[Interview] Maxime Braud : derrière la chaîne YouTube Le Règlement

Les amateurs de rap et de vidéos d’analyses le connaissent autant même s’il préfère l’anonymat. Voici Maxime Braud, celui qui détient la chaîne YouTube Le Règlement. Grâce à des montages malins de références culturelles communes, et à une fine analyse des dernières actualités rap, ce jeune homme est parvenu à contenter tout le monde en parlant simplement de ce qu’il aime. Rencontre avec un youtubeur passionné, ouvert d’esprit et modeste de son succès fulgurant : sa première vidéo a atteint les 660 000 vues.

Tu peux te présenter ?

Je m’appelle Maxime Braud. J’ai  26 ans. Je suis né dans le sud de la France à Valence puis j’ai vécu à Paris pour mes études. J’ai vécu à Montrouge, dans le 18e et le 20e arrondissement et aujourd’hui je voyage beaucoup plus. Je reviens d’Asie et je pars en Afrique. Je fais une école de développement informatique et de commerce.

C’est la première fois que tu fais des vidéos ?

Ça fait 15 ans que je fais des vidéos. A la base je faisais des petits films avec des amis. Puis je me suis mis à faire quelques films d’animation, et quelques clips de rap aussi et même des courts-métrages. C’est la première fois que j’ai une chaîne YouTube avec une vraie ligne éditoriale. J’ai la volonté de porter ce projet le plus loin possible en déclinant le concept.

Comment est née la chaîne ?

A la base, je trouve que le rap est l’art le plus prolifique et le plus proche des gens. Pourtant il est assez mal servi par les médias. Il y a très peu de médias qui parlent intelligemment de rap, même sur le web. Alors que c’est une culture énorme. J’avais l’idée depuis longtemps d’écrire des choses sur le rap, peut-être sous forme d’article même. Mon premier article a notamment donné la deuxième vidéo « 4 techniques de clash ».

J’ai découvert le rappeur Django à un moment où il était très peu connu. Je trouvais le mec incroyable. Comme j’ai vu que beaucoup de gens commentaient que c’est la copie du rappeur Nekfeu, je me suis senti le besoin d’en parler. Au début j’ai vraiment fait ça à l’arrache en quelques jours. Je n’avais jamais enregistré ma voix avant donc c’était compliqué. Je n’étais pas en confiance. Je m’étais dit que si jamais je tapais dans les 2000 vues, je serais assez motivé pour en faire une deuxième. Mais entretemps Django est devenu connu donc ma vidéo a buzzé de fou.

Finalement tu as fait 660 000 vues ! Tu as réagi comment ?

J’ai fait les tours de mon quartier en courant ! Non sans rigoler, j’étais trop content. J’ai eu beaucoup de messages d’encouragements sur les réseaux. Les gens me disaient qu’ils aiment le concept et voulaient que je continue. Ça m’a encouragé à faire une deuxième vidéo et depuis c’est devenu une passion.

Qu’est-ce qui fait que ça marche autant ?

Je parle de ce que j’aime. C’est tellement de travail les vidéos que si je les faisais sur des rappeurs que je n’aime pas mais qui plaisent à tous, cela me soulerait vite.

Comment se déroule l’écriture d’une vidéo ?

Il y a plusieurs phases. D’abord la phase d’écriture où je choisis un sujet et je rassemble les idées autour. Souvent j’écoute les sons plusieurs fois. Par exemple celle sur Columbine. Les Prélis, c’est un son que j’adore et j’ai dû le réécouter pas mal pour pouvoir m‘en imprégner. Après j’écris mon truc. J’essaie de trouver une structure pour mettre en forme toute mes idées pour que ça puisse ressembler à quelque chose de cohérent.

Après il y a une phase d’écriture soit assez longue, soit assez courte. Par exemple j’ai dû aller assez vite avec les vidéos sur l’album de Vald ou de Nekfeu pour que ça soit pertinent en fonction de la date de sortie. J’ai essayé d’écrire beaucoup plus rapidement donc c’est un petit peu moins profond. Puis il y a une phase d’enregistrement de ma voix. Mais ça prend du temps car je ne suis pas professionnel.

Ensuite il y une grosse phase de montage. Donc là je m’enferme avec mon ordi et je monte les vidéos en prenant plein de morceaux de films, de séries, de trucs que j’aime. Ça prend beaucoup de temps car je pars de zéro, je n’ai pas de vidéo de base.

Tu fais beaucoup de références à des domaines divers, autant au rap qu’à la littérature, à la philosophie ou au cinéma. Ce n’est pas trop dur de tout rassembler ?

Moi mon idée c’est de faire des ponts entre les cultures, entre les différents domaines qui m’intéressent. Si je peux amener un fan de rap à aller voir un film que j’ai aimé ou aller voir un philosophe que je kiffe, c’est intéressant. Dans l’autre sens aussi, si je peux sensibiliser au rap quelqu’un qui n’aime pas forcément le rap mais qui regarde mes vidéos parce qu’il y a plein de références qu’il comprend. C’est cool aussi. J’aime bien le fait que dans la culture il n’y a pas que des gens qui écoutent du rap ou des gens qui regardent des films.

Quel est ton rapport personnel au rap ?

Quand j’étais au collège, je n’écoutais pas trop de rap car à ce moment il était diffusé qu’à la radio. Je n’aimais pas trop le genre La Fouine, Diams. J’écoutais quand même beaucoup de rap américain : Eminem, Dr. Dre, Snoop Dogg, 2Pac… J’aimais pas cette époque car pour moi l’âge d’or du rap était quand j’étais trop petit : Doc Gynéco, Les Sages Poètes de la rueC’était frustrant. C’est depuis les années 2010 que j’écoute énormément de rap car pour moi il y a un énorme mouvement en France. Avec des gens comme 1995 ou Hugo TSR. J’écoute vraiment de tout : j’adore Booba, PNL, MMZ autant que Vald ou Columbine. J’ai une petite tendance pour le rap de fond, c’est mieux pour mes vidéos ! Au-delà de ça, je préfère le rap plus travaillé en termes de message. Après, un bon Booba ça fait toujours plaisir !

Tu penses quoi de l’avenir du rap français ?

C’est une scène super dynamique. Je suis hyper impressionné par le rap français. On est le pays où il y a le meilleur rap toujours après les US.  Il y a des albums incroyables qui sortent régulièrement. L’année dernière on a eu Damso, Nekfeu. Cette année il va y avoir Hugo TSR. On a plein de gens qui sortent de nouveaux sons. On a un bel avenir.

Propos recueillis par Parissa Javanshir

 

 

Publicités