The Square : un ovni cinématographique

Récompensé par la prestigieuse Palme d’or du dernier Festival de Cannes, The Square est sorti en salle le 18 octobre dernier. Le réalisateur Ruben Östlund déjà récompensé à Cannes, avec le Prix du jury dans la section Un certain regard pour son film Snow Therapy en 2014, dresse dans The Square, un portrait de la société critique, satirique mais foncièrement lucide.

The Square, la Palme d’or du 70ème Festival de Cannes réalisée par Ruben Östlund, est sorti en salles mercredi 18 octobre. The Square c’est le titre d’une exposition installée dans le palais royal de Stockholm en Suède. Le film suit Christian (joué par Claes Bang, désigné comme la révélation du festival par les critiques), conservateur du musée, qui prépare cette exposition aussi mystérieuse que cocasse. Contemporain et prenant en compte la problématique des nouvelles technologies dans l’art, The Square présente des œuvres à la Marcel Duchamp, modernes et incisives, comme celle composée de plusieurs tas de poussières avec en description la phrase « You are nothing ».

Philosophique, le film intègre des questions existentielles et sociétales. La crise de confiance envers les médias, l’intégration des nouvelles technologies dans notre mode de vie ou encore la misère sociale viennent émailler le film. La scène marquante est celle d’un homme qui adopte un comportement animal et sauvage face à des invités qui représentent la bourgeoisie suédoise. Une scène qui nous invite à réfléchir sur notre propre évolution et sur ce que nous sommes devenus. Comme dans l’histoire de l’enfant sauvage, Ruben Östlund théorise le fait que l’homme soit de moins en moins tolérant envers autrui et nous renvoie en pleine figure l’image de ce que nous avons été auparavant : des primates.

Un film moderne et ambitieux

Tout en versant dans un comique et dans un burlesque assumé, The Square fait une critique plus large de notre société. Comme le faisait Moby dans son clip « Are you lost in the world like me ? » , Ruben Östlund parle de notre dépendance et de notre addiction aux technologies. Dans le film, Christian perd son téléphone et se retrouve perdu, comme isolé dans un monde régi par de nouvelles règles. Dans une interview au Monde, le réalisateur parle du rapport intime qu’établit son œuvre entre l’art et le social :  « Dans The Square, il s’agissait de changer le contrat social qui régit nos rapports dans l’espace public ».

Avec son film, le réalisateur suédois a réussi à relever un défi étonnante. Filmer l’art contemporain tout en faisant un film d’art contemporain. Certes, les cinéastes se sont toujours inspirés de la peinture, comme Lars Von Trier avec son Melancholia ou encore Xavier Dolan pour Juste la fin du monde, mais Ruben Östlund a emprunté pour The Square, les codes des artistes contemporains pour créer un film minimaliste et transgressif. La mise en scène est millimétrée et ambitieuse. Chaque plan forme un tableau, comme dans les films de Wes Anderson.

Un film clivant

Adorée ou parfois abhorrée, cette Palme d’or est quelque peu surprenante. Ajoutée à la dernière minute par Thierry Frémaux au sein de la compétition officielle, les critiques qui ont découvert le film à l’occasion du festival étaient très mitigés. Cyril Béghin, critique des Cahiers du Cinéma parle d’un film « enrobé dans des dispositifs de mise en scène froids et systématiques qui ressemblent à des caricatures de l’art qu’il dénonce ».

Caroline Vié, critique pour 20 Minutes, retient l’aspect humaniste et comique du film : « Le cinéaste suédois se moque joyeusement du milieu de l’art dans cette comédie grinçante dont le personnage principal est un conservateur de musée d’art contemporain peinant à concilier ses idéaux altruistes et son comportement égocentrique ».

Des professionnels partagés, donc, tout comme les Cannois dont voici les réactions :

Xavier BERTRAND

Marvin GUGLIELMINETTI

 

Publicités