[Interview] Nans Thomassey, l’explorateur sans chemise et sans pantalon

Il s’est fait connaître grâce à la série documentaire « Nus et Culottés » sur France 5. Depuis plusieurs années, Nans Thomassey et son ami Mouts (Guillaume Mouton) partent découvrir le monde dans le plus simple appareil. A l’occasion de la diffusion de la cinquième saison, Buzzles a rencontré Nans Thomassey.

                                  

Nans Thomassey avant « Nus et Culottés », c’était qui ?

J’ai passé mon enfance dans le monde rural et paysan ; les cabanes en forêt, les aventures avec les copains. Cette période m’a énormément marqué. La preuve, j’ai décidé de faire mes études dans un lycée sport-nature. Grâce à ça, j’ai vraiment pu approfondir cette passion pour l’aventure. J’ai ensuite enchainé sur une école d’ingénieur, l’INSA, à Toulouse.

Vous êtes coréalisateur de l’émission Nus et Culottés depuis plusieurs années maintenant. Comment résumeriez-vous le concept de l’émission ?

C’est une expérience menée par deux amis qui partent nus depuis la nature pour aller réaliser un rêve dans la civilisation.

Comment est née « Nus et Culottés » ?

A la fin de mes études d’ingénieur, à 23 ans, j’ai décidé de partir faire le tour du monde avec un ami, avec un tout petit budget et une soif de rencontres. Le voyage a duré un an et demi. Pour nous, ça a été une deuxième école : l’école de la route. On a beaucoup appris de ce périple. On a joué à s’alléger : au début, on était partis avec des planches de surf, des accordéons, un tas de choses. Et au fur et à mesure, on laissait ces choses derrière nous ; on les donnait, on les vendait. A la fin, on a voyagé sans argent. J’ai réalisé que plus je m’allégeais matériellement, plus le voyage se chargeait en magie. En rentrant chez moi, j’ai passé un an à écrire un livre : « La bible du grand voyageur » et à la suite de ce livre ; je me suis lancé dans les vidéos et ensuite dans les films. C’est là que Nus et Culottés est née.

NusEtCulottés

Crédit : France5

On compare beaucoup votre émission à celle d’Antoine de Maximy (ndlr : « J’irai dormir chez vous »). A-t-elle été une source d’inspiration ?

Quand on a commencé à imaginer le concept, partir sans argent, aller rencontrer les gens, il a fallu mettre en place des moyens techniques pour filmer. On voulait pouvoir filmer nos rencontres le plus discrètement possible ; pour ne pas tâcher la spontanéité de nos rencontres. C’est là que je me suis souvenu qu’Antoine le faisait déjà. Après pour l’idée du baluchon, ça c’est nous. Mais Antoine nous a conseillé de rajouter une caméra au niveau de l’épaule pour pouvoir avoir le champ-contrechamp. Grâce à Antoine, on a pu facilement proposer le concept à Bonne Pioche (société de production) ; il avait déjà ouvert la voie avec son émission. J’ai beaucoup de reconnaissance pour lui, pour son travail et son ingéniosité.

Qu’allons-nous voir dans la prochaine saison de Nus et Culottés ?

On va voir des nouveaux continents, de nouveaux espaces géographiques et de nouvelles cultures. C’est une grande première ça pour nous. D’habitude on reste pas mal en France et dans les alentours. C’est aussi la saison où on s’est le plus lâché au niveau des rêves à réaliser. On était super excités à l’idée d’aller réaliser ses rêves de gosses. Quand on a visionné les images, on s’est dit « On a vraiment fait ça ? » [Rires]. Par exemple, on a voulu trouver une caravane et faire du stop avec cette caravane jusqu’en Hollande. Et rencontrer un pirate dans les Caraïbes ! C’était dingue.

Quel a-été le voyage qui vous a le plus marqué ?

Celui en Suisse, quand on est allés chercher de l’or. En fait, on est partis d’un endroit qui est assez symbolique pour moi : la maison de ma grand-mère dans le Morvan. C’est là que j’ai fait mes premières aventures. J’ai voulu rendre hommage à ma grand-mère. Et les rencontres qui ont suivi ont été les plus magiques. Je me souviens, on a rencontré une femme, Dominique, sur un banc. On lui a demandé si elle voulait s’asseoir avec nous pour partager notre repas. Elle nous a remercié et nous a raconté qu’elle était un peu triste car elle venait de visionner un film sur les réfugiés qui l’avait bouleversée. De fil en aiguille, on lui a demandé si elle voulait bien nous accueillir pour la nuit. Finalement, on est restés près d’une semaine chez elle et son mari. C’était un peu nos grands parents.

Quel est votre pire souvenir de voyage?

Il y a eu un moment très difficile en Italie quand on voulait aller faire griller des Chamallows sur un volcan, en Sicile. On a passé des jours et des jours sur l’autoroute à faire de l’auto-stop. Et aussi en Italie, quand on avait décidé de rencontrer une chanteuse d’opéra, on s’était donné le challenge de ne faire aucune demande et d’attendre que les gens viennent vers nous. On a passé des nuits à marcher sous la pluie…

Etre un explorateur, cela s’apprend ou c’est de naissance ?

Je pense qu’il y a des gens qui ont une nature exploratrice. Il existe des tas d’explorateurs : dans la littérature, dans la science, dans la rencontre, etc. Avec Mouts, on a une curiosité géographique ; on veut explorer le monde. Je pense que la curiosité, l’exploration, ça se cultive dès le plus jeune âge. Quand j’étais enfant, on me disait : « la curiosité est un vilain défaut ». Ce genre de phrases peut éteindre la curiosité de l’enfant. Il faut les encourager à poser des questions, les nourrir d’informations. Le voyage, ce n’est pas que sur la route. Chaque discussion est un voyage. On n’est pas obligé de prendre un sac à dos et faire des kilomètres pour être un explorateur. C’est plus un état d’esprit ; et il se vit à n’importe quel moment de la vie.

Pouvez-vous nous parler de « Et je choisis de vivre », votre autre projet?

Je suis train de réaliser un film qui s’appelle « Et je choisis de vivre ». Il parle de l’histoire d’une mère qui vient de perdre son enfant. C’est une amie à moi, Amande, qui est venue me trouver pour me dire à quel point cette période était compliquée à vivre ; elle perdait le gout de la vie. Elle m’a demandé de l’accompagner et de l’emmener dans un voyage à la rencontre de personnes inspirantes, ayant vécu l’expérience du deuil, de la perte d’un enfant. C’est donc un voyage initiatique pour trouver des outils et des clefs pour vivre son deuil.

Avez-vous d’autres projets en tête ?

Je compte continuer à utiliser le média du film pour partager mes messages. Je veux continuer dans la ligne de « Nus et Culottés ». Cette émission, au départ, quand on en parlait aux gens, ils nous prenaient pour des fous. Quand France 5 a commencé à parler de notre projet, on a reçu plusieurs menaces de mort. En fait, on touchait aux gros tabous de notre société : la nudité, la mendicité et la sexualité par extension. L’émission faisait peur aux gens. Aujourd’hui, avec « Et je choisis de vivre », je parle d’autres tabous : la mort et le deuil. Au travers de ces deux projets, je me suis rendu compte que derrière les tabous, il y a tellement de vie ! Cette année, on a fait des conférences pour la levée de fonds de « Et je choisis de vivre ». Les gens étaient tellement heureux d’avoir un espace pour parler de ces sujets sensibles. Donc, oui, je vais continuer de parler des tabous ; parce qu’en parler fait du bien aux gens.

Propos recueillis par Mathilde Durand

 

 

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