COUPE DAVIS : UNE FINALE EN QUESTIONS

Ce week-end, France et Belgique se retrouvent au stade Pierre-Mauroy de Lille pour disputer la finale de la Coupe Davis 2017. La rédaction de Buzzles vous propose une présentation en questions de cet affrontement qui s’annonce volcanique.

Quelle importance pour le collectif ?

C’est bien connu, le tennis est avant tout un sport individuel. Mais comme dans chaque sport, l’esprit collectif a toujours une place importante. Et dans le tennis, celui-ci se retrouve dans la fameuse Coupe Davis. Malgré les critiques qui entourent cette compétition, il n’en reste pas moins qu’elle prône les valeurs du partage et du dépassement de soi pour sa nation. Cette saison, c’est donc la France et la Belgique qui ont trouvé la bonne formule pour atteindre la finale de cette compétition au prestige particulier. Mais quelle est donc la part du collectif dans cette épopée et quel pays possède l’équipe la plus homogène ?

L’équipe de France est connue depuis plusieurs années maintenant pour jouir d’une grosse densité au plus haut niveau. Preuve en est, la France est devenu le premier pays à voir 5 joueurs se hisser dans le top 20 au même moment. Avec Tsonga, Monfils, Gasquet et Simon, la France a possédé pendant plusieurs années quatre joueurs capables de réaliser de grandes performances dans les Grand Chelem et Masters 1000. Avec l’arrivée de Lucas Pouille au plus haut niveau, c’est une nouvelle assurance de résultats pour les années à venir. Ce week-end, c’est ce dernier qui devrait en simple accompagner Jo-Wilfried Tsonga pour défier la Belgique.

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 De gauche à droite – Yannick Noah, Jo-Wilfried Tsonga, Lucas Pouille, Nicolas Mahut et Pierre-Hugues Herbert / crédits : l’Equipe

Goffin, si seul ?

Du côté de la Belgique, il est plus difficile de dégager une réelle force du collectif. En effet, à l’image d’autres nations et comme chaque saison (ou presque), les meilleurs joueurs défendent les couleurs de leur pays pour une fois au moins soulever le Saladier d’argent. Federer, Nadal, Murray ou encore Djokovic, tous l’ont remporté. Cette année, comme en 2015, les Belges comptent sur le prodige David Goffin pour faire déjouer les Français. Il sort d’une saison longue et éprouvante. Il vient de disputer la finale du Masters de Londres, perdue face à Grigor Dimitrov, mais comme depuis le début de la saison, il jouera pour son pays. A coup sûr, il démarrera les deux simples, où avec la confiance accumulée durant les dernières semaines, il sera favori face à Pouille et Tsonga. La seule donnée qui reste en suspens réside dans sa participation ou non au double. Ses bonnes performances l’ont poussé à disputer un grand nombre de matchs et donc une accumulation de fatigue importante. Aura-t-il donc les jambes pour s’aligner sur les trois jours de compétition ?

En attendant, il ne peut remporter cette compétition seul. Et malgré des compatriotes plus faibles sur le plan individuel, ils auront leur carte à jouer pour aider leur pays à conquérir leur première Coupe Davis. Il y a d’abord Steve Darcis, le numéro 2 de l’équipe. A 33 ans il a déjà connu beaucoup de campagnes, et sait négocier des matchs sous haute tension, comme en atteste le 5e match qu’il a remporté en demi-finale face à l’Australie pour offrir la victoire à son équipe. 77e à l’ATP, il semble cependant un cran en-dessous des deux Français qui se devront de décrocher les deux points face à lui. Enfin en matière de double, c’est l’équipe Ruben Bemelmans / Arthur De Greef qui tient la corde pour le match de samedi. Mais à l’image de Darcis, ils sont sur le papier plus faibles que la paire française Pierre-Hugues Herbert / Richard Gasquet , et n’ont guère rassuré après avoir été balayés en demies face à la paire australienne. C’est sans doute pour cela que le coach belge, Johan Van Herck, réfléchira à aligner David Goffin dans ce match qui sera important.

 

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l’équipe belge après sa victoire en demi-finale / Crédits : Le Soir

 Lille : hostile…mais pas trop

Comme la règle le veut, c’est chez celui qui s’était déplacé lors de la dernière rencontre entre les deux pays que se déroule la rencontre suivante. Ainsi, lors du 8e de finale en 2001, c’est la Belgique qui avait reçu. De ce fait c’est la France qui aura ce week-end l’honneur d’accueillir cette finale. Et comme en 2014, cette finale aura lieu au stade Pierre Mauroy de Lille. Ce choix n’est pas un hasard, tant cela avait été une réussite face à la Suisse, aussi bien au niveau de l’organisation que de l’ambiance. Durant ce week-end, le stade avait également battu le record d’affluence pour un match de Coupe Davis avec 27 432 spectateurs. Nul doute que face à la Belgique, cela devrait également être une réussite.

