs positions sur le commerce international et l’immigration. Alors que la chancelière avait opportunément rappelé la veille, alliée avec le président chinois Xi Jinping, son attachement au libre-échange, M. Trump, emblème de l’« America first », a nié être un « isolationniste ». Il a cependant répété une vision des échanges internationaux, dans laquelle les Etats-Unis auraient été jusqu’à présent les grands perdants.

Quant à l’immigration, c’est le sujet le plus épineux, source de leurs querelles passées. La rancœur serait-elle à l’origine de l’ambiance glaciale ? M.Trump fidèle à ses positions répète que « l’immigration est un privilège, pas un droit » auquel la chancelière répond que si l’intégration doit être « améliorée », il faut aussi « donner la possibilité aux réfugiés de forger leur propre vie là où ils se trouvent ». Lorsque Donald Trump a promis que les États-Unis ne se laisseraient plus avoir dans les accords négociés avec l’Allemagne, la chancelière s’est contentée de souligner qu’en tant que « membre de l’Union européenne, l’Allemagne ne négociait pas seule ces accords avec les États-Unis ».

Tout le monde semble embarrassé. Le duo ne parvient pas à cacher la discorde. La conférence de presse est méticuleusement formelle et hautement impersonnelle. Durant celle-ci « Angela Merkel avait décidé de ne pas se laisser entraîner vers le fond par les scènes théâtrales politiques de Monsieur Trump ».

Rencontre Maison Blanche

Ambiance glaciale dans le Bureau ovale / Crédits : 20 Minutes

 

Une tentative fragile d’entente

D’après le New York Times : « Aux antipodes en matière de styles et de politiques, Monsieur Trump et Madame Merkel ont fait tout leur possible pour avoir l’air de travailler ensemble. Mais il était impossible de cacher les gouffres qui les séparent », analyse le journal qui pointe des regards et des absences de sourire très lourds de sens.

Il faut avouer qu’il est difficile de trouver un accord lorsque les différences sont si nombreuses. Malgré cela, les deux dirigeants ont tenté de réaffirmer que le dialogue entre les deux pays était ouvert. Angela Merkel l’a fait par ces mots : « J’ai toujours dit qu’il valait bien mieux parler l’un avec l’autre que parler l’un sur l’autre. » Une allusion à peine voilée aux vives attaques lancées par le candidat Trump à l’encontre d’Angela Merkel durant la campagne qui allait le mener au Bureau ovale.

Pouvait-il vraiment en être autrement et éviter une rencontre hostile ? Imaginait-on le président américain, Donald Trump, et la chancelière allemande, Angela Merkel, main dans la main ?  Peu probable, tant les divergences semblent, chaque jour, un peu plus manifestes entre la nouvelle administration américaine et l’Allemagne, en particulier, ainsi que l’Union européenne en général. Sans oublier qu’avant de quitter la Maison Blanche, Barack Obama avait réservé son dernier coup de téléphone en tant que président à Angela Merkel, afin de bien marquer l’entente entre Washington et Berlin. Il n’est donc pas impossible que la susceptibilité de Trump à cet égard ait été pour quelque chose dans ce climat glacial.

Parissa Javanshir 

 

 

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