RIG DANEMARK #5 : La presse, une religion au Danemark

Si la laïcité est l’un des fondements de la Constitution française, il en est tout autrement au Danemark. Etat et religion sont étroitement liés dans le Royaume. Cette relation particulière ne s’impose pourtant pas comme un frein à la liberté de la presse.

« Chez nous, au Danemark, l’Eglise ne peut pas faire pression sur le peuple, c’est l’inverse. Les citoyens ont le pouvoir » affirme Solveig Gram Jensen, journaliste au quotidien Jyllands-Posten et correspondante pour Courrier International. Dans l’organisation du pays, la religion occupe une place importante. Il n’y a aucune séparation stricte entre l’Église et l’État qui dispose même d’un ministère des affaires ecclésiastiques. Chaque individu officiellement déclaré comme protestant paye des impôts pour l’église luthérienne danoise, qui tient l’état-civil. En apparence, la religion semble centrale dans le quotidien des habitants. « Dans les faits, c’est différent », confie Solveig. « Très peu de Danois sont vraiment pratiquants ». Quant aux journalistes, ils demeurent indépendants.

« S’il y a scandale, on ne laisse pas l’Église s’échapper »

Le Danemark ne connaît pas la censure, seul le blasphème est interdit par la loi. « On ne connaît pas non plus l’auto-censure, c’est quelque chose de très français. Nous, on se rapproche de la presse britannique dans le traitement des affaires polémiques » rajoute la journaliste du Jyllands-Posten. Pour les Danois, le rapport de force plaçant l’Église au dessus du peuple est inversé. « Les religieux ne peuvent pas faire pression, car ils sont financés par le contribuable. S’ils abusent de leur pouvoir, c’est mauvais pour leur image auprès des citoyens qui seront tentés de quitter le protestantisme. Nous, les journalistes, on est donc parfaitement libres » témoigne Solveig. La ligne éditoriale des journaux est claire, s’il y a un scandale, il doit être révélé.

Des associations d’athées dans la presse

La liberté de la presse vis-à-vis de la religion est telle qu’une association d’athées a pu diffuser une campagne dans les médias danois. En avril 2016, des questionnements spirituels s’affichaient dans  les pages des quotidiens du pays. Par exemple : « Pourquoi croire en Dieu ? », « Jésus et Mahomet ont-ils vraiment parlé à Dieu ? » ou encore « Pourquoi avoir la foi devrait-il coûter quelque chose ? ». Dans une vie, les Danois payent en moyenne 18 000 euros pour l’Église d’État. L’impact de la campagne a été considérable : entre avril et juin 2016, 10 300 personnes ont pris la décision de s’affranchir de la religion d’État.

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Réalisé avec Piktochart. (Crédit : Lou David)

L’islam, sujet délicat

Si le protestantisme, n’est pas tabou dans la presse danoise, l’islam l’est bien davantage… Depuis les caricatures du prophète Mahomet en 2005, les journalistes sont méfiants. « L’islam est vraiment un sujet sensible, comme en France. C’est plus le contexte que la censure qui rend le sujet compliqué » explique Solveig Gram Jensen. Au Danemark, les journalistes prennent beaucoup de précautions avant d’aborder le sujet. Pour le quotidien Politiken, les caricatures ont concentré le débat sur l’islam au Danemark au moment de leur publication en 2005. « Au niveau global, les dessins ont permis aux musulmans radicaux de dire que la liberté d’expression mène à l’insulte de l’islam ». Dix ans après la publication des caricatures, aucun journal n’a osé republier les dessins. Dans le pays, la liberté demeure. La seule censure à déplorer, au sujet des religions, vient des journalistes eux-mêmes.

Lou David

Manon Gaziello

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