Le Carnaval de Dunkerque : une tradition colorée qui perdure

Le Carnaval de Dunkerque est une coutume à laquelle les Dunkerquois sont fortement attachés. Costumes, maquillage et chansons, il est parfois compliqué de comprendre ce qu’il s’y passe. 

C’est au XVIIème siècle que le carnaval voit le jour. Alors que la ville de Dunkerque vient d’être rattachée au Royaume de France, les pêcheurs de hareng se tournent désormais vers la morue. Les marins ne se contenteront plus de la Mer du Nord mais devront aller jusqu’en Islande, un périple dangereux qui pouvait durer jusqu’à 6 mois. Avant de partir pour un long voyage, ils recevaient la moitié de leur solde (assurance pour leur famille en cas de non-retour) et fêtaient leur départ. Les marins se réunissaient autour d’un banquet et pour l’occasion portaient les robes de leur femme et ornaient leur chapeau de fleurs, car ils avaient déjà empaqueté leurs bagages. C’est ainsi que la « Visschersbende » (bande de pêcheurs) est née, et s’est petit à petit étendue à toutes les professions de la ville.

Un événement bien huilé qui brise les barrières sociales

Durant 3 mois, de janvier à fin mars, se déroulent chaque week-end des bandes et des bals de Carnaval. Chaque agglomération autour de Dunkerque invite les carnavaleux à venir défiler dans les rues. C’est une tradition qui s’est intensifiée après la Seconde guerre mondiale et qui tend à perdurer. Les habitants sont attachés à leurs coutumes et à leur patrimoine : « On a beaucoup de Dunkerquois expatriés qui reviennent, on ne peut pas vivre sans le carnaval », confie Gérard Laridan, de l’association carnavalesque Les Corsaires.
Le Carnaval de Dunkerque, c’est beaucoup de traditions. Chacun joue le jeu et fait de son mieux pour avoir le plus beau costume, certains ont le même depuis 20 ans, d’autres le préparent minutieusement : « on réfléchit tout au long de l’année et en décembre on le met en place » explique Viriginie, une carnavaleuse. Les maquillages prennent parfois deux heures à être réalisés. Pour ne pas risquer d’abîmer leur travail, les carnavaleux se font des Zot’ches (baiser sur la bouche) pour se saluer. Après une mise en beauté, les fêtards mettent leur Clet ‘Che (fourrure qui fait office de manteau) et vont faire chapelle : on laisse entrer qui veut dans sa maison pour boire, manger et chanter. Les Masquelours (carnavaleux) se dirigent ensuite dans les rues pour défiler et chanter des chansons guidés par le Tambour Major et ses musiciens.

Les chants Dunkerquois sont tous inspirés d’histoires plus ou moins réelles :

Tout au long du parcours, le défilé est rythmé de chahuts : la foule s’arrête, les premières lignes se resserrent et font barrage. Derrière, tout le monde pousse en avant et essaie d’avancer tout en sautant. Le Carnaval de Dunkerque, selon Gérard Laridan, ne s’explique pas mais se vit : « Convivialité, amitié, fraternité, c’est des choses qu’on rencontre encore aujourd’hui mais c’est rare, et le Carnaval c’est ça, les personnes étrangères doivent être initiées par les Dunkerquois, pour comprendre ». Le maire de la ville de Saint-Pol-sur-Mer, Christian Hutin, explique aussi que cette tradition efface les barrières sociales, « on retrouve le patron à côté de son ouvrier en première ligne du chahut ».

En fin de journée, les participants se retrouvent face à la mairie pour le jet de harengs. Ils scandent « libérer les harengs ! » et chacun joue des coudes pour récupérer le précieux poisson, frit et emballé. Pour se rassasier, il est aussi possible de déguster la « Crotte de Malo », « le Zizi d’ma Tante », « le Trou d’Balle à Chantal », « la Tototte à ma Tante Charlotte » et « La Couillonnade ». Des termes crus désignant des pâtisseries que l’on trouve spécialement durant le Carnaval de Dunkerque, une invention de « La Belle Josi » et « Marie-Agathe » alias « Les Comtesses ». Les bandes se clôturent par le Rigodon Final, un chahut où les carnavaleux tournent autour des musiciens pendant une heure. Ces bandes se déroulent le jour, et les bals la nuit. Les carnavaleux se retrouvent au Kursaal, le Palais des Congrès de Dunkerque pour faire durer leur plaisir. Ce sont plus de 150 bénévoles aux commandes de 17 bars, 4 orchestres, un énorme vestiaire et une restauration rapide qui accueillent 9 000 personnes ayant payé entre 28 et 32 euros, selon le bal.

La foule des « carnavaleux » se retrouve à genoux, les bras tendus vers le ciel et entonne le premier couplet et le refrain de la Cantate à Jean Bart (héros dunkerquois).

Quelques débordements, mais un bilan positif

Mais le Carnaval de Dunkerque ce n’est pas que de l’amusement. Cela nécessite – notamment pour les bandes – une grande organisation. Les agglomérations dunkerquoises mettent en place des programmes pour garantir la sécurité des milliers de Carnavaleux durant les bandes de pêcheurs mais aussi pour les bandes enfantines où plus de 1 200 jeunes défilent. Bagarres et abus d’alcool font aussi partie des désagréments du carnaval, alors les pompiers sont toujours présents. Pour les bals, les bénévoles secouristes doivent gérer entre 60 et 100 interventions. « Dans le Carnaval on retrouve la population, la civilisation qu’on a dans la vie de tous les jours, des personnes qui n’ont pas besoin de cette fête pour faire des choses répréhensibles, il faut être tolérant » explique Christian Hutin. Les dix plus grosses associations carnavalesques préparent elles aussi leurs bals au Kursaal, tout au long de l’année. Certains réglages nécessitent l’aide de lycéens, pour apporter des modifications aux décors. Le carnaval ne profite donc pas qu’aux carnavaleux. Il y a aussi les commerçants qui voient leur chiffre d’affaires fortement augmenter, car avant tout bal on se désaltère dans les bars, face à la plage. Une tradition que chaque Dunkerquois dit avoir dans ses gènes et qui semble profiter aux plus petits comme aux grands.

Quelques clichés pris à la Bande de Saint-Pol-sur-Mer et aux Bals des Corsaires

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Célia Maciolek

Publicités