Sur la voie des télé-crochets

En 2001, la Niçoise Jenifer remporte la première édition de Star Academy. Depuis, les talents des Alpes-Maritimes sont de plus en plus nombreux à tenter les télé-crochets musicaux. 

Chaque année dans les télé-crochets, les Alpes-Maritimes sont largement représentées. Originaire de Cannes, Lisandro Cuxi est l’un de ces talents qui cherchent à réussir. A 15 ans, ce prodige atteint la finale de The Voice Kids, soutenu par Jenifer sa coach, avant d’échouer face à Jane Constance. Deux ans plus tard, il retente sa chance chez les adultes et se qualifie à nouveau. « J’ai envie de me lancer dans la musique et The Voice est un incroyable tremplin. Je n’ai qu’un seul but dans ma vie, c’est d’y arriver. » explique-t-il.  Il a pu compter sur son talent mais surtout sur la formation qu’il a reçue à Cannes et qui l’a aidé à progresser et mûrir musicalement.

Un apprentissage digne des virtuoses

Michael Besigot, professeur de chant à l’école de la Diamond School à Cannes est convaincu que sa formation ouvre la porte de la gloire. « Ici, les directeurs de castings voient des choses complétement différentes, des gens qui ont une autre manière de travailler, qui ne sont pas des machines. Regardez les artistes qui vendent des albums, il y en a plein qui viennent de chez nous » affirme fermement  Michael. Une élite s’est formée au sein de l’établissement, grâce aux Master Class qui attirent les grands noms de la musique tel que Bruno Berbères, directeur de casting de The Voice. Une opportunité pour les élèves les plus aptes à passer les auditions : « Je sélectionne une vingtaine ou une trentaine de candidats qui sont vraiment dans le profil du télé-crochet » explique Michael.

Julie, cannoise de 23 ans, fait de la danse et du chant depuis 18 ans. Elève à l’école Diamond School, elle rêve de participer à des comédies musicales et pense que les télé-crochets sont un bon moyen d’y parvenir : « Dès qu’on est exposé à la télé, les gens veulent voir ce qu’on donne sur scène. ». La jeune femme échoue à l’audition de The Voice 2017. L’échec n’est pourtant pas une fatalité. Cécile, 21 ans, est une camarade cannoise de Julie. Elle a passé, cette année, les castings du télé-crochet de TF1 en même temps que sa mère, Patrizia Grillo. Après les épreuves, seule cette dernière pourra monter sur scène pour les auditions à l’aveugle. Les coaches ne se sont pas retournés et pourtant Patrizia a déjà été contactée par des directeurs de casting.

Cécile

Cécile, 21 ans élève à la Diamond School, se concentre avant sa prestation. Crédits : Xavier Bertrand

Un hymne à la différence

Il y a 10 ans, lorsque la Star Academy explosait l’audimat, tout le monde rêvait d’être une star, et beaucoup d’Azuréens se précipitaient aux castings. Aujourd’hui, certains n’y croient plus, à l’image d’Aurélie Tiron, niçoise, qui fait de la musique depuis 15 ans. Elle estime que les artistes de la région n’ont pas forcément besoin de passer par des télé-crochets pour vivre de leur métier. La jeune femme préfère jouer dans la rue, dans les bars, ou laisse faire le bouche à oreille. Ce quotidien moins stable ne l’en dissuade pas : « Les télé-crochets c’est la gloire facile, on se retrouve projeté sur la scène du jour au lendemain, c’est bien, mais les meilleurs moments pour un artiste sont ceux où on galère. Ça devient une inspiration pour écrire de nouvelles compositions. ».

Aurélie

Aurélie Tiron, jeune niçoise de 21 ans, s’entraîne avec sa guitare, pour espérer vivre de la musique un jour. Crédits : Xavier Bertrand

Une fausse note régionale

Les télé-crochets sont cependant un bon moyen de se faire connaître dans une région où les artistes sont encore parfois peu soutenus. David Benaroche est manager de la société de production Imago à Nice. Il dénonce le manque d’infrastructures comme la sienne pour épauler les artistes de la région PACA : « Il n’y a qu’une scène de musique actuelle (SMAC) dans le coin : la MJC Picaud à Cannes. ». Selon lui, les jeunes de la région ne voient pas d’autres solutions que les télé-crochets pour réussir dans le milieu musical. Pour pallier ces lacunes, il a créé l’association La Ruche qui déniche et accompagne pendant un an des talents niçois. Le manager pointe aussi les politiques locaux : « Depuis 20 ans, la musique actuelle ne plaît pas aux politiques, ils pensent que c’est pour les drogués. ». C’est aussi un problème au sein de la population : « Les gens ne comprennent pas qu’on fasse des trucs pas connus. Ils veulent ce qui passe à la télé, ils veulent Mika, Vanessa Paradis mais ne comprennent pas qu’il faut trouver la future Vanessa Paradis. ».

Célia Maciolek

Xavier Bertrand

Annabelle Georges

 

Publicités