RIG DANEMARK #4 : La famille royale, traitement d’exception ?

Au Danemark, la liberté d’expression est reine. Pourtant, le poids de la monarchie peut être un frein pour la presse. Entre respect pour la famille royale et le devoir d’informer, les journalistes sont partagés.

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La controversée caricature du duo Surrend (Crédit : Surrend)

« La liberté d’expression existe-t-elle vraiment au Danemark ? La réponse est non. » Jan Egesborg, artiste danois, est catégorique. En 2010, une exposition d’art est annulée à Aarhus, deuxième ville du pays. En cause, une caricature de la famille royale représentée en pleine orgie sexuelle. Si de nombreux artistes et hommes politiques ont soutenu Surrend, les deux auteurs du dessin, la presse n’a pas été dans le sens du duo. La famille royale a-t-elle joué un rôle dans cette censure ? Si la reine est protecteur du musée qui a proposé l’exposition, elle n’aurait eu aucune influence sur la décision de l’interdire. Qu’importe l’origine, les artistes ont du mal à comprendre : « C’est le comble de l’hypocrisie que le Danemark, qui prétend être à la pointe du combat pour la liberté d’expression, censure une affiche sur la famille royale » s’émeut Egesborg. Défenseurs de la liberté d’expression, les journalistes n’ont pas pris le parti des artistes. Le Jyllang Posten, journal au cœur des critiques après les caricatures du prophète Mahomet, a publié un édito sur le sujet : « Jan Egesborg et Pia Bertelsen – auteurs de l’œuvre – savaient très bien qu’ils créeraient des problèmes en exposant une affiche pornographique de la famille royale justement dans le musée dont la reine est le protecteur. »

La presse protégerait-elle la famille royale ?

La famille royale, avec à sa tête la reine Margrethe II, est très appréciée des Danois. D’ailleurs, seulement 16% des habitants préféreraient une république à la monarchie. Une raison pour cacher les affaires polémiques ? Certainement pas selon Solveig Gram Jensen, journaliste danoise et correspondante en Scandinavie pour le Jylland Posten : « Au Danemark, j’ai l’impression que l’on ressemble plus à la presse Britannique. Si un scandale éclatait, on peut être sûr qu’on le saurait. » La presse demeure libre mais la famille royale est, selon elle, le seul sujet où la censure pourrait exister : « C’est ce qu’on a de plus intouchable, c’est pas qu’on ne peut pas se moquer d’eux… Il y a plein de comédiens qui se moquent. On écrit des choses critiques à leur égard mais je me dis que s’il devait y avoir de la censure, ça viendrait de là. » Pour Niels Brunelli, journaliste à M6 d’origine danoise, « les professionnels de l’information évitent d’évoquer la famille royale car ce n’est pas la norme d’en parler. Elle est presque intouchable. »

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Une famille royale appréciée du peuple Danois (crédit : Ole Jensen)

La royauté, cible des tabloïds

Les membres de la famille royale danoise ne peuvent donc pas agir en toute impunité médiatique, mais bénéficient d’un statut particulier. Indépendante, la presse est prête à dévoiler tout scandale impliquant la monarchie mais se garde d’enquêter de manière intensive sur le sujet. Seuls les tabloïds se permettent de telles investigations. Perçus comme des stars, la famille royale est la cible de paparazzis. Dernière polémique en date, la poitrine présumément refaite de la princesse Marie. Divulgué par le tabloïd, Her & Nu, le scandale a contraint la monarchie à démentir. Ces articles ne rencontrent pas un franc succès. Culturellement, les danois sont trop attachés à leur royauté pour apprécier les papiers voyeuristes.

Lou David

Manon Gaziello

 

 

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