Des moutons pour remplacer les tondeuses

Face à une demande croissante, certains bergers et éleveurs français proposent désormais leurs animaux à la location : c’est l’éco-pastoralisme. Une solution innovante, qui fait son chemin aussi bien auprès des particuliers, des entreprises que des collectivités locales qui veulent s’engager dans une démarche durable.

Comment entretenir son jardin, quand on est un particulier, ou ses espaces verts, quand on est une entreprise ou une collectivité, tout en protégeant l’environnement ? Pour répondre à cette demande, de plus en plus de bergers et d’éleveurs proposent de louer des animaux pour tondre la pelouse.

L’objectif est de réduire l’utilisation des tondeuses mécaniques, fonctionnant à l’essence, tout en offrant une alimentation aux bêtes. Dans la majorité des cas, ce sont des moutons qui sont utilisés. Animal discret et craintif, il permet une tonte silencieuse qui ravira vos voisins. C’est également une économie considérable liée à l’absence de carburant, et donc une empreinte carbone fortement réduite.

Fini les tondeuses qui broient tout sur leurs passages dans des nuages de gaz d’échappement, le mouton délaisse les petits animaux et les insectes. Fini les sacs remplis d’herbes à déposer à la déchetterie, le mouton se charge de les digérer et de les rejeter sous forme d’excréments qui feront un excellent fertilisant. Enfin et surtout, c’est apporter un peu de nature dans les villes et participer à une attitude écoresponsable.

L’éco-pastoralisme, une pratique en développement

Sophie Leblanc dirige Moutondeurs, une petite entreprise spécialisée dans l’éco-pastoralisme, à Malansac en Bretagne. Depuis 2012, cette éleveuse a fait un double pari : proposer une alternative durable pour l’entretien des pelouses et participer à la sauvegarde d’une espèce locale. En effet, elle n’utilise que des moutons d’Ouessant, originaire de l’île éponyme. Ces ovidés sont les plus petits du monde, ils pèsent environ 30 kg pour 50 cm de hauteur. Considérés comme peu rentables du fait de leur petite taille, ils ont été abandonnés. En effet, ils produisent peu de lait ou de viande mais une laine de bonne qualité. C’est un avantage pour Sophie. « Ils n’écrasent pas le sol et donc ne laissent pas de trace de leur passage après leur départ. »

moutons-douessant

Le mouton d’Ouessant est le plus petit du monde. Du fait de sa petite taille et de sa faible productivité, il a failli disparaître dans les années 1970. (Crédit : Breizh Moutondeurs)

Un autre avantage de cette race est que les moutons sont habitués au climat breton. « Ce sont des animaux de plein-air, pas besoin de les rentrer le soir et une haie ou un arbre leur suffise pour se mettre à l’abri. » Grâce à leurs origines ouessantines : « Ils peuvent être dehors toute l’année. »

Seul bémol, les terrains trop accidentés ou de moins de 2 000 m² de surface ne conviennent pas aux moutons. En effet, ils doivent pouvoir rester au moins un mois sur place pour éviter un stress dû à de petits espaces ou des changements d’environnement fréquents. Pour finir, les jardins ornementaux, avec des parterres de fleurs par exemple, ne sont pas adaptés aux ovidés : « Ils doivent pouvoir manger tout ce qu’ils trouveront, du sol jusqu’à environ un mètre de hauteur. »

Cependant, le coût reste intéressant. Pour 2 000m² de terrain, il faut en moyenne 100 euros pour quatre moutons pendant un mois. Mais le prix peut s’alourdir en cas d’aménagements particuliers. « Si je dois installer une clôture cela engendre des coûts supplémentaires. » Le transport doit aussi être pris en compte. « Nous passons beaucoup de temps sur les routes pour déplacer les moutons entre les espaces à entretenir. »

wallaby-tondeuse

En Australie, des élevages ont vu le jour pour répondre à la demande croissante de wallaby. Ils font d’excellentes tondeuses. (Crédit : D.R.)

 

 

Sophie Leblanc confirme que de nombreux éleveurs utilisent déjà leurs animaux comme tondeuse naturelle. Une pratique qui désormais semble séduire de plus en plus d’entreprises et de particuliers, en ville comme à la campagne. Une bonne raison d’abandonner pour de bon nos tondeuses.

Maxime Bonnet

Publicités