Entre corruption et détermination, le récit d’un projet humanitaire à travers le Brésil

Apporter du matériel médical dans les pays en besoin : telle est l’idée simple de Marcelo Da Luz. Son projet humanitaire va néanmoins se heurter à de nombreux obstacles, significatifs de la réalité du système brésilien.

En décembre 2016, des milliers de brésiliens manifestaient dans la rue pour faire face à des mesures votées par les députés ayant modifié un texte anti-corruption. Ajouté à la corruption des institutions, le Brésil connaît de fortes difficultés liées à l’accès à la santé et à l’éducation. C’est dans ce contexte difficile que s’inscrit le projet de Marcelo Da Luz, un Français originaire de Macapá, capitale de l’État de l’Amapá au nord du Brésil. Son projet consiste à récupérer le matériel médical encore en état d’usage auprès des hôpitaux, qui pour des raisons de renouvellement de stock, d’arrivage de nouvelles technologies ou tout simplement parce qu’il a rempli sa limite d’utilisation, est mis au rebut. Marcelo et son équipe récupèrent ainsi ces équipements pour les envoyer dans les pays en besoin. Âgé de 31 ans, Marcelo se confie sur ses motivations : « Cela me vient de la situation économique dans laquelle se trouve le Brésil, où l’accès à la santé n’est pas donné à tout le monde, aussi bien par le manque d’infrastructures et de matériel, que par le prix des soins qui y sont pratiqués. ». Ainsi, après une réflexion bien présente, c’est la connaissance de personnes qui travaillent en milieu hospitalier qui ont pu l’aider à construire ce projet. En effet, Marcelo apprend au cours d’une discussion que lorsque le matériel médical est changé pour cause de raisons de renouvellement, il est soit détruit soit donné à des associations.

Entre corruption et désillusion 

Dans cette dynamique, il fonde avec sa meilleure amie en avril dernier l’association Carita Sul. Grâce aux dons, il arrive à obtenir une palette de 15 000 euros de matériel médical d’occasion. Mais cette première étape franchie, ils se sont retrouvés face à « un mépris total » des personnes avec lesquelles ils sont entrés en contact. « Aussi bien des ambassades, que du consulat du Brésil en France et au Canada » ajoute Marcelo. Ce mépris est également venu du secrétariat de la santé de l’État de l’Amapá, qui est supposé être l’entité vers laquelle se tourner pour de telles situations. Marcelo s’est ainsi confronté à une absence quasi-totale d’informations et d’interlocuteurs.

Fin décembre 2016, il décide tout de même de partir au Brésil « afin de débloquer la situation » car il n’a alors besoin que de l’exonération de la taxe douanière dont l’organisme receveur doit faire la demande pour que le matériel ne soit pas bloqué en douane. Son périple l’a emmené de Macapá à Fortaleza, dans l’Etat du Céara, jusqu’à Rio de Janeiro. Marcelo Da Luz explique alors la désillusion lorsqu’il est arrivé au Brésil : « J’avais pris des rendez-vous avec des personnes dans diverses régions du Brésil, mais arrivé sur place silence radio, je n’ai pu voir personne, la secrétaire de la santé que j’avais eu au téléphone pendant plus de deux mois n’avait rien fait car elle quittait son poste donc elle s’en moquait. ». Il ajoute : « Les gens qui devaient m’en présenter d’autres ne sont pas non plus venus à ma rencontre car ils ne pouvaient retirer aucun bénéfice de la situation ! Au final, j’ai compris lors d’une conversation avec des personnes dans le milieu de la santé que rien n’allait être fait car il n’y avait pas de factures vu que c’est un don. ». En effet, s’il n’y a pas de factures, aucune surfacturation n’est possible. En somme, aucune marge d’argent n’est « à se mettre dans les poches ». Marcelo explique donc que les interlocuteurs voulaient profiter du don car « c’est du matériel qu’ils n’auraient plus besoin d’acheter avec une belle facture ». Les matériaux n’auraient été pour eux qu’un simple prétexte pour se faire de l’argent.

Marcelo Da Luz

Marcelo a seulement pu donner un défibrillateur portable dans un poste de secours de la plage d’Ipanema / Crédit photo : Marcelo Da Luz

« Quand on a pas de chien, on chasse avec le chat »

Toujours empreint d’une joie de vivre dont il est représentatif, Marcelo a décidé de continuer son projet « après toutes ces claques » qu’il a reçues. Décidant de faire bénéficier d’autres pays, une partie du matériel a été donné à des associations du Maroc, qui se sont également chargées du transport. Le projet va aussi se tourner vers d’autres pays, l’association est notamment en attente d’une réponse du Cameroun. Se relevant de l’échec du projet au Brésil, Marcelo relativise : « L’association de toute façon avait été créée dans ce but, aider matériellement les pays dans le besoin, mon cœur bien évidemment voulait en priorité aider mes origines, pour ensuite s’ouvrir vers les autres, cela n’a malheureusement pour l’instant pas été possible, alors comme on dit au Brésil : quand on a pas de chien, on chasse avec le chat ! ». Outre une dimension internationale, Marcelo va également tourner son association vers la France : « J’ai eu vent d’une association de sans-abris vers Poitiers qui héberge pour la nuit et offre le repas et des brosses à dents et dentifrices qui passent par eux, sauf qu’ils n’en ont plus. » explique-t-il. Il travaille désormais avec des connaissances dentistes pour pouvoir fournir l’association. Toujours armé de son sourire communicatif, Marcelo le souligne : « Car si on peut aussi aider des personnes plus proches, pas besoin d’aller à l’autre bout du monde ! ». Son projet dépassant les frontières et la corruption est avant tout guidé par cette envie de donner et d’aider, qu’on lui souhaite de conserver.

Roberto Garçon

 

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