Benoit Arnulf : « rien n’est gagné, il faut continuer à se battre »

A l’occasion du festival cinématographique LGBT In&Out à Cannes, Buzzles aborde la question de la représentation de la communauté LGBT au cinéma avec Benoit Arnulf, directeur de la manifestation.

Vous êtes le directeur de la manifestation à Cannes, pourquoi avoir choisi cette ville quand on connaît surtout ce festival à Nice ?

Parce qu’on a un vrai public, qui a envie de voir des films. La seule différence avec les années précédentes, c’est qu’habituellement la partie à Cannes était en même temps que le festival niçois, donc on a convenu qu’il fallait « autonomiser » la partie à Cannes. C’est à dire lui proposer une date, une programmation et forcément un visuel différents. C’est presque la première année où on aura un festival cannois à part entière et non plus des rencontres à Cannes qui prendraient la suite du festival niçois.

Pour vous, quel serait l’enjeu des Rencontres Cinématographiques LGBT à Cannes ?

Rendre visible, grâce à notre programmation, un certain nombre de films qui ne le sont pas forcément et qui traitent de certaines thématiques spécifiques. La sexualité, l’homosexualité, tout ça par le biais du cinéma. Les films que l’on pourra voir abordent ces thèmes-là mais aussi la manière de voir le genre, comment un homme et une femme sont perçus dans la société actuelle. C’est aussi parler de longs métrages qui traitent de sexualité dans des parties du monde où ce n’est pas perçu de la même manière. C’est cette ouverture que l’on propose. Enfin, montrer du vrai et bon cinéma car ce sont de grands cinéastes que l’on montre. C’est un moment de cinéphile un peu « dramatisé ».

Comment avez-vous procédé à la sélection des différents films ?

C’est l’association Les Ouvreurs  qui assure totalement la programmation. On fait en fonction de la production du moment. C’est une question qui est de plus en plus présente au cinéma, sur les écrans. Donc c’est à nous aussi de mettre en avant les films qui sont un peu moins médiatisés. Maintenant, certains n’ont plus besoin d’exister grâce à nos festivals, mais d’autres ont besoin d’une vitrine supplémentaire. On fait de la médiation culturelle avec les spectateurs.

Qu’est-ce que vous pensez de la représentation de la communauté LGBT dans le cinéma grand public ? Est-ce que vous la trouvez caricaturale ou des progrès ont été faits ?

Bien entendu qu’il y a eu des progrès depuis des films comme Priscilla : folle du désert. A l’époque, très peu de films parlaient de cela. 25 ans après, ce n’est plus du tout la même chose. Moonlight vient d’être élu Oscar du meilleur film. La Palme d’Or a été remise à La Vie d’Adèle en 2013. Brokeback Mountain a été le premier grand film à dépasser ce statut de « film LGBT ». Il n’y avait plus d’ironie, le questionnement était brut et les salles étaient pleines parce que les gens voulaient voir une histoire d’amour, même si elle concernait deux hommes. Ces films-là peuvent être récompensés dans les plus grandes compétitions. On est passé à un autre stade je pense, la caricature devient difficile en réalité, même si elle existera toujours.

On voit que le dernier Disney, La Belle et la Bête, propose une relation homosexuelle entre deux hommes . De même, un film comme Power Rangers introduit l’une des premières super-héroïnes homosexuelles du cinéma. Pensez-vous que ces personnages apparaissent grâce à l’évolution des mentalités dans la société ?

Les exemples que vous citez sont les plus manifestes car ils touchent vraiment à la culture populaire. C’est d’ailleurs aussi pour ça qu’on voit de nombreuses levées de bouclier contre le film de Disney, certains pays se rendent compte que l’avancée est trop grande pour eux. Montrer ces questions-là dans des films populaires, c’est sûr que cela fait avancer les mentalités.

Donc vous pensez que le cinéma a un grand rôle à jouer dans le changement de mentalité sur la communauté LGBT ?

C’est la raison même de ce festival. Le cinéma est un média fort. Par rapport à la télévision, il offre une plus grande liberté artistique. Il est aussi beaucoup plus populaire et universel que d’autres arts comme la littérature. Et même si de moins de moins de gens vont voir les films en salles, le cinéma peut se regarder à la maison, sur les téléviseurs ou des tablettes. C’est un très fort moyen de diffuser ou de véhiculer des idées.

Pensez-vous que la question du genre doit être plus mise en avant dans la société ou c’est quelque chose de bien traité ? Est-ce que des progrès restent à faire ?

Bien traitée je ne sais pas, ce qui est sûr, c’est que c’est une question très complexe. Quand on voit la représentation sociale du sexe, les gens ont du mal à la percevoir. Si vous regardez le documentaire Parole de King !, certains artistes jouent sur ces représentations. On s’interroge alors sur « Qu’est-ce qu’être un homme ? », « Comment on se comporte en homme ou en femme ? ». Si on place ces interrogations ailleurs qu’en France, les réponses sont constamment différentes. Le genre est une question en perpétuelle évolution. Il y a toujours des progrès à faire, l’égalité n’est pas encore totalement acquise. La communauté LGBT reste une population assez stigmatisée. Il faut continuer à faire travailler l’esprit des gens. A partir du moment où les gens seront convaincus que les homosexuels, les lesbiennes, les transsexuels, les bisexuels sont des gens comme les autres, à partir de ce moment-là, on aura moins de chances d’avoir des réactions violentes. Le message est très important : rien n’est gagné, il faut continuer à se battre.

Louis Verdoux

Roberto Garçon

 

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