La condition de la femme en Inde

Le statut de la femme en Inde est un sujet récurrent dans les médias. Entre 2009  et 2013, les agressions visant les femmes dans le pays sont passées de 9,2% à 11,2%. Cependant, le problème ne date pas d’hier.

On se souvient de l’affaire du “gang-rape” à New Delhi en 2012. Alors qu’elle était dans le bus seule avec son ami, une étudiante est victime d’un viol organisé. Un groupe de six hommes l’interpellent, battent son copain et l’agressent sexuellement avec une barre en fer rouillée. 13 jours plus tard, la jeune fille décède. Le pays entier est sous le choc. Depuis, les médias parlent beaucoup plus du viol en Inde. Selon le rapport publié par le National Crime Records Bureau (NCRB, l’agence indienne des statistiques judiciaires), 33 707 viols ont été déclarés en 2013, contre 22 172 en 2010 et 16 496 en 2000. Les principales victimes sont les femmes : « Les cas de viols en Inde augmentent. On en entend beaucoup parler aujourd’hui. Je ne pense pas que les médias exagèrent. C’est très important d’en parler, les gens doivent savoir ce qu’il se passe », affirme Akanksha, étudiante à New Delhi. Le phénomène du viol est mondial, cependant le cas de l’Inde intrigue ; en cause, le statut de la femme dans ce pays.

Légende : Une paysanne indienne dans un champ de thé à Munnar (Inde). Crédit : Jonas Armellini.

Légende : Une paysanne indienne dans un champ de thé à Munnar (Inde).
Crédit : Jonas Armellini.

Un pays à dominante masculine

Dans les pays d’Asie, avoir un fils est une tradition ancienne et très ancrée. Les fils perpétuent le nom du père, héritent du patrimoine familial, accomplissent les rites funéraires hindous que les femmes ne peuvent accomplir et surtout, ils coûtent moins cher. Les parents sont obligés de payer les frais de mariage et une dot élevée pour leur fille. C’est pourquoi la naissance des garçons est favorisée. Au point que les filles sont tuées dès leur naissance, ou avant même de naître, ce qu’on appelle l’avortement sélectif. Ce problème d’égalité découle donc d’une culture où l’homme est d’emblée considéré comme supérieur à la femme : « C’est ainsi que tous les garçons grandissent dans les familles. Ils se sentent plus puissants que la femme et pensent qu’ils peuvent tout simplement faire ce qu’ils veulent avec », affirme Nisha (1), mère de famille. Ce déséquilibre engendre donc un autre problème, la faible population de femmes par rapport aux hommes. En 2011, une étude du recensement officiel indien comptabilise 940 femmes pour 1 000 hommes. Des déséquilibres que le gouvernement peine à combattre malgré les campagnes menées. Pour Amita, le problème concerne majoritairement les zones rurales et les classes les plus pauvres : « Être une femme en Inde dans les grandes villes n’est pas si dur que ça. Cependant, nos familles ont peur pour notre sécurité, alors forcément nos libertés sont restreintes par rapport aux hommes. » Elle ajoute : « J’aimerais partir d’ici pour plusieurs raisons. Déjà il y a beaucoup d’opportunités dans les pays occidentaux et surtout, ils offrent plus de liberté. »

Des étudiantes indiennes portant des fleurs de jasmin dans leurs cheveux, une tradition hindouiste. Crédit : Camille Maleysson.

Des étudiantes indiennes portant des fleurs de jasmin dans leurs cheveux, une tradition hindouiste.
Crédit : Camille Maleysson.

Être une femme blanche en Inde

Rebecca, étudiante américaine, a habité un an dans la ville de Nagpur en Inde, dans le cadre d’un échange scolaire. Elle a souffert de harcèlements au quotidien et se sentait en insécurité dans les lieux publics. Un phénomène indien qui s’accentue pour les femmes occidentales selon elle : « L’image que les Indiens se font de la femme blanche se fait à travers les médias : les films hollywoodiens, les séries télévisées ou la pornographie. » La jeune américaine a subi les vices de la société indienne à plusieurs reprises : « Les hommes me suivaient dans la rue, prenaient des photos de moi, m’attrapaient, me sifflaient, et même parfois, en venaient à se toucher devant moi en me fixant. Tout ça dans des espaces publics. Le pire, était que je ne pouvais même pas compter sur la police. Elle prenait parfois part à ce harcèlement. » 

Avec une population de 1,2 milliards de personnes, les mœurs mettent du temps à évoluer en Inde. Les gens ne parlent pas ouvertement du sexe, et l’éducation sexuelle dans les écoles n’est pas suffisante. Le sujet reste tabou. Akanksha, elle, garde espoir, malgré le poids du problème : « La situation change. La jeune génération est plus ouverte sur ces sujets. Elle parle plus librement de ça, petit à petit ça va changer. »

Camille Maleysson

  1. Par souci d’anonymat, les noms ont été changés
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