Le FN attaque les fonctionnaires de front

La campagne présidentielle 2017 restera dans les mémoires peu importe son issue, malheureusement de la pire des manières. Parmi les outrances faites aux corps intermédiaires, celles du Front National font particulièrement réagir.

En meeting à Nantes le dimanche 26 février, Marine Le Pen s’est montrée très offensive à l’encontre des forces de l’ordre, elle les a mêmes menacés en sous-entendant qu’elle les sanctionnerait une fois élue. Les syndicats de Police, très remontés, dénoncent la gravité de ses propos. Marine Le Pen a encore usé d’un discours basé sur la rhétorique du complot. Sous le coup d’une enquête dans l’affaire des emplois présumés fictifs, la présidente du Front National s’est posée en victime en dénonçant la complicité entre les politiques et la police.

La candidate Front National aux élections présidentielles en est venue à menacer les policiers :

Avant cette sortie polémique, Marine Le Pen pouvait compter sur 47,8% d’intentions de vote chez les policiers et militaires.

Après Marine Le Pen, c’est au tour de Marion Maréchal-Le Pen de tenir des propos qui fâchent la magistrature. En effet, la député européenne FN a vivement remis en cause l’impartialité des magistrats ce lundi 27 février sur le plateau de C-News :

Les dires de Marion Maréchal-Le Pen agacent. Les magistrats comme l’administration de leur syndicat se sont manifestés. Le syndicat de la magistrature a publié ce même 27 février un communiqué à l’attention de ses détracteurs. Le syndicat parle du mépris et des menaces induits par le discours du Front National envers la justice. La secrétaire nationale du syndicat de la magistrature, Katia Dubreuil, fustige quant à elle des accusations qu’elle considère sans fondement :

Marine Le Pen avait déjà tenu des propos menaçant à l’égard de l’institution judiciaire, tout comme son adversaire François Fillon. Le point commun entre ces deux figures politiques est d’être englué dans des affaires provoquant l’indignation de l’opinion publique. Le point de vue adopté par chacun des deux candidats à la présidentielle a été de pointer la justice comme « s’acharnant » sur l’opposition au gouvernement actuel par « complicité » avec le pouvoir, comme le suggère Marion Maréchal-Le Pen.

Que pourrait-il réellement advenir en cas de victoire du FN ?

Lorsque le syndicat parle de « menaces édifiantes » ou encore de « représailles », que peut-il craindre ? En France, le problème récurrent quant aux affaires liées à des personnalités politiques en exercice est que les magistrats du parquet, chargés de conduire l’action pénale au nom des intérêts de la société, dépendent hiérarchiquement de la chancellerie, et donc de l’exécutif. Néanmoins, les magistrats de siège, à différencier des magistrats de parquet, sont indépendants et inamovibles. Ils ne peuvent être déplacés que par une nouvelle nomination ou à leur demande. Difficile d’imaginer que, même au pouvoir, le parti d’extrême droite puisse déroger à ces lois ou bousculer le droit de se syndiquer.

Marine Le Pen serait malavisée de semer le trouble dans un appareil d’Etat essentiel, en crise, mais surtout historiquement ancré à droite.

Dans le même registre Florian Philippot, invité de « C à vous » sur France 5 le 6 mars, a émis l’hypothèse d’une interdiction du syndicalisme chez les fonctionnaires allemands. Déclaration sans fondements car aujourd’hui plus de 900 000 fonctionnaires allemands sont syndiqués. Le vice-président du FN se fait de nouveau offensif à l’encontre de la justice en soutenant les propos de Marine Le Pen.

Le paradoxe réside dans le fait que depuis quelques mois déjà la part des fonctionnaires dont l’intention de vote est favorable au FN est en constante augmentation. Ce corps d’électeurs, employé par l’Etat, verrait donc, d’après les sondages, une promesse de rédemption dans le programme de Marine Le Pen, outrepassant les menaces ou virulentes critiques émanant du parti d’extrême droite.

Harold Girard

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