Pourquoi ne peut-on pas donner son sang à Mayotte ?

En France, chaque année, entre 1,5 et 1,7 millions de personnes donnent leur sang. Si la pratique tend à se démocratiser, une partie de la population française n’est toutefois pas apte à donner son sang. A Mayotte, par exemple, impossible de faire un don. Pour quelles raisons ? Comment les hôpitaux de l’île sont-ils approvisionnés en produits sanguins ? Explications.

L’Établissement Français du Sang (EFS) lance régulièrement des appels aux dons à l’échelle nationale. A Mayotte toutefois, ces appels sont tout bonnement lancés dans le vide, puisqu’il n’y a aucun moyen de donner son sang. En cause : la présence d’une forme de paludisme autochtone. Pour qu’une implantation de l’EFS soit envisageable sur l’île, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) doit déclarer le territoire mahorais exempt de paludisme ; et l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) impose une absence totale de malaria durant trois années consécutives pour autoriser cette installation. La réduction de la prévalence de la maladie entre 2013 et 2015, où un seul cas de paludisme autochtone par an avait été comptabilisé, avait  d’ailleurs amené l’EFS à considérer une venue à Mayotte. Une équipe de l’EFS de Marseille était alors venue à Mayotte faire des études sur place. Le projet a pour l’heure été mis entre parenthèses, à cause de la nette augmentation du nombre de contaminations sur l’île en 2016, comme le précise dans un rapport la cellule de l’Institut de Veille Sanitaire en région Océan Indien : « L’année 2016 a été marquée par une recrudescence de la transmission du paludisme à Mayotte avec l’apparition de deux foyers de transmission dont un – le foyer de Bouyouni – semblait toujours actif en décembre 2016. Cette situation semble se poursuivre en 2017 à Bouyouni, et un nouveau foyer a été identifié dans la commune de Mamoudzou ». L’Agence Régionale de Santé (ARS) Océan Indien recensait ainsi 28 cas avérés de paludisme, dont 18 autochtones, pour l’année 2016. A la fin du mois d’avril de cette année, 6 nouveau cas, dont 3 autochtones avaient déjà été dénombrés.

Les Mahorais approvisionnés en sang depuis la Réunion

C’est l’établissement de l’EFS de la Réunion qui assure le ravitaillement de Mayotte en « produits sanguins labiles » (PSL), c’est-à-dire en produits issus de dons du sang et destinés à être transfusés à des patients. Le territoire mahorais est ainsi réapprovisionné par avion deux fois par semaine, pour un total de près de 6000 PSL par an. « La difficulté de l’approvisionnement de Mayotte en sang n’est pas tant dans la quantité, mais dans la qualité ». déclare Nathalie Grondin, responsable communication de l’EFS La Réunion Océan Indien. Le docteur Hervé Renard, directeur de ce même EFS, précise : « Nous avons énormément de mal à fournir la population mahoraise, qui présente des groupes sanguins très particuliers, et relativement différents de ceux que nous avons à la Réunion. J’espère donc que nous pourrons nous implanter sur Mayotte le plus rapidement possible ». Hervé Renard redoute cependant que même si l’EFS parvient à s’installer sur l’île aux parfums, les dons se fassent rares : « Il y a des freins socioculturels en ce qui concerne la population mahoraise et le don du sang. Le peu de donneurs mahorais que nous recevons à la Réunion viennent uniquement lorsqu’un membre de leur famille en a besoin ; alors que notre but, c’est de développer la culture du don anonyme et bénévole« .

A noter qu’une personne effectuant un séjour à Mayotte, ou dans toute autre région où le paludisme est toujours présent, ne pourra donner son sang dans les quatre mois suivant son retour ; et qu’une personne ayant contracté la malaria devra attendre que toute trace de la maladie ait disparu de son sang, ce qui peut prendre plusieurs années, pour pouvoir faire un don.

Lucas Philippe

 

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