De Weinstein à Polanski : l’impunité des hommes célèbres

Alors que les témoignages d’agressions sexuelles s’accumulent autour du producteur Harvey Weinstein, Buzzles s’interroge sur les risques encourus par le cinéaste et revient sur les affaires controversées de violences à l’égard des femmes impliquant des hommes célèbres.

Les accusations d’agressions sexuelles à l’encontre du producteur américain Harvey Weinstein sont nombreuses. L’homme de 65 ans est accusé d’avoir commis des actes d’agressions sexuelles, de chantage et d’intimidation sur plus d’une trentaine d’actrices et de personnalités du cinéma comme Angelina Jolie, Rosanna Arquette, Jessica Barth, Kate Beckinsale, Emma de Caunes, Eva Green ou encore Judith Godrèche. La parole se libère, mais quid des risques qu’encourent le magnat de l’industrie ? L’homme est visé par deux enquêtes policières, une à New York et une autre au Royaume-Uni. Malgré la cascade de témoignages, personne n’a encore porté plainte. Contrairement au droit français, le parquet américain ne peut s’auto-saisir d’une affaire. Me Arthur Dethomas, avocat aux barreaux de Paris et de New York précise :  » dans ce genre d’affaires, aux Etats-Unis, il faut nécessairement qu’au moins une victime porte plainte pour qu’un procureur se saisisse« . Parmi les deux enquêtes ouvertes, la première concerne une agression sexuelle présumée ayant eu lieu en 2004 et la police britannique se concentre sur une agression qui aurait eu lieu dans les années 1980 autour de Londres. Si l’on peut penser que les dénonciations en chaîne constituent des preuves accablantes pour Harvey Weinstein, il n’en est rien au niveau juridique.

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 Rose Mc Gowan et Harvey Weinstein en 2007. L’actrice a récemment pris la parole pour dénoncer son viol par Weinstein. Crédit photo : Getty

« Oh c’est juste Harvey »

Me Christopher Mesnooh, avocat aux barreaux de Paris, New York et Washington explique au Parisien :  » si la crédibilité de chacune est prise en compte, c’est parole contre parole. Le nombre ne suffit pas car chaque dossier est étudié séparément« . Pour le moment, la condamnation judiciaire risque difficile à examiner. S’ajoute la prescription. Par exemple, en Californie, on ne peut reprocher à Weinstein des actes de viol antérieurs à 10 ans. La sanction qui va peser sur Harvey Weinstein est alors surtout morale et médiatique. L’Académie des Oscars a exclut Harvey Weinstein. L’Elysée a entamé des procédures pour lui retirer la légion d’honneur. Si on assiste à un bouleversement au sein de l’industrie hollywoodienne, il est bon de rappeler que pendant des années, ces mêmes personnalités ont alerté leur entourage. Angie Everheart a déclaré que le producteur l’a forcée à assister à sa masturbation sur un yatch. Après l’avoir  » dit à tout le monde « , elle n’aurait obtenu comme seule réponse « Oh c’est juste Harvey ».

« Séparer l’homme de l’artiste »

Beaucoup de personnalités masculines contemporaines se protègent d’une impunité morale et médiatique. Le réalisateur Roman Polanski a été reconnu coupable pour rapports sexuels illégaux avec une mineure. Libéré sous caution après 47 jours en prison, il a fui en Europe et n’est jamais retourné aux Etats-Unis depuis. Pourtant cela ne l’a pas empêché d’être nommé président des César à l’édition 2017. Suite à la polémique liée à sa nomination, son statut de président avait été annulé. Bertrand Cantat, condamné en 2004 pour homicide sur son épouse Marie Trintignant, se retrouve en une des Inrockuptibles , sans aucun mention de son passé de meurtrier. Le cinéaste Woody Allen continue à tourner en Europe, après avoir été accusé de viol sur sa fille adoptive Dylan Farrow. Son fils Ronan Farrow avait dans le Hollywood Reporter écrit une tribune où il dénonçait le silence des médias et du public sur les actes de son père en raison de statut d’artiste. De Terrence Howard à Steven Seagal en passant par Bill Murray, nombreuses de nos icônes culturelles ont été impliquées dans des affaires de violences sexuelles.  Les conséquences au niveau de leurs carrières sont souvent minimes. Une bande-dessinée de Mirion Malle dénonce cette situation. La plupart du temps, la condamnation morale s’efface derrière la phrase « Il faut séparer l’homme de l’artiste ». Ce à quoi a répondu l’humoriste Blanche Gardin lors des Molières 2017  : « « Et c’est bizarre d’ailleurs que cette indulgence ne s’applique qu’aux artistes. Parce qu’on ne dit pas, par exemple, d’un boulanger : ‘Oui, d’accord, c’est vrai, il viole un peu des gosses dans le fournil, mais bon il fait une baguette extraordinaire ». Les langues se délient. Mais la culture du viol perdure.

Roberto Garçon

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