RIG DANEMARK #2 : Kurt Westergaard, caricaturiste controversé

Kurt Westergaard est un caricaturiste danois. En 2005, il a participé à créer les « douze visages de Mahomet » dans le Jyllands-Posten, un quotidien danois. Il était à l’origine de la caricature qui a le plus choqué les musulmans. Mahomet y était représenté, une bombe en guise de turban. Aujourd’hui sous protection policière permanente, le vieil homme de 81 ans ne regrette rien.

 

Dans une interview accordée à Buzzles, Kurt Westergaard revient sur sa caricature polémique.

Que signifie dessiner pour vous ? 

Ça signifie beaucoup. J’ai travaillé dans le domaine du dessin pendant presque trente ans. J’ai constaté que l’on peut froisser les gens si on critique les grandes figures de certaines religions. Mais je pense que la critique satirique est nécessaire. On vit dans une démocratie et on doit accepter que notre dieu ou n’importe quelle idéologie en laquelle on croit puissent être critiqués aussi bien au Danemark, en France ou ailleurs.

Lorsque vous dessiniez des caricatures, votre but était-il de transmettre un message ou de faire rire ?

L’objectif était de transmettre un message! Au Danemark, nous avons une religion de la presse qui s’inscrit dans notre démocratie. Mais il doit y avoir de la place pour chaque religion. Chacun d’entre nous doit avoir le droit de croire en un dieu mais on ne peut pas avoir une religion qui se transforme en une idéologie.

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Cette caricature de Kurt Westergaard a été publiée le 30 septembre 2005, au Danemark, dans le dossier « Douze visages de Mahomet ». (Crédit : K. Westergaard)

Est-ce que, parfois, vous regrettez la diffusion de ces caricatures ? 

Non, je ne regrette rien. Dans la vie, je n’ai pas pour habitude de regretter ce que je fais. J’ai fait des caricatures qui avaient vocation à être diffusées et elles l’ont été. Je ne peux rien changer à ça. Pour des raisons de sécurité, mes caricatures ne peuvent pas être réutilisées. Je l’accepte mais je suis presque convaincu que mes caricatures et celles de mes collègues ne sont pas les seules responsables de ces événements. Il y a sûrement d’autres choses qui ont provoqué les ennemis de notre démocratie. Par exemple, des émissions de télévision ou des articles… Plein de choses peuvent provoquer les islamistes.

Quand vous avez commencé votre carrière, pensiez-vous que ce métier était si dangereux ?

Pas vraiment. Ça a été une surprise de voir autant de conséquences pour un dessin. Je pense que mes collègues et moi n’avions aucune idée de la dangerosité que représentait ce métier. Je pense que maintenant, nous sommes dans une culture démocratique contre une culture de religion. Dans une certaine mesure, la religion est devenue une idéologie politique mais nous n’abandonnerons pas. La démocratie est plus importante que la religion.

Que répondez-vous à ceux qui affirment que l’on ne peut pas rire de tout ?

On peut faire de la satire sur n’importe quelle autorité. Au Danemark, ça peut être la reine, les politiques ou encore une religion étrangère. Je pense qu’il n’y a aucune limite pour la satire. Mais il y aura toujours une part de provocation. On n’attaque pas quelqu’un ou sa religion sans provoquer d’une façon ou d’une autre.

Est-ce que les événements de 2005 ont contribué à l’élargissement de la liberté de la presse au Danemark ?

Plusieurs journaux, plusieurs éditeurs sont conscients de ce qu’il s’est passé. De ce fait, ils ne reproduiraient pas ces caricatures aujourd’hui. Peut-être plus tard mais pas aujourd’hui. Le risque de représailles est trop important. C’est une situation de peur.

Marion Ptak

Antoine Wernert

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