RIG RUSSIE #5 Etudier le journalisme en Russie

En Russie, 148° dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières, les journalistes se sont adaptés à la censure gouvernementale. Pour les aspirants journalistes russes, le métier ainsi que la liberté doivent évoluer.

« Anna Politkovskaïa? Oui, elle a étudié ici… On a son portrait dans les locaux de notre école. » Maria Lukina est professeur à l’Université d’État de Moscou. Elle a enseigné à des générations de jeunes étudiants en journalisme en Russie. Anna, diplômée en 1980 (avant la chute de l’URSS), était la journaliste vedette de Novaïa Gazeta – le journal de la résistance par excellence. En 2006, elle a été assassinée de plusieurs balles dans le hall de son immeuble. L’Université d’Etat de Moscou formait des journalistes insoumis, capables d’exercer un vrai travail d’investigation. Après Anna Politkovskaïa, Elena Milachina, son successeur à Novaïa Gazeta et menacée de mort pour ses publications, est passée par la même formation.

Aujourd’hui, 26 ans après la chute de l’URSS et sous « l’ère Poutine », l’école de journalisme subsiste. Ici, « on enseigne le journalisme comme partout ailleurs en Europe » selon Maria Lukina.  Les cours sont régis par la déclaration de Tartu rédigée par l’Association Européenne des enseignements du journalisme. Les sciences sociales, la littérature, l’éthique ou encore l’économie des médias sont quelques-uns des domaines abordés. La formation est financée en totalité par l’État, mais cette mainmise n’est pas visible. Pour Maria Lukina, son école, ainsi que les 165 du pays, sont totalement indépendantes.

Une jeunesse déterminée…  

Sofia Brontvein

Sofia Brontvein, étudiante en journalisme à l’Université d’état de Moscou. (Crédit : Facebook Sofia Brontvein)

Sofia Brontvein, est l’une des étudiantes de Maria Lukina. Après avoir fait une licence en relation publique, elle a intégré la prestigieuse école de journalisme de Moscou. À 22 ans, cette fille de business man, n’a « pas choisi la facilité. » Pour elle, s’il faut être journaliste politique « autant l’être dans son pays natal. » Malgré les craintes, les étudiants en journalisme, comme Sofia, semblent déterminés à changer la donne de la liberté de la presse en Russie… non sans crainte.

… mais partagée 

À des milliers de kilomètres de la Russie, au Royaume-Uni, Katarina* n’est pas du même avis. Elle s’est inscrite à l’université d’Edinburgh pour apprendre le journalisme. Cette jeune femme est née et a grandi dans la capitale russe. Après avoir obtenu son baccalauréat, elle a quitté le pays au plus vite, déçue par la « mentalité de ses compatriotes et par la dégradation de l’enseignement du journalisme ».

Passionnée par la culture, elle souhaite exercer dans ce domaine. Selon elle, contrairement à la politique ou à l’économie, ce genre de thématique ne dérange pas en Russie : « Parler de politique est devenu plutôt problématique… voire dangereux.» Katarina, constate avec amertume qu’être journaliste en Russie est devenu difficile.

Si Katarina a quitté la Russie, elle garde espoir pour son pays : « On ne peut pas dire que la liberté de la presse n’existe pas car il y a des journaux d’opposition qui sont actifs et qui présentent plusieurs opinions. Le problème c’est que ces médias font face à de nombreuses menaces comme le manque de financement. Ce n’est pas aussi facile de travailler pour un journal d’opposition que pour un journal gouvernemental. »

La liberté de la presse en Russie a toujours été très encadrée et la jeunesse aspire à de véritables changements. Cependant, les pressions et les menaces qui pèsent sur la profession semblent la décourager.

*Nom modifié

Julie dos Santos

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