[Interview] Pascal Cervo : « C’est le spectateur qui se fait son film »

A l’occasion du festival de cinéma LGBT In and Out à Cannes, Buzzles a rencontré l’acteur Pascal Cervo à l’affiche du long-métrage Jours de France de Jérôme Reybaud.

Synopsis : Au petit matin, Pierre quitte Paul. Au volant de son Alfa Roméo, il traverse la France, ses plaines, ses montagnes, sans destination précise. Pierre utilise Grindr, une application de son téléphone portable qui recense et localise pour lui les occasions de drague. Mais Paul y a recours aussi pour mieux le suivre. Au terme de quatre jours et quatre nuits de rencontres – sexuelles ou non – parviendront-ils à se retrouver ? 

Comment vous êtes-vous préparé pour le rôle ? 

J’ai appris mon texte. Je me suis familiarisé avec l’Alfa Romeo, c’est une voiture que je ne connaissais pas. Eh oui c’est assez concret. Après, comme souvent quand je prépare un rôle, ce qui m’importe le plus c’est de trouver le costume. Jérôme avait des idées très précises. Didier Dahan qui est le costumier du film en avait aussi. Je me suis laissé faire. J’ai essayé d’être le plus disponible possible et d’être ouvert aux rencontres et aux propositions. J’ai voulu me laisser porter, comme le personnage de Pierre. Dans le personnage il n’y a rien de très volontaire, en tant qu’acteur je devais être le plus souple et assez passif.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de faire ce film ?

Avant tout c’est Jérôme (le réalisateur). J’avais vu ses courts-métrages et son documentaire sur Paul Vechianni. Avant le scénario, c’est le réalisateur qui m’intéresse et il se trouve que par chance, quand j’ai lu le scénario il était très beau et très bien écrit. J’ai été tout de suite convaincu.

Parlons de votre personnage. C’est un homme très effacé, toujours dans la retenue, mais qui durant le film connaît des instants de colère très vifs.

Effectivement, lors de la scène avec la voleuse la pression se lâche et le personnage avait besoin d’éclater. C’est une scène pivot pour mon personnage. Il se dépossède. Il comprend qu’il doit lâcher quelque chose. C’est un aspect un peu plus symbolique et mystique dans le film. Tout cela était déjà dans l’écriture très clairement. Il n’y avait pas d’indications sur le caractère du personnage ou les raisons de son départ, mais après dans les rencontres ce qui se joue est toujours assez clair. Par exemple, lors de la scène avec la libraire, on sent que Pierre est vexé, que des choses lui déplaisent mais on ne sait pas exactement quoi. On a cette part mystérieuse où chacun peut faire son interprétation. Dans ces rencontres, quelque chose se dessine de Pierre. Il faut se laisser faire et laisser une porte ouverte à l’interprétation.

Le film est également un récit initiatique. On sent une vraie évolution autour de Pierre, entre le début du film et la fin, où il a pris consistance à travers toutes ses rencontres. Comment définiriez-vous la trajectoire du personnage ? 

Je pense qu’il a appris beaucoup de choses. Il a appris à lâcher quelque chose. C’est vague mais c’est difficile car le film essaye d’exprimer quelque chose en dehors des mots. Autant dans le rapport avec l’autre que dans les paysages. C’est difficile d’essayer de ramener des mots là-dessus. C’est des émotions qu’il traverse, qui le construisent. De toute manière, l’histoire que vous racontez, qu’elle soit mystique ou initiatique, vous avez raison. Je pense que si vous voyez cela dans le film c’est que cela y est. Je pense qu’il y a une analogie dans le film entre le réalisateur Jérôme Reybaud et Pierre. Ils ont la même fonction de réalisateur. Ils proposent une fiction avec peu d’éléments, et c’est le spectateur qui se fait son film. Il jalonne juste des choses et fait juste un trajet en parsemant comme le Petit Poucet des repères, et c’est au spectateur de faire le chemin qu’il a envie de faire. Mais par rapport au personnage, le film commence avec Pierre qui quitte quelqu’un, et à la fin il retrouve cette personne dans un autre endroit. Il n’est plus le même. Il a pris conscience du temps qui passe. Il est sûrement moins enfant que quand il est parti.

On peut également faire une analogie entre les rencontres sexuelles et intenses avec l’application Grindr et toutes les autres rencontres que le personnage fait durant son road-trip. Est-ce que vous voyez une comparaison possible entre ces deux éléments ?

Je pense que le film met en question ce type de rencontres de deux manières. D’un côté il décrit le type de rencontres que permet cette application, et de l’autre on trouve un aspect critique assez mélancolique qui regrette un certain type de rencontres qu’on pouvait retrouver avant. Sur « le terrain », il y a cette idée de perdre du temps, d’être contemplatif et de laisser faire les choses sans être dans une idée d’efficacité. Car Grindr permet cette efficacité et c’est assez concret et industriel. Il y a un aspect un peu triste dans cette sexualité. Mon personnage n’arrive pas à rencontrer les autres. Il y a la possibilité de rencontres multiples mais il ne fait finalement pas beaucoup de rencontres grâce à l’application. Le film essaye de critiquer je pense ce système en regrettant un peu la drague à l’ancienne.

Propos recueillis par Roberto Garçon et Louis Verdoux

 

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