[Interview] Pascal Giovannetti : « Grand Corps Malade, le showbiz l’a choisi »

Récemment invité par le Festival du livre de Mouans-Sartoux pour proposer une découverte du slam, Pascal Giovannetti, performeur et organisateur de scènes slam à Nice, a répondu aux questions de Buzzles. Il nous livre sa vision du slam, de la poésie… mais aussi son regard sur Grand Corps Malade, figure de proue de cet art oratoire lancé en 1986 par l’Américain Marc Smith.

Qu’est-ce que le slam ? Élément de réponse par Pascal Giovannetti, maître de cérémonie des scènes slam de la cave Romagnan, à Nice.

 

Après une démonstration ou un concours de slam, les gens viennent-ils à votre rencontre pour en savoir plus, pour tenter l’expérience ?

Les représentations, on en fait rarement en fait. Une scène slam, c’est surtout quelque chose de régulier, à une date précise. Par exemple à Nice, c’est dans un endroit qui s’appelle la cave Romagnan. C’est tous les premiers mercredis du mois, donc les gens le savent. Il y a toujours un noyau dur de gens qui sont là, puis il y en a qui viennent se rajouter.

Comment les « nouveaux » entendent parler de cette scène slam ?

On communique, on envoie des mails, par du bouche à oreilles… Le noyau dur est composé d’une dizaine de personnes, et il y a régulièrement des nouveaux. Ce sont des gens qui viennent, qui écoutent, qui se demandent ce qu’il se passe et puis qui se disent « la prochaine fois je vais essayer ». On peut susciter des vocations comme ça. Ou alors il y a des gens qui vont venir plusieurs mois, qui vont disparaître et qui vont revenir… On est installé dans la durée, c’est ça qui est intéressant.

Comptez-vous des jeunes parmi ces scènes slam ?

Bien sûr ! C’est vrai que les jeunes arrivent un peu par vagues. Ils vont venir quelques fois, participer au Grand Slam, puis on ne va plus les revoir, puis ils vont revenir… C’est le problème de la poésie, on pense que c’est pour les vieux… Mais les jeunes sont les bienvenus, et quand ils viennent, ils sont étonnés de voir qu’on les écoute, qu’ils peuvent dire des choses, qu’ils sont respectés.

Est-ce que vous organisez des concours, des compétitions ?

Je n’en fais pas beaucoup, parce que c’est toute une organisation qui est assez compliquée. Mais l’orthodoxie du slam, ça devrait être ça. Le slam, par nature, c’est un tournoi. Nous, on fait ce qu’on appelle des scènes ouvertes. Mais ça reste une scène slam dans la mesure où on respecte les règles suivantes : pas de musique, pas d’accessoires, chacun son tour…

Pascal Giovannetti (à gauche) explique les us et coutumes du slam avant de laisser libre court au phrasé des participants, lors du festival de Mouans-Sartoux. (crédit photo : Guillaume Truillet)

Mais pourquoi ces règles sont-elles si importantes ?

En dehors d’une scène slam, on fait ce qu’on veut ! Par exemple, moi, j’écris des choses, je fais des interventions, de la performance, mais quand je suis sur la scène slam, je suis un slameur. C’est ça qui est important. Le slam, c’est réglementé, mais pour permettre la créativité. Et pour éviter que les egos surdimensionnés ne  »surdimensionnent ».

Y a-t-il une différence entre poésie et slam ?

Le slam, c’est l’organisation, ce sont les règles, un lieu, une date, un public, c’est la poésie, ce sont les poètes… Soit c’est une scène ouverte, soit c’est un vrai tournoi. À l’origine, le mot slam, c’est un tournoi. Dans cet espace-temps, tous les styles sont permis. Globalement, on est tous un slameur le temps de la scène slam, et avant ou après, on redevient ce qu’on est. Et ça, ce n’est pas passé en France. Alors qu’en Angleterre, aux Etats-Unis, pour eux, le slam, ça veut dire une compétition, une compétition « gentille ». Mais en France, tout de suite, il y a eu cette confusion entre slamer un texte, le slam comme style… Et c’est trop tard pour corriger cette erreur.

De votre côté, est-ce que vous participez à des concours de slam ?

J’ai beaucoup participé au Grand Slam National, organisé par la Fédération française de slam poésie, qui fonctionne selon la même logique qu’une fédération sportive. C’est une vingtaine d’équipes de quatre poètes, sélectionnés sur leur scène, dans toute la France. On a commencé à Nantes, puis à Bobigny, à Paris… C’est dans une salle, équipe contre équipe, un jury désigné dans le public qui note, c’est chronométré. Si on dépasse les trois minutes, on perd des points… Il y a un classement par équipes et un classement individuel. Il n’y a pas de thème, et les matchs s’enchaînent, demi-finales, finale, etc. Il y a des Grands Slam dans une vingtaine de pays aussi, ça a commencé aux Etats-Unis avec Marc Smith, et le poète qui gagne individuellement dans son pays représente l’année d’après son pays lors de la Coupe du Monde de poésie.

Extrait de la Coupe du monde de slam poésie en 2011 : 

Avez-vous déjà participé à une Coupe du Monde de poésie ?

Je n’en suis jamais arrivé là, mais j’en ai entendues plusieurs. Avec des poètes qui viennent du monde entier, qui disent leur texte dans leur langue originelle, avec des sous-titres. À Paris, j’ai entendu des Polonais, des Mexicains… C’est le plaisir d’entendre des poèmes dans la langue du pays, et de comprendre en même temps ce qui est dit. Je me souviens d’un poète polonais qui jouait beaucoup sur les sonorités de la langue, et c’était fort.

Y’a-t-il un texte qui vous a marqué plus que d’autres ?

Il y en a un qui m’a marqué, c’est celui d’une poétesse américaine, sourde et muette, qui a dit son texte en langue des signes. Elle était sur scène, silence de mort. Elle disait son texte avec les mains, et nous on lisait par-dessus le poème, et c’était d’une force…

Giovannetti vs GCM (crédit infographie : Guillaume Truillet)

Guillaume Truillet

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