[RIG LUXEMBOURG #5/7] Audrey Somnard, journaliste au Luxembourg

Audrey Somnard est une ancienne étudiante de l’IUT journalisme de Cannes. Depuis dix ans, elle est journaliste au service société du journal Le Quotidien, au Luxembourg. Selon elle, le journalisme d’investigation est moins présent au Grand-Duché, davantage en raison d’un manque de moyens dans les rédactions, que par connivence des journalistes avec les grandes multinationales. Explications.

Le Luxembourg, quinzième au classement mondial de la liberté de la presse de Reporter sans Frontières. Une place honorable parmi les quelques autres 179 pays classés par l’ONG. Et pourtant, ces dernières années, particulièrement depuis la révélation de l’affaire LuxLeaks, l’image du Grand-Duché en matière de liberté de la presse est ternie. Car une question se pose : comment garantir cette liberté quand de gros enjeux économiques influent sur le travail des journalistes ?

Audrey Somnard, travaille au Luxembourg depuis dix ans. C’est dans le service « société », qu’elle écrit pour le journal franco-luxembourgeois Le Quotidien, un service où « elle n’embête personne ». Le journal, qui s’apparente à un quotidien régional, traite d’actualité générale. Il appartient pour moitié au groupe Luxembourgeois EditPress et pour l’autre moitié au Crédit Mutuel, qui possède le Républicain Lorrain, en France.
17778629_10154593097632972_2141406808_oSelon Audrey Somnard, « la pratique du journalisme au Luxembourg n’est pas bien différente qu’en France. Il y a des petites différences parce que c’est un petit pays. Par exemple, les politiques sont très facilement joignables, j’ai le numéro de plusieurs ministres, on peut croiser facilement le Premier Ministre dans la rue, donc c’est particulier par rapport à la France, en ce sens. C’est plus direct. Par contre, la tendance aux communicants est aussi ici. Pour avoir des banques, il faut passer par les services de communication, et pour certains ministères ça commence aussi. Certains de nos annonceurs aiment bien nous inviter à leurs conférences de presse. De plus en plus d’intervenants demandent à être relus avant parution, ça peut poser problème. Ce qui est très différent de la France c’est la couverture des faits divers. Ici tout est maitrisé par la police qui envoie des communiqués et qui ne communique que sur des faits qu’elle juge digne d’intérêt, ce n’est pas comme en France où il y a des relations de confiance ».

« Pas les moyens de mener des investigations »

Cependant, le manque d’investigation au Luxembourg ne serait pas dû à la connivence entre journalistes et grandes multinationales. Les médias locaux ne peuvent pas se permettre de ne pas couvrir des affaires retentissantes, même si elles concernent directement des annonceurs ou des gros acteurs économiques. Pour la journaliste, il y une différence entre couvrir un événement dont tout le monde parle, et sortir une affaire que personne ne connait. Pour elle, « c’est parce que les rédactions ont peu de moyens financiers qu’ils mènent peu d’investigation. Un travail sur une affaire comme les Panama Papers, ou Luxleaks demande tellement de recherches, qu’il est impossible pour une rédaction comme celles du Quotidien, par exemple, de mener à bien un tel projet. Nous n’en n’avons tout simplement pas les moyens. Evidemment, nous savons tous que le Luxembourg est une niche fiscale, que certaines grandes multinationales n’ont que des boîtes aux lettres ici, comme ailleurs d’ailleurs. Ils sont là pour profiter des avantages fiscaux que leur offre le pays, mais ne se soucient pas des médias luxembourgeois, et encore moins de la vie locale, dont ils se fichent complètement ».

Interview téléphonique:

Sarah Melis

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