Jean D’Amérique, la petite fleur du ghetto

Jean D’AMÉRIQUE: Un nom, une voix mais aussi des textes, qui portent les douleurs, les souffrances du ghetto. Jeune poète, écrivain, et surtout slameur, Jean D’AMÉRIQUE est l’une des plumes pensantes d’Haïti. Entre les rimes et les rythmes, Jean D’AMÉRIQUE jongle avec les mots, et tente d’apaiser des maux avec son Slam.

Né à côte-de-fer, dans le sud-ouest du pays, le 4 décembre 1994; Jean D’AMÉRIQUE, de son vrai nom, Jean Berthold CIVILUS, a quitté sa ville natale pour venir continuer ses études classiques à Port-au-Prince. Et là, il allait rencontrer la littérature. Regrettant toutefois de l’avoir pas connue plus tôt, Jean allait très vite s’y accrocher et en faire l’amour de sa vie.

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Crédit photo : Mag Haiti

Emporté par les vagues de la culture urbaine, Jean a vogué sur les rives du hip-hop, qui était très tendance à l’époque. En 2006, avec la montée fulgurante du rap en Haïti, propulsée par BARIKAD, ROCK FAM, et autres. On se le rappelle. Quasiment tous les jeunes se sont mis en mode hip-hop. Et le slameur n’était pas exempt. C’est de là même qu’est né son goût pour le rythme et les rimes. Dès lors, il s’est mis à griffonner des vers qu’il scandait sur la cours du lycée, en compagnie de ses copains.

Une vie teintée de souffrance et de douleurs 

Issu du bas-monde, Jean D’AMÉRIQUE a eu une enfance assez difficile, tourmentée. Il connu beaucoup de misère et de souffrances. Il a passé pratiquement toute sa vie dans les banlieues et en porte encore toutes les stigmates. Et son écriture est ainsi teintée de douleurs et de souffrances. Ces textes font l’écho de la misère silencieuse qui ravage le ghetto au quotidien.

Comme en témoigne « DI YO », lun de ses premiers Slams. C’est un texte maculé d’un lyrisme débordant dans lequel Jean D’AMÉRIQUE met en exergue la vie dans le Ghetto, la vie des étudiants victimes de tout un système qui se réclame démocratique dans l’inculture des droits fondamentaux de l’homme. C’est l’expression même de ses vécus, de sa personne

Sa vie a connu beaucoup de bouleversements. En 2006 sa mère, qu’il qualifie de poto mitan de la famille (TRADUCTION: Pilier de la famille), l’a quitté. Et ça l’a terriblement affecté. Il porte encore ce deuil dans son cœur, dans son âme et ça s’entend aussi dans son slam.

Un amour infini pour la littérature qui se traduit en écriture…

Sa vie, jalonnée de souffrances et de douleurs, a suscité ce besoin d’écrire chez lui. Ce besoin d’écrire, de dire et surtout de combler ce vide immense que la mort de sa mère a laissé.

Très vite, le jeune poète en herbe s’est plongé corps et âme dans le bassin de la littérature, et en a fait sa véritable passion. Jean D’AMÉRIQUE, c’est une espèce de « BIBLIO-FOU”, qui arpente les bibliothèques, et partage sa vie entre la lecture et l’écriture.

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Remarqué par ses professeurs de lettres au lycée Henri CHRISTOPHE, le potentiel d’écrivain de Jean D’AMÉRIQUE s’est très vite révélé à tout le monde. Ce talent brut, ce don inné pour la poésie; Jean va le peaufiner aux travers des atelier d’écriture, des work-shops en littérature, et plus tard, des résidences artistiques, tant en Haïti qu’à l’étranger. Et jusqu’ici l’artiste continue encore de sculpter son art, pour extraire la fleur.

Mais ce qu’en 2009 que son âme va être totalement éprise du slam. Influencé par le film de Marc LEVIN réalisé sur la vie de Saul Stacey Wiliam; Jean D’AMÉRIQUE est emporté par cette mouvance de littérature urbaine. Une nouvelle tendance littéraire qui commence très vite à faire une place dans les cœur des gens.

Jean D’AMÉRIQUE s’ouvre donc vers une nouvelle perspective esthétique. Une démarche qui harmonise la sonorité des vers aux ryhmes de la musique, pour en faire une poésie musicale. Cherchant à créé un nouveau style, tout a fait hybride, Jean mélange la musique urbaine et la littérature. Et c’est un savoureux mélange.

C’est cette  parfaite harmonie entre la littérature et la musique qui se dégage dans tous les textes de Jean D’AMÉRIQUE. Ces écrits sont l’expression d’un parfait mariage, et surtout, la manifestation de cette relation de cœur qu’il entretient avec la poésie.

Un bel avenir littéraire qui s’éclos 

Si le poète qu’est devenu Jean D’AMÉRIQUE est le résultat de rudes labeurs personnels; de résidences artistiques dont l’une récemment en France. Ce qui a également contribué a son raffinement. L’artiste dispose déjà d’un répertoire autant visuel que sonore. À côtés de ces travaux, il a fait beaucoup de scènes et suivi plein d’ateliers, et a aussi travaillé au cours des années 2012 et 2013 avec plusieurs collectifs de Slam dont les collectifs Hors-Jeu et Feu Vert dans le cadre des spectacles, des prestations. On se souvient de SLAMASOUTRA ( Un spectacle de slam).

Après « Rêveur de revers », cette nouvelle qui a décroché le prix littéraire Fièvre rouge, publiée en 2014, dans un florilège paru aux USA. Le jeune écrivain enchaine avec d’autres textes, comme << DI YO >> un tout premier Slam, édité en 2015.

Plus tard, il a publié « Petite Fleur du Ghetto », ce recueil qui a eu la mention spéciale du Prix René Philoctète en 2015, un concours organisé par la Direction Nationale du Livre (DNL). Et cette belle aventure continue. Petite Fleur du Ghetto a été nominé en 2016 au prix « Révélation de poésie & compagnie » par la Société des gens de lettres (SGDL) en France.

En 2016, Jean D’AMÉRIQUE a frappé encore avec son second Slam intitulé : « Fils du Soleil», avec la participation du fameux chanteur haïtien, Jean Jean Roosevelt. On retiendra cette bribe de ce texte :

« Petit, même si tu saignes, même si les vagues abondent tes yeux  

Faut que ta vie rime avec tes rêves, petit [] »

Tout en promettant un recueil et un album à ses fans dans les jours à venir, Jean D’AMÉRIQUE, la petite Fleur du ghetto, comme on le surnomme, continue sa militance à travers son art en scandant des vers sur tous les toits, des PUNCHLINES crus qu’il crache en plein visage du système; et défend fièrement son origine de « Ti Nèg Geto ». Jean D’AMÉRIQUE est donc la voix du ghetto.

 Cet article vous est proposé par le Carrefour des Écoles, un projet d’échange entre plusieurs écoles de journalisme qui vise à mettre en valeur les productions d’étudiants du monde entier.

Rodly SAINTINÉ

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