RIG RUSSIE #2 En Crimée, la chasse aux sorcières est ouverte

En Crimée, les médias subissent une pression encore plus forte que dans le reste de la Russie. Depuis son annexion en 2014, une centaine de journalistes ont quitté le territoire. Seulement 450 médias sont encore autorisés à émettre, alors qu’ils étaient 1500 il y a trois ans. Désormais seuls les reporters indépendants et blogueurs continuent à s’exprimer librement en Crimée. Mais ils sont traqués par les autorités russes et risquent plusieurs années d’emprisonnement.

Il est prêt à sacrifier sa liberté pour protéger la liberté d’expression en Crimée. Le procès du journaliste ukrainien Mykola Semena s’est ouvert le 3 Avril 2017 dans un tribunal russe de Simferopol, la capitale de Crimée. Il risque cinq ans de prison pour un billet dénonçant l’annexion de la Crimée par la Russie et soutenant le blocus de la péninsule alors organisé par des activistes ukrainiens. Son article a été publié en 2015 dans Krym.Realii (ou Crimea Realities), l’ antenne criméenne du média américain Radio Free Europe/Radio Liberty (RFE/RL). Mykola Semena est accusé d’“appels publics à violer l’intégrité territoriale de la Fédération de Russie” par Natalya Poklonskaya, procureur général nommé par le Kremlin en Crimée, et a été inscrit sur la “liste des terroristes et des extrémistes” publiée par les autorités russes. Une arrestation dénoncée par Reporters sans frontières et le Comité de Protection des Journalistes « Démissionner de mon poste et quitter la Crimée aurait été une trahison envers ma profession » , a-t-il déclaré à RFE/RL. Une position qu’il défend dans une vidéo tournée le 20 février 2017, alors qu’il est en détention.

 

 

Maryana Drach, directrice de l’agence ukrainienne de RFE/RL, décrypte les raisons de la répression particulièrement forte qui pèse sur les médias en Crimée. Selon elle, le procès de Mykola Semena est un symbole de la situation actuelle de la liberté de la presse sur ce territoire.

 

 

Le site web, Krym.Realii a été censuré par les autorités russes un an après le billet publié par Mykola Semena. Le procureur russe, Natalya Poklonskaya a accusé ce média financé par le congrès américain d’être « un service dangereux qui fournit des justifications aux actes de sabotage et d’extrémisme ». RFE/RL a dénoncé un « acte agressif utilisant le prétexte outrageux d’extrémisme pour censurer RFE/RL ». Malgré l’interdiction, le rédacteur en chef de Krym.Realii, Volodymyr Prytula incite ses lecteurs à suivre les publications du site web.

 

 

Dans cette vidéo vue 74 000 fois sur les réseaux sociaux, RFE/RL explique aux internautes criméens comment contourner l’interdiction pour accéder aux contenus de Krym.Realii.

 

Désormais, grâce à internet les tactiques se multiplient pour détourner la censure qui pèse sur les médias en Crimée mais aussi dans toute la Russie.

Cyrille Bret, enseignant à Science Po et créateur du blog Eurasia Prospective, explique que la liberté de la presse en Crimée est fortement entravée depuis son annexion par la Russie. Selon lui, la blogosphère est désormais l’unique lieu d’expression des journalistes en Crimée, même si les blogueurs sont sous surveillance.

 

 

Ces blogueurs refusent de parler aux médias occidentaux afin de ne pas attirer l’attention des autorités russes et de pouvoir continuer à faire entendre leurs voix tant qu’ils le peuvent encore.

Elsa Hellemans

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