[RIG LUXEMBOURG #6/7]: Paroles aux lecteurs

Selon le site Luxembourg.public.lu, en 2015, plus de deux tiers des Luxembourgeois lisent un ou plusieurs journaux et 57% en lisent chaque jour. Trois quarts de la population consultent régulièrement des magazines. Parmi eux, nous avons donné la parole à la jeunesse luxembourgeoise.

marie

Crédits : D.R

« La presse au Luxembourg est assez influencée par la politique. »

Marie Sadler a 21 ans, luxembourgeoise, elle étudie à l’EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) où elle étudie la chimie. Cette année, elle est en Erasmus à l’Imperial College à Londres. La jeune fille a un avis bien tranché sur les médias luxembourgeois, et nous parle de ceux qu’elle connaît le mieux.

« Pour ce qui est du Luxemburger Wort (ndlr : crée en 1897) par exemple, c’est un journal assez neutre, pas très critique, mais pour moi il constitue un peu de propagande cachée. Il y a une touche religieuse, alors pour moi c’est de la propagande pour le parti conservateur qui était longtemps au pouvoir. Le journal est un moyen assez puissant pour influencer politiquement la population. A part celui-ci, il y a d’autres journaux plus « petits », comme Lëtzebuerg privat (https://www.luxprivat.lu), avec des histoires qui sont selon moi parfois inventées et exagérées. Depuis une dizaine d’années, il y a aussi les gratuits comme l’Essentiel, qui ont un grand succès chez les jeunes, on peut les lire dans le train, mais je trouve que le niveau journalistique y est moyen. Et puis il y a la télévision : il y a principalement une grande chaîne RTL, qui est pour moi moyennement neutre. La radio c’est aussi RTL, et pour les jeunes il y a Eldoradio. Je trouve que la presse au Luxembourg est assez influencée par la politique (surtout par le parti conservateur CSV). Ce n’est pas très critique mais ça reste agréable à lire parce que globalement ça reste du journalisme assez recherché, sérieux. Dans la presse luxembourgeoise, on n’essaye pas de faire d’une mouche un éléphant. »

emilie

Crédits : D.R

« Il y a des informations qui ne sont pas tellement importantes pour notre société mais qui sont répétées. »

Emilie Mo a 23 ans. Elle vit et travaille au Luxembourg, dans une maison Relais pour des enfants. Elle n’était pas au courant de l’affaire Luxleaks mais, selon elle, la presse luxembourgeoise doit revoir ses priorités.

 » Parfois, je trouve qu’il y a des informations qui ne sont pas tellement importantes pour notre société mais qui sont répétées chaque jour dans les médias, j’ai l’impression qu’on ne dit pas tout ce qui se passe dans le pays. Comme par exemple des affaires politiques ou même les fameuses histoires de suicides du Pont Rouge du haut duquel beaucoup de gens se jettent, fréquemment . Je trouve que l’on parle très peu de ces suicides, peut-être pour cacher l’inaction de l’Etat. Mais sinon, d’un point de vue global, je trouve que les médias au Luxembourg sont très corrects. »

jeff

Crédits : D.R

« Tout le monde sait que les firmes viennent se faire une adresse ici, mais on en parle pas vraiment. »

Jeff Muller a 19 ans est étudiant en dernière année dans le domaine du génie civil au Luxembourg. Pour lui, il s’agit de démonter certains clichés sur son pays.

« J’ai souvent entendu dire qu’au Luxembourg il n’y avait pas beaucoup de différents médias ou de journaux. Mais en réalité, je trouve qu’il y a une vraie pluralité dans ce que l’on nous propose : tous les médias luxembourgeois parlent beaucoup des pays voisins, certains journaux sont même traduits en portugais. Pour ce qui est de la politique, je trouve qu’elle est très présente dans les médias, surtout la politique internationale et européenne. On parle beaucoup du « changement politique » qui commence à se tourner de plus en plus vers la droite, avec Donald Trump, le FN etc. Je connais un peu l’affaire Luxleaks mais pas dans les détails. Je trouve que les médias n’ont pas tant que ça parlé de l’affaire, et quand ils l’ont fait, ce n’était pas vraiment concret, assez difficile à comprendre. Pour être sincère, avec mes amis on ne parle pas souvent de la politique, beaucoup de jeunes ne s’y intéressent pas. Et quant à l’image du Luxembourg, pour nous ce n’est pas vu comme un paradis fiscal ! Bien sûr que tout le monde sait que les firmes viennent se faire une adresse ici, mais on en parle pas vraiment. »

Propos recueillis par Sarah Mannaa

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