RIG Pologne #1/5 : La Pologne à l’épreuve de la vague conservatrice

Ancien premier ministre polonais, Donald Tusk est réélu président du Conseil européen début 2017 malgré l’opposition de la Pologne. Ce paradoxe résume assez bien la situation vécue par les polonais depuis plusieurs mois : celle d’une profonde division de leur pays, d’une fracture entre des opinions décidément irréconciliables.  Que devient-la liberté de la presse dans un tel contexte ?

En 2015, la Plate-forme civique (PO) pro-européenne est battue. Le parti conservateur « Droit et Justice » (PiS) arrive en tête aux élections législatives et place Beata Szydlo à la présidente du conseil des ministres. Quelques mois auparavant, en dépit des sondages défavorables, la présidence de la République basculait également entre les mains du PiS avec l’élection d’Andrzej Duda, un quasi inconnu. Élu démocratiquement, « Droit et Justice » est un parti nationaliste et conservateur. Dirigé par Jarosław Kaczyński, le nouvel homme fort du pays, frère jumeau de Lech Kaczyński, l’ancien président disparu dans un accident d’avion en 2010, le PiS est à ce point conservateur qu’il peut interroger : droite forte ou extrême droite ?  Ce qui est certain, c’est que le PiS surprend et divise la communauté polonaise en multipliant les mesures-chocs : tentative d’interdiction totale de l’avortement, loi antiterrorisme réduisant les libertés individuelles…

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De gauche à droite : Bartosz Wielinski, journaliste à La Gazeta / Beata Szydlo, présidente du conseil des ministres / Jaroslaw Kaczynski, président du PiS / Lech Kaczynski, ancien président polonais / Andrzej Duda, président de la République de Pologne

Parmi ces mesures, une loi de contrôle des médias publics visant à restreindre la liberté de la presse. La nomination des patrons des chaînes publiques est alors transférée du KRRiT (conseil national de l’audiovisuel polonais) au ministère du Trésor pouvant désormais choisir l’orientation d’un média sans aucun critère spécifique de désignation. Depuis, la qualité des médias publics s’est grandement dégradée, les audiences avec… Prochaine mesure du gouvernement : une tentative de « repolonisation » des médias privés. Le PiS est déterminé à faire partir les capitaux étrangers des médias polonais dans une nouvelle politique nationaliste. Ces mesures contre la presse ont provoqué l’indignation d’une partie des polonais. Et la réaction de l’Europe qui a à nombreuses reprises condamné les agissements du gouvernement Szydlo. Parallèlement, entre 2015 et 2016, la Pologne a régressé de la 18e place à la 47e place dans le classement annuel sur la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Une véritable dégringolade. Force est pourtant de constater que le classement de la Pologne reste très proche de celui de la France. En effet, seulement deux petites places séparent les deux pays.

Pendant une semaine, à partir du classement de la Pologne par Reporters sans frontières, nous avons cherché à rendre compte de la liberté d’expression et de la liberté d’opinion en Pologne. Dans les pages suivantes, vous découvrirez bien sûr des témoignages de journalistes polonais sur la situation qui est la leur aujourd’hui. Mais vous découvrirez également le point de vue de citoyens engagés dans un nouvelle « résistance » polonaise. Après tout, la Pologne de Jarosław Kaczyński ne pourrait-elle pas aussi entretenir quelques ressemblances avec la France d’après les présidentielles et les législatives ? Et nous inciter à voter en toute connaissance de cause.

Un classement controversé
Répertorié à la 47e position du classement Reporters Sans Frontières 2016, la Pologne fait office de mauvais élève pour l’organisation internationale. Cette dernière pointe sur son site un « pluralisme et la liberté de la presse en péril ». Une déclaration qui ne plaît pas à tout le monde. Le syndicat des journalistes polonais, proche du PiS (SDP) accuse RSF de « dépeindre la Pologne comme un pays où la liberté d’expression n’a pas sa place et de la stigmatiser au point de réclamer des sanctions au niveau européen. » Ce à quoi l’organisation non gouvernementale répond ne pas vouloir laisser le pays           « suivre la voie autoritaire de la Hongrie de Viktor Orban. » Ces divergences illustrent le décalage qui existe au sein même de la profession. Pour un journaliste polonais souhaitant gardé l’anonymat et travaillant pour le magazine Beskid, « la liberté d’expression a peut-être diminué mais la diversité d’opinions a augmenté».  Eugène Chapelier, quant à lui journaliste pour le Courrier de Pologne pointe la « forme d’autoritarisme doux, de monopolisation du pouvoir et des moyens de communication sans recours à la violence. » Une situation complexe qui ne peut être parfaitement rendue par un classement.

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