Olivia Paroldi : « l’art est un perpétuel renouveau »

Au Suquet des Artistes, si on se laisse guider dans l’ancienne morgue de Cannes, on trouve maintenant des œuvres d’art. Entre les peintures et les sculptures, on peut rencontrer Olivia Paroldi. 

Olivia Paroldi est souriante dans son atelier, elle se présente d’une voix douce. A l’école Estienne de Paris, elle obtient deux diplômes : le premier en métier d’art, en gravure, et l’autre en art supérieur, en illustration. Lors de ses études, elle s’intéresse de plus en plus à la gravure pour finalement en faire son métier.

Cela fait maintenant dix ans que l’artiste graveur se consacre à son art. Elle se dit être à cheval entre deux courants : le métier d’art et une démarche graphique contemporaine. «Cela pourrait s’inscrire dans l’art urbain mais je ne me revendique pas street-artiste.»

Olivia grave sur des planches de bois, de cuivre ou de lino. La gravure est une technique ancienne. Après avoir dessiné sur le support, il faut le creuser à l’endroit où l’on veut garder le papier blanc. On utilise pour cela des gouges (une sorte de ciseau en forme de gouttière). Ensuite il faut encrer avec un rouleau : cela consiste à répartir une fine couche d’encre sur tout le support, pour que le dessin puisse par la suite apparaître net sur la feuille. La dernière étape est donc celle de l’impression sur papier, qui s’effectue avec une presse ou à la main. L’encre versée sur le support se dépose sur le papier, où le dessin va finalement apparaître. Les estampes (résultat d’une gravure) sont ensuite découpées et collées dans la rue où elles resteront sur les murs jusqu’à trois mois.

Gravure Olivia Paroldi

Olivia Paroldi grave sur du bois avec une gouge, après avoir dessiné au préalable sur le support (Crédits : Célia Maciolek)

« L’art est un perpétuel renouvellement »

La jeune femme de 35 ans est arrivée à Cannes lorsque la résidence des artistes s’est créée. Elle avait des attaches affectives dans la région et voulait quitter Paris. Un lieu de travail et un projet intéressant lui offraient donc la possibilité de revenir dans une région où elle avait grandi. « C’est un point de ma vie où je me suis rendu compte que le passage du temps a pris de l’importance. » explique Olivia Paroldi en parlant de son arrivée dans la région.

Le pilier de sa démarche artistique, c’est donc de transmettre un savoir-faire ancestral. On retrouve cela dans les estampes éphémères qu’elle colle dans les rues du Suquet, qui sont le reflet de souvenirs cannois. Parler avec les habitants, échanger avec les personnes de tout âge, c’est ainsi qu’Olivia Paroldi procède. Elle travaille régulièrement avec des lycéens, fait des ateliers parents/enfants et a même travaillé avec des aveugles. Ces expériences lui permettent de faire découvrir l’art à tout le monde, mais aussi de se remettre en question.

Estampes Olivia Paroldi (3)

Le résultat du travail d’Olivia Paroldi (Crédits : Célia Maciolek)

Une remise en cause de la gravure

Olivia Paroldi évoque Picasso : « il remettait tout son travail à plat et faisait autre chose, même s’il pouvait vivre de ce qu’il faisait. » Adapter la technique, la rendre accessible, voir la gravure sous un autre angle, découvrir la perception que chacun se fait du monde et de l’art. Chaque rencontre lui permet de voir que la discipline est un perpétuel recommencement. Persuadée qu’il ne faut jamais rentrer dans un système, Olivia Paroldi est toujours en quête de nouveauté.

L’artiste peine pourtant à vivre de sa passion. Elle commence doucement à pouvoir gagner sa vie grâce à ce qu’elle crée. Les ateliers, interventions en lycée ou conférences qu’elle pratique aident la jeune maman. Elle affirme qu’avoir une activité composite aide vraiment, car la création artistique demande beaucoup de temps et de travail pour en vivre.

Atelier Olivia Paroldi (4)

L’atelier de gravure d’Olivia Paroldi (crédits : Célia Maciolek)

L’artiste ne cherche pas à plaire mais plutôt à faire sortir la gravure de la tradition, la rendre plus vivante. Les estampes ne devraient pas être aussi précieuses. Pour elle l’art doit sortir des musées, peu importe les coutumes, il doit être exercé librement tant qu’il est sincère : « L’art doit toujours pointer quelque chose, guider le regard, donner envie de regarder là où personne ne regarde ».

Célia Maciolek

 

 

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