L’ambiance et la ferveur populaire seront donc probablement au rendez-vous. Mais il est intéressant de se pencher sur le choix géographique de la finale. En effet, Lille se trouve à la frontière avec la Belgique. Les supporters du « plat pays » n’auront que quelques kilomètres à parcourir pour rejoindre la France, Lille et donc le stade Pierre-Mauroy. Cependant la Fédération Française de Tennis n’a souhaité attribuer que 10% des places aux supporters belges. Cela est en partie dû aux différents retours qui avaient émergé de la finale 2014 face à la Suisse où le nombre de places accordées avait été jugé trop important. Ainsi ce sont donc seulement 2700 places qui seront disponibles sur le marché belge. Décision qui n’a pas manqué de faire réagir la Fédération de tennis belge qui a jugé regrettable ce choix.

Il n’en reste pas moins que les Belges auront à cœur de supporter leur équipe et ainsi engager une véritable guerre dans les travées de Pierre-Mauroy.

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le stade Pierre-Mauroy pour la finale France/Suisse en 2014 – Crédits : La Voix du Nord

Quelle place à l’expérience ?

Les grandes finales se jouent souvent sur des détails. Ce week-end ne devrait pas déroger à la règle. De ce fait, l’expérience jouera une part prépondérante dans le résultat final.

Si l’on s’attarde sur les équipes, la France possède un avantage de taille dans ce domaine. Il s’agit de la troisième finale disputée en 7 ans. Malgré deux défaites, face à la Serbie en 2010, et la Suisse en 2014, cela montre une vraie régularité, tout comme la demi-finale de 2011 et celle de l’an dernier.

Côté Belge, une finale de Coupe Davis représente un évènement d’ampleur. Il s’agira seulement de la 2e dans toute l’histoire du pays quand la France l’a remportée 9 fois. La dernière en date côté belge était en 2015, une finale perdue face à la Grande-Bretagne de Murray. Cependant, évaluer l’expérience d’une nation dans une telle compétition n’apporte que peu de réponses dans ce domaine. Il faut donc se pencher sur l’expérience individuelle des joueurs qui seront présents pour cette finale.

Côté bleus, le chef de file se nomme Jo-Wilfried Tsonga. Depuis de nombreuses années sur le circuit, il a tout vécu aussi bien individuellement qu’avec la France en Coupe Davis. Il a également déjà disputé de grandes finales (Grand Chelem, Masters, Coupe Davis) et était donc aussi présent pour les deux dernières finales.

Cette équipe, enfin, peut voir venir avec deux jeunes qui incarnent déjà le présent mais aussi l’avenir. Lucas Pouille d’abord a prouvé qu’il savait gagner. A 23 ans seulement, il cumule 4 titres ATP et a connu en mai dernier le meilleur classement de sa carrière avec une 13e place. Depuis le début de la saison, il n’a pas déçu en Coupe Davis en apportant l’essentiel des points décisifs. Ensuite, et enfin le double de l’équipe de France comptera sur Pierre-Hugues Herbert le deuxième larron pour accompagner Gasquet. En simple, malgré une finale à Winstom Salem, il n’a jamais réussi à réellement confirmer. Cependant en double, il s’épanouit pleinement et en a fait une spécialité en atteignant notamment la place de numéro 1 mondial.

Ainsi cette équipe de France possède jeunesse et expérience, et devra s’appuyer sur l’ensemble de ses éléments si elle veut performer et enfin remporter la Coupe Davis pour offrir à cette génération le plus grand titre de sa carrière.

Chez les Belges, la part d’expérience est tout autre. Seul David Goffin peut se targuer d’un véritable passif et semble en mesure de tenir tête aux Français sur ce point. Deux quarts en Grand Chelem, une finale aux Masters et une 7e place au classement ATP à 26 ans. Des performances remarquables pour le petit gabarit belge.

Derrière lui le constat est simple : cela manque cruellement de talent. Que ce soit Darcis, Bemelmans ou De Greef, aucun de ces trois n’est en mesure de rivaliser avec leur compatriote Goffin. Deux titres sont tout de même à l’actif de Darcis qui, à 33 ans, a derrière lui de nombreuses saisons. Mais cela semble insuffisant pour rivaliser avec Tsonga ou encore Pouille.

Bilan

  • Collectif : avantage France avec une homogénéité et une densité plus importante pour l’une des nations fortes du tennis mondial.
  • Individuel : avantage Belgique. Dans ses rangs les Belges possèdent l’un des meilleurs joueurs du monde capable à lui seul de faire basculer une rencontre de Coupe Davis et qui pourrait démarrer les trois matchs et ainsi écraser à lui seul la France.
  • Ambiance : avantage France. Malgré la proximité de Lille avec la Belgique, le peu de places distribuées à la Belgique est un inconvénient de taille.
  • Expérience : avantage France. Les Bleus possèdent une véritable expérience, aussi bien en simple qu’en double. Le passif de Goffin est impressionnant mais il est l’arbre qui cache la forêt dans son équipe.

Au terme de cette analyse en questions de la finale de Coupe Davis, on peut confirmer ce qui est annoncé depuis le début. La France part, sur le papier, favorite. Avec une équipe complète et peu de failles, elle sera compétitive sur chaque match. Mais David Goffin est bien déterminé à prouver le contraire et veut conclure son année avec le plus grand titre de sa carrière. Il arrive avec une formidable confiance gonflée par une finale au Masters. Il voudra donc assumer son statut de leader en assurant les deux points en individuel avant de peut-être faire basculer le week-end sur un double qui s’annonce plus que décisif.

Raphaël Redon

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