L’anomie du candidat Dupont-Aignan

 

Vendredi 31 mars, Buzzles s’est rendu à la rencontre-lecteurs organisée par Nice-Matin à son siège. L’invité du jour était Nicolas Dupont-Aignan, président du parti Debout la France et candidat à l’élection présidentielle 2017.

Dans l’après-midi du vendredi 31 mars, à l’occasion de la rencontre avec ses lecteurs organisée par Nice-Matin au siège du journal, nous avons entendu les préconisations de Nicolas Dupont-Aignan. Président du parti Debout la France qu’il a fondé et candidat à l’élection présidentielle 2017, il a dépeint ses objectifs en cas de victoire, une victoire pourtant peu probable au vu des sondages et du faible soutien politique dont il bénéficie en comparaison avec les candidats « favoris ».

Debout la France est fondé par celui-ci en 1999 sous le nom de Debout la République. Courant du Rassemblement pour la République (RPR) puis de l’Union pour un mouvement populaire (UMP), le parti de Nicolas Dupont-Aignan gagne son indépendance en 2008.

Le candidat de droite présente ses solutions avec des précisions qui laissent parfois perplexe, auxquelles Buzzles s’est intéressé.

« Je propose une relance ciblée et une baisse d’impôt ciblée, je suis le seul qui propose une telle baisse d’impôts et de relance du pouvoir d’achat »

Nicolas Dupont-Aignan ne cesse de le marteler, il veut baisser les impôts de manière significative. Mesure populaire voire populiste, justifiée de manière assez approximative. Nicolas Dupont-Aignan déclare vouloir pallier ce manque à gagner pour l’Etat en luttant contre la fraude fiscale et la fraude sociale, et engage donc des fonds supposément acquis. Par le même biais, Nicolas Dupont-Aignan dit avoir l’intention d’augmenter le salaire net des Français de 10%, même s’il précise : « Je ne suis pas sûr d’y arriver. ». C’est encore sur des suppositions d’avenir qu’il base ses réformes pour relancer le pouvoir d’achat, avec peu d’éléments tangibles.

« Je veux faire comme aux Etats-Unis, au Japon où les banques prêtent à l’Etat à taux 0 »

C’est une réalité économique bien plus complexe que Nicolas Dupont-Aignan désigne. L’Etat français prête effectivement, par le biais de la Banque centrale européenne, de l’argent aux banques privées. Ces dernières prêtent ensuite a L’Etat et au particuliers pour un bénéfice de 40 milliards sur une année nous affirme le candidat. Un manque à gagner de 40 milliards qui ne saurait être comblé par l’Etat sans mesures concrètes ; Nicolas Dupont-Aignan propose : « On les créera par la création monétaire. ». C’est-à-dire injecter cette somme dans l’économie européenne (française le cas échéant) d’un coup sachant que l’inflation se situe déjà à 1,1% sur les douze derniers mois et qu’elle est au plus haut depuis quatre ans. La hausse générale des prix est déjà très présente à cause de la création de 1000 milliards d’euros dans la zone euro depuis le dernier « sauvetage » de l’euro orchestré par Mario Draghi. Dans une réalisation concrète de cette politique économique, les comptes de l’Etat s’équilibreraient pour ce qui est de l’excédant qu’engendre le passage par les banques privées, la situation de celles ci ne changerait pas puisque ces 40 milliards leur seraient simplement distribués par le biais de la création monétaire. Néanmoins le pouvoir d’achat des Français pourrait diminuer du fait de la hausse générale des prix du marché pour certains, Lars Christensen un économiste danois spécialisé en économie internationale, marchés émergents et politique monétaire affirme qu’ « une politique monétaire ne peut pas augmenter la croissance réelle du PIB sur le long terme, ce qui ne peut avoir lieu que par le biais de réformes structurelles ». Dans Le Monde M. Waechter, Directeur de la Recherche Economique chez Natixis Asset Management explique « Cela va écorner un peu la consommation des ménages ».

Tandis que pour d’autres le retour à une inflation modérée permettrait une stabilisation des salaires qui sont entrainés vers le bas du fait de la baisse des prix. Le blog de France info expliquait dès 2014 le risque de la déflation (baisse générale des prix du marché) européenne: « La baisse des prix signifie que les revenus des vendeurs se compriment, ce qui exerce une pression à la baisse sur les salaires. »

« Le tiers-payant je ne pense pas qu’il faille le rendre totalement obligatoire, je souhaite l’individualiser »

 Le tiers-payant n’est pas obligatoire, loin de là, il n’a jusque-là été généralisé que pour les patients pris en charge à 100% par l’assurance maladie. C’est selon le projet de modernisation du système de santé que cette mesure a été prise, toujours dans le but de dispenser les plus nécessiteux de l’avance de frais médicaux. L’individualiser irait donc dans le sens d’une complication administrative encore plus forte à l’encontre de ceux qui en ont réellement besoin pour se soigner. Même si les médecins jugent que ce système nuit à la qualité du service qu’ils offrent du fait des complications administratives de leur côté, individualiser la grille d’analyse pour accorder le système tiers-payant au patient risquerait de prolonger encore plus les procédures des deux côtés.

« C’est évident que c’est une mesure rude (…) je pense qu’il faut un coup d’arrêt » concernant le regroupement familial des immigrés

Nicolas Dupont-Aignan souhaite allonger le délai légal lié au regroupement familial des immigrés de 18 mois à 5 ans. À l’écoute de la question, il nous confie que c’est une mesure effectivement « rude » sans réelle justification si ce n’est de vouloir un « coup d’arrêt ». Un migrant jouissant de l’asile politique devrait donc attendre 5 ans avant de pouvoir faire une demande de regroupement familial, sachant qu’actuellement les procédures dépassent largement les 18 mois, en raison du nombre de demandes de cet ordre. Une mesure qui résonne sans surprises à l’extrême-droite mais qui décroche totalement de la réalité. En effet, malgré une augmentation des demandeurs d’asile de plus de 20% en septembre 2016, la France n’avait accueilli qu’environ 1600 réfugiés, bien en dessous des 30 700 promis par Manuel Valls. Nicolas Dupont-Aignan contribue par cette proposition à la surévaluation de l’impact de la crise migratoire en France.

Le candidat du parti Debout la France reste dans la catégorie des « petits candidats » grâce au maintien en course de François Fillon. Il défend un programme parfois très proche de celui du Front national auquel il est souvent comparé.

Harold Girard

 

